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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101054

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101054

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantJURIS LITEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, Mme C D, représentée par l'AARPI Juris Litem, Me Verdeaux et Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'elle a formé contre la décision du 8 février 2021 prise par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Riom et la sanctionnant de dix jours de confinement en cellule ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 16 mars 2021 a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 ;

- il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a disposé d'un délai de 24 heures entre la remise de la convocation qui lui a été adressée et la séance de la commission de discipline qui s'est tenue le 8 février 2021 ;

- il n'est pas possible d'affirmer qu'elle a été informée de son droit d'être assistée, quand bien même son conseil a été effectivement en mesure de l'assister ;

- à défaut de pouvoir conserver la convocation à la séance de la commission de discipline, le détenu est considéré comme n'ayant pas pu préparer utilement sa défense ;

- rien ne justifie l'usage de l'anonymat s'agissant de l'identification du rédacteur du compte-rendu d'incident ;

- l'auteur du compte-rendu d'incident ne dénonce aucun fait précis susceptible de constituer une faute définie dont la matérialité pourrait être vérifiée de manière objective ;

- l'enquête est en fait réduite au compte-rendu d'incident qui se suffirait donc à lui-même et à des vidéos qui n'ont jamais été portées à sa connaissance ;

- il appartient à l'administration d'apporter la preuve que c'est bien le chef d'établissement qui a pris une telle décision, ce qui n'est pas le cas en l'espèce étant précisé que le nom et le grade de la personne ayant décidé les poursuites est illisible ;

- elle a été sanctionnée pour un prétendu " jet de culotte " alors que la décision sur le rapport d'enquête l'exclut de toute qualification disciplinaire ;

- aucune vidéo n'a pu être visionnée lors de la commission de discipline ; elle a donc été privée de la possibilité de prendre connaissance et de discuter de manière contradictoire des éléments de preuve retenus contre elle ;

- aucune délégation relative à la présidence de la commission n'a en l'espèce été portée à la connaissance des détenues préalablement à son entrée en vigueur ;

- il n'est pas possible de vérifier que l'assesseur représentant l'administration pénitentiaire n'est pas un des agents qui est à l'origine du compte-rendu d'incident, ce que l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale prohibe ;

- la décision du 16 mars 2021 est entachée d'un défaut de motivation et ne précise pas en quoi les faits pour lesquelles elle était poursuivie devant la commission de discipline seraient matérialisés et constitueraient la faute disciplinaire prévue par l'article R. 57-7-2 15° du code de procédure pénale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la fouille est illégale dès lors qu'elle a été décidée par une personne incompétente, qu'elle ne repose sur aucune cause réelle et sérieuse et qu'aucun écrit justifiant cette fouille ne lui a été remis au cours de la procédure disciplinaire ;

- les dispositions de l'article R. 57-7-9 du code de procédure pénale ont été méconnues ;

- les faits ne sont pas matériellement établis ;

- ils sont entachés d'une erreur dans leur qualification juridique ;

- la disproportion de la sanction est manifeste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Richard, avocate de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, écrouée le 15 juillet 2019, a été incarcérée au centre pénitentiaire de Riom le 12 décembre 2019. Le 8 février 2021, la commission de discipline de ce centre pénitentiaire l'a sanctionnée de dix jours de confinement en cellule . Le recours qu'elle a formé le 18 février 2021 auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes en application des dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale a été rejeté par une décision du 16 mars 2021. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision du 16 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux. Le directeur interrégional dispose d'un délai d'un mois à compter de la réception du recours pour répondre par décision motivée. L'absence de réponse dans ce délai vaut décision de rejet ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 16 mars 2021 a été signée par Mme B A, directrice interrégionale adjointe. Si le garde des sceaux, ministre de la justice affirme en défense que Mme A bénéficiait, en vertu d'une décision du 28 janvier 2021 prise par le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Auvergne-Rhône-Alpes, d'une délégation à l'effet de signer toutes les décisions individuelles visées dans le tableau ci-joint, il ne ressort pas d'une lecture de ce tableau que Mme A avait reçu délégation pour répondre aux recours formés par les personnes détenues en application des dispositions de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2021 prise par le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes.

Sur les frais au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours formé par Mme D à l'encontre de la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Riom prise le 8 février 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101054

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