jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, la commune de Besse-et-Saint-Anastaise, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Bonicel-Bonnefoi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 pris par le directeur académique des services de l'éducation nationale en tant qu'il a retiré un emploi d'enseignant à l'école primaire de la commune.
Elle soutient que :
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 34 du décret n° 2011-184 du 15 février 2011 ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 113-1 du code de l'éducation ;
- elle est entachée d'erreurs d'appréciation ;
- elle constitue une rupture d'égalité devant le service public dans le contexte de la pandémie du Covid-19.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la commune de Besse-et-Saint-Anastaise ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le décret n° 2011-184 du 15 février 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- les observations de Me Bonicel-Bonnefoi, avocate de la commune de Besse-et-Saint-Anastaise,
- et les observations de M. A, représentant le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand.
Considérant ce qui suit :
1. A compter de l'année 2011, la commune de Besse-et-Saint-Anastaise (Puy-de-Dôme) a été dotée d'une école maternelle et élémentaire de cinq classes. Par un arrêté du 22 mars 2021, le directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) a notamment décidé de retirer un poste d'enseignant au sein de cette école, ce retrait ayant pour effet corrélatif de supprimer l'une des cinq classes. Par la présente requête, la commune de Besse-et-Saint-Anastaise demande au tribunal d'annuler cet arrêté en tant que le directeur académique des services de l'éducation nationale a décidé de retirer un poste d'enseignant au sein de son école.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 34 du décret susvisé du 15 février 2011 relatif aux comités techniques dans les administrations et les établissements publics de l'Etat, alors en vigueur : " Les comités techniques sont consultés, dans les conditions et les limites précisées pour chaque catégorie de comité par les articles 35 et 36 sur les questions et projets de textes relatifs : 1° A l'organisation et au fonctionnement des administrations, établissements ou services ; 2° A la gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois et des compétences ; () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le comité technique spécial départemental a été consulté le 28 janvier 2021, notamment sur la fermeture de classe qui concernait l'école primaire de Besse-et-Saint-Anastaise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () ". Aux termes de l'article L. 113-1 de ce code : " Dans les classes enfantines ou les écoles maternelles, les enfants peuvent être accueillis dès l'âge de deux ans révolus dans des conditions éducatives et pédagogiques adaptées à leur âge visant leur développement moteur, sensoriel et cognitif, précisées par le ministre chargé de l'éducation nationale. Cet accueil donne lieu à un dialogue avec les familles. Il est organisé en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer. / Dans ces classes et ces écoles, les enfants de moins de trois ans sont comptabilisés dans les prévisions d'effectifs d'élèves pour la rentrée. Les enfants de moins de six ans peuvent être scolarisés dans des classes réunissant des enfants relevant de l'enseignement préélémentaire et élémentaire. Les personnels qui interviennent dans ces classes portent une attention particulière aux enfants de moins de six ans qui y sont scolarisés () ". Aux termes de l'article D. 113-1 du même code : " Les enfants qui ont atteint l'âge de deux ans au jour de la rentrée scolaire peuvent être admis dans les écoles et les classes maternelles dans la limite des places disponibles. Ils y sont scolarisés jusqu'à la rentrée scolaire de l'année civile au cours de laquelle ils atteignent l'âge de six ans. / L'accueil des enfants de moins de trois ans est assuré en priorité dans les écoles et classes maternelles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne et dans les régions d'outre-mer, et particulièrement en zone d'éducation prioritaire ". Enfin, aux termes de l'article D. 211-9 du code de l'éducation : " Le nombre moyen d'élèves accueillis par classe et le nombre des emplois par école sont définis annuellement par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, compte tenu des orientations générales fixées par le ministre chargé de l'éducation, en fonction des caractéristiques des classes, des effectifs et des postes budgétaires qui lui sont délégués, et après avis du comité technique départemental ".
5. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par la commune requérante, que sur la période allant de 2011 à 2020, l'école maternelle et élémentaire de Besse-et-Saint-Anastaise a connu une diminution constante du nombre de ses élèves, passant de 106 à 89 élèves. Il ressort également des pièces du dossier que la prévision d'effectifs pour la rentrée de septembre 2021 a été arrêtée à 88 élèves, hors élèves de très petite section, et que le nombre moyen d'élèves accueillis par classe pour l'année scolaire 2021-2022 a, en application des dispositions de l'article D. 211-9 du code de l'éducation, été fixé par le directeur académique des services de l'éducation nationale dans le Puy-de-Dôme, à 24 élèves par classe. Ainsi, en retenant cette prévision et en prévoyant quatre classes, l'effectif par classe reste conforme au nombre moyen d'élèves par classe arrêté pour l'année scolaire 2021-2022. Même en prenant en compte les élèves de très petite section, soit 7 élèves, l'effectif par classe reste toujours conforme au nombre moyen d'élèves par classe arrêté pour l'année scolaire précitée. La commune se prévaut du fait que le retrait d'un enseignant, et par suite, la suppression corrélative d'une classe, va à l'encontre des mesures sanitaires de distanciation mises en place par l'Etat dans les écoles, la prive d'accueillir tous les élèves en présentiel, et met l'établissement scolaire dans l'incapacité d'accueillir les enfants des familles qui travaillent dans le tourisme ainsi que les enfants des personnels soignants du bassin de vie de la commune. Toutefois, et en tout état de cause, la commune de Besse-et-Saint-Anastaise n'établit ni que les locaux de l'école ne permettraient pas d'accueillir dans le respect des règles sanitaires des classes de 22 à 24 élèves, ni que des enfants de familles travaillant dans le tourisme ou des enfants des personnels soignants du bassin de vie de la commune non inclus dans la prévision d'effectifs arrêtée par le DASEN avaient nécessairement vocation à faire partie des effectifs de l'école à la rentrée de septembre 2021. D'ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'effectif réel en octobre 2021 de l'école de la commune requérante était de 92 élèves, hors élèves de très petite section, soit 23 élèves par classe, soit encore un nombre d'élèves par classe sous le seuil du nombre moyen d'élèves par classe arrêté par le DASEN pour l'année scolaire 2021-2022. Dans ces conditions, la commune de Besse-et-Saint-Anastaise n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et qu'elle est constitutive d'une rupture d'égalité devant le service public dans le contexte de la pandémie du Covid-19.
6. En dernier lieu, la commune requérante ne peut utilement se prévaloir de son statut de " Petites Villes de Demain " pour caractériser l'illégalité de l'arrêté contesté, lequel repose sur des prévisions d'effectifs dans les écoles et non sur les statuts dont peuvent éventuellement bénéficier les communes sur le territoire desquelles se trouvent des écoles. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard de ce statut ne peut qu'être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Besse-et-Saint-Anastaise n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2021 pris par le directeur académique des services de l'éducation nationale en tant qu'il a retiré un emploi d'enseignant à l'école primaire de la commune.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Besse-et-Saint-Anastaise est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Besse-et-Saint-Anastaise et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera transmise au recteur de l'académie de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- M. Debrion, premier conseiller,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101116
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026