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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101319

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101319

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAMELA-PELLOQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 23 juin 2021 et le 14 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Amela-Pelloquin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre à l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) des Combrailles de produire son relevé d'activité espace numérique de travail (ENT) 2018-2019 ainsi que les feuillets d'émargements des stagiaires à raison de chaque heure de cours dispensée pour l'année 2018-2019 :

2°) de condamner l'EPLEFPA des Combrailles à lui verser une somme de 8 528,41 euros à titre d'indemnité représentative des 225,5 heures supplémentaires effectuées et non rémunérées pour l'année 2018-2019 ainsi qu'une somme de 2 500 euros liée aux troubles dans ses conditions d'existence ;

3°) de mettre à la charge de l'EPLEFPA des Combrailles une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- sa créance n'est pas prescrite ;

- l'EPLEFPA des Combrailles a commis une faute en ne lui réglant pas les heures supplémentaires qu'il a effectuées lors de l'année 2018-2019 dans le cadre de son contrat de travail formateur et qu'il évalue à 225,5 heures ;

- il s'est retrouvé privé d'emploi et de la rémunération substantielle des heures supplémentaires effectuées, de sorte qu'il a subi des troubles dans ses conditions d'existence qui doivent lui être indemnisés à hauteur de 2 500 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 18 août 2021 et le 30 novembre 2022, l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) des Combrailles conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive et dirigée contre l'Etat ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Amela-Pelloquin, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté du 1er mars 2015 au 16 avril 2016 en qualité d'agent vacataire au sein du centre régional de formation d'apprentis (CRFA) de l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole (EPLEFPA) des Combrailles. M. B a ensuite bénéficié au sein de cet établissement d'un contrat à durée déterminée de cinq mois du 1er avril 2016 au 31 août 2016 puis d'un contrat à durée déterminée d'un an à temps complet pour la période du 1er septembre 2016 au 31 août 2017, renouvelé pour les périodes du 1er septembre 2017 au 31 août 2018 et du 1er septembre 2018 au 31 août 2019. Au cours de cette dernière période à l'issue de laquelle son contrat n'a pas été renouvelé, M. B exerçait les fonctions d'agent à administratif à 50 % et les fonctions de formateur à 50 %. Par un courrier du 1er mars 2021, M. B, par l'intermédiaire de son conseil, a sollicité du directeur de l'EPLEFPA des Combrailles, outre la communication de divers documents, le versement d'une somme de 8 528,41 euros correspondant au non-règlement d'heures supplémentaires qu'il aurait effectuées au titre de l'année 2018-2019 ainsi que le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de troubles dans les conditions d'existence. Par un courrier du 27 avril 2021, le directeur de l'EPLEFPA des Combrailles a transmis des documents à M. B mais a refusé de lui verser les sommes demandées. Par un courrier du 17 mai 2021 reçu le 26 mai suivant, M. B, toujours par l'intermédiaire de son conseil, a informé l'EPLEFPA des Combrailles du caractère incomplet des documents transmis. Par un courrier du 22 juin 2021, le directeur de l'EPLEFPA des Combrailles a transmis à M. B deux autres documents. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, outre qu'il soit enjoint à l'EPLEFPA des Combrailles de communiquer son relevé d'activité espace numérique de travail (ENT) 2018-2019 ainsi que les feuillets d'émargements des stagiaires à raison de chaque heure de cours dispensée pour l'année 2018-2019, de condamner cet établissement à lui verser une somme de 8 528,41 euros à titre d'indemnité représentative des 225,5 heures supplémentaires qu'il a, selon lui, effectuées et qui n'ont pas été rémunérées pour l'année 2018-2019 ainsi qu'une somme de 2 500 euros correspondant aux troubles subis dans ses conditions d'existence du fait de ce non -versement.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la somme sollicitée au titre du non-règlement d'heures supplémentaires effectuées :

2. Il appartient au juge administratif de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

3. M. B demande au tribunal de condamner l'EPLEFPA des Combrailles à lui verser une somme de 8 528,41 euros correspondant à 225,5 heures supplémentaires qu'il aurait effectuées au cours de l'année 2018-2019 mais qui ne lui auraient jamais été réglées. Au soutien de ses prétentions indemnitaires, le requérant fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, qu'il a effectué, au titre de son contrat de travail en qualité de formateur au cours de l'année 2018-2019, 301,5 heures supplémentaires mais que seules 76 de ces heures lui ont été réglées. Pour tenter de justifier de l'accomplissement effectif de ce nombre d'heures supplémentaires, il se prévaut de l'accord du directeur de l'EPLEFPA des Combrailles sur le report des 47 heures supplémentaires réalisées au cours de l'année 2017-2018 sur l'année 2018-2019, de ce que l'ensemble de ses missions n'ont pas été prises en compte par l'administration, de ce que les erreurs commises par l'administration sont révélées par le bulletin du mois de mai 2019 qui fait apparaître 76 heures supplémentaires effectuées au cours du mois de mars 2019 alors qu'il a, en réalité, effectué 78 heures, de ce que le décompte antérieurement fourni par l'administration fait état de 866,5 heures réalisées en qualité de formateur au titre de l'année 2018-2019, de ce que les formations courtes majoritairement dispensées par lui n'ont pas été prises en compte, soit 79,5 heures supplémentaires, de ce qu'il a effectué 108 heures supplémentaires dont la réalité ne peut être niée par l'administration, et de ce qu'il y a un différentiel de 136,5 heures supplémentaires que l'administration ne voulait pas reconnaître initialement.

4. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 7 novembre 2019, le directeur alors en poste de l'EPLEFPA des Combrailles a indiqué à M. B, d'une part, que ce dernier avait, en qualité de formateur, effectué, lors de l'année scolaire 2018-2019, 866,5 heures de service alors que son contrat prévoyait l'accomplissement de 720 heures de service, d'autre part, que 76 heures supplémentaires lui avaient été réglées. Le règlement d'une somme correspondant à l'accomplissement de ces heures supplémentaires est corroboré par le bulletin de salaire de M. B du mois de mai 2019.

5. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas de l'instruction que le directeur de l'EPLEFPA des Combrailles aurait donné son accord pour le report, sur l'année 2018-2019, de 47 heures supplémentaires prétendument réalisées au cours de l'année 2017-2018. En effet, le courrier du 4 juillet 2018 est rédigé par le requérant et a été remis à ce directeur et ne saurait suffire à établir l'existence d'un tel accord. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que M. B aurait effectué non pas 76 mais bien 78 heures supplémentaires au cours du mois de mars 2019. Il ne résulte pas plus de l'instruction que l'ensemble de ses missions effectuées au cours de l'année 2018-2019, en particulier les formations courtes qu'il a dispensées, n'auraient pas été prises en compte par sa hiérarchie au moment de calculer les heures qu'il a réellement effectuées en qualité de formateur, le requérant n'établissant pas, alors qu'il le soutient, que l'espace numérique de travail (ENT) de l'établissement ne ferait pas apparaître les formations précitées. Enfin, s'il est vrai qu'au cours de l'année 2018-2019, le bilan des heures effectuées par M. B a changé à plusieurs reprises, s'établissant d'abord à 866,5 heures en novembre 2019, ensuite à 692,5 heures en juin 2021, enfin à 748,5 heures en décembre 2021, ce qui peut éventuellement révéler un manque de rigueur de l'EPLEFPA des Combrailles dans l'établissement des bilans de ses agents, M. B, qui soutient, dans ses dernières écritures, tantôt qu'il a effectué 108 heures supplémentaires dont la réalité ne peut être niée par l'administration, tantôt qu'il existe un différentiel de 136,5 heures supplémentaires que l'administration ne voulait pas reconnaître initialement, ne justifie pas de la pertinence de ses explications, au demeurant imprécises et en tout cas, insuffisamment étayées, sur les heures supplémentaires réellement effectuées, par la production de courriels, d'emplois du temps, de feuilles d'émargement hebdomadaires et de tableaux intitulés " relevé d'activité 2018-2019 " remplis par ses seuls soins, et n'établit pas, en tout état de cause, par ces mêmes documents, avoir effectué, au cours de l'année 2018-2019, au sein du CRFA de l'EPLEFPA des Combrailles, 225,5 heures supplémentaires qui ne lui auraient pas été payées.

6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, et sans qu'il soit besoin, d'une part, d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, d'autre part, d'ordonner, dans le cadre des pouvoirs d'instruction dont dispose le juge administratif, la communication des documents qu'il demande, que M. B n'est pas fondé à obtenir la condamnation de l'EPLEFPA des Combrailles au versement à son profit d'une somme de 8 528,41 euros correspondant à 225,5 heures supplémentaires effectuées au cours de l'année 2018-2019.

En ce qui concerne le préjudice lié aux troubles dans les conditions d'existence :

7. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à obtenir la condamnation de l'EPLEFPA des Combrailles au versement à son profit d'une somme de 2 500 euros au titre de troubles dans ses conditions d'existence au motif qu'il s'est retrouvé privé d'emploi et de la rémunération substantielle des heures supplémentaires effectuées.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. L'EPLEFPA des Combrailles n'étant pas partie perdante à l'instance, il convient de rejeter les conclusions présentées par le requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement public local d'enseignement et de formation professionnelle agricole des Combrailles.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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