vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 juin 2021, 8 juillet 2021, 12 septembre 2021 et 25 avril 2022, M. B A demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération intitulée " projet d'aménagement de l'îlot Gacon/Poncet dans le centre bourg de le Donjon : déclaration d'utilité publique (DUP) et de cessibilité " ;
2°) d'annuler l'arrêté préfectoral de déclaration d'utilité publique ;
3°) de faire procéder à la correction du procès-verbal en ce qu'il comporte une fausse délibération ;
4°) de mettre à la charge de la commune du Donjon la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération du 20 mai 2021 telle qu'elle apparait dans le procès-verbal de la réunion du conseil municipal n'a été ni présentée, ni discutée, ni votée lors de la séance du conseil municipal ;
- le procès-verbal de la réunion du conseil municipal est falsifié et doit être rectifié en tant qu'il comprend une fausse délibération ;
- le procès-verbal a été rédigé par le secrétaire de mairie qui n'a pas assisté à la séance du conseil municipal du 20 mai 2021 ;
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 août 2021 et 1er avril 2022, la commune du Donjon, représentée par la Selarl DMMJB, Me Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que les conclusions présentées par M. A ne rentrent pas dans l'office du juge administratif ; la demande ne saurait être interprétée comme une demande d'annulation ; le procès-verbal de réunion de conseil municipal ne constitue pas un acte qui fait grief ; les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement du 16 juin 2021 sont irrecevables en ce qu'elles ne sont pas présentées par une requête distincte et ne comporte l'exposé d'aucun moyen en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de M. A et de Me Lambert, représentant la commune du Donjon.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. B A, élu d'opposition au conseil municipal de la commune du Donjon doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la délibération du 20 mai 2021 intitulée " projet d'aménagement de l'îlot Gacon/Poncet dans le centre bourg de le Donjon : déclaration d'utilité publique (DUP) et de cessibilité " et d'annuler, par voie de conséquence, l'arrêté du 16 juin 2021 par lequel C de l'Allier a déclaré d'utilité publique le projet d'aménagement de l'ilot Gacon/Poncet dans le centre bourg du Donjon.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Si la commune du Donjon fait valoir qu' " aucune [d]es demandes de [M. A] ne rentre dans l'office du juge administratif, de sorte que la requête de M. A sera nécessairement déclarée irrecevable ", elle n'assortit sa fin de non-recevoir d'aucune précision suffisante permettant d'y répondre précisément. Par ailleurs, si M. A demande " le retrait " de la délibération qu'il conteste, il demande également que soit constatée son inexistence et que le procès-verbal de la réunion soit modifié en conséquence. Dans ces conditions, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, la requête de M. A doit être regardée comme tendant à l'annulation de la délibération du 20 mai 2021 assortie d'une demande d'injonction. Par suite, les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.
Sur la légalité de la délibération du 20 mai 2021 :
3. Un acte ne peut être regardé comme inexistant que s'il est dépourvu d'existence matérielle ou s'il est entaché d'un vice d'une gravité telle qu'il affecte, non seulement sa légalité, mais son existence même.
4. M. A soutient que la délibération telle qu'elle ressort du procès-verbal de la réunion du conseil municipal du 20 mai 2021 n'a été ni débattue ni votée au cours du conseil municipal et produit, au soutien de ses affirmations, une attestation d'un conseiller municipal présent lors de la réunion du conseil municipal certifiant que les élus ont voté pour l'ouverture d'une enquête publique conformément au point quatre de l'ordre du jour transmis en vue de la séance et qui indiquait que serait débattue une délibération portant sur le projet d'aménagement de l'îlot Gacon/Poncet relative à l'ouverture " d'une nouvelle enquête publique, à la demande de Monsieur C, portant sur l'utilité publique et d'une enquête parcellaire, à des fins de cessibilité ". Il ressort des termes de la délibération contestée qui a été transmise au représentant de l'Etat et signée par le maire et qui est intitulée " projet d'aménagement de l'îlot Gacon/Poncet dans le centre bourg de le Donjon : déclaration d'utilité publique (DUP) et de cessibilité " qu'il a été décidé d'engager la procédure de déclaration d'utilité publique du projet, de poursuivre les acquisitions par voie d'expropriation, de solliciter auprès du préfet la déclaration d'utilité publique, de réorganiser l'enquête parcellaire initiale et d'autoriser le maire à mener à bien la procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique et à accomplir l'ensemble des formalités nécessaires et signer tous actes afférents à la procédure. Si la commune du Donjon soutient que les titres de la délibération proposée à l'ordre du jour et de la délibération attaquée sont " sensiblement identiques " et que cette dernière a été retranscrite dans le procès-verbal de la réunion du conseil municipal à la demande du préfet de l'Allier, elle ne conteste pas que la délibération du 20 mai 2021 n'a été ni débattue ni votée dans les termes mentionnés ci-dessus alors qu'elle possède une portée différente de la délibération prévue par l'ordre du jour. Par ailleurs, la circonstance que C de l'Allier aurait demandé au maire de retranscrire la délibération du 6 février 2020 qui avait décidé d'engager la procédure de déclaration d'utilité publique et de solliciter l'ouverture d'une enquête publique préalable à la déclaration d'utilité publique n'est pas de nature à faire regarder la délibération contestée comme ayant été adoptée par le conseil municipal. Ainsi, la délibération telle que retranscrite dans le procès-verbal de la réunion du conseil municipal du 20 mai 2021, transmise au préfet et signée par le maire de la commune du Donjon, n'a pas été soumise au vote du conseil municipal et doit donc être regardée comme un acte nul et de nul effet.
Sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 16 juin 2021 déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement de l'îlot Gacon-Poncet :
5. La déclaration d'inexistence d'un acte administratif emporte celle des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte inexistant ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de cet acte.
6. L'arrêté du 16 juin 2021 déclarant d'utilité publique le projet d'aménagement de l'îlot Gacon-Poncet dans le centre bourg du Donjon ne peut être regardé ni comme ayant été pris pour l'application de la délibération du 20 mai 2021, ni comme y trouvant sa base légale et pouvait légalement être édicté en l'absence de cette délibération. Il en résulte, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense à l'encontre de ses conclusions, que M. A n'est pas fondé à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. M. A doit être regardé comme demandant à ce qu'il soit enjoint au maire de la commune du Donjon de modifier le procès-verbal de la réunion du conseil municipal du 20 mai 2021. Toutefois le présent jugement n'implique pas, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, que le procès-verbal de la séance du conseil municipal du 20 mai 2021, qui présente un caractère purement informatif, soit modifié. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée sur ce fondement par la commune du Donjon. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Donjon, la somme demandée sur le même fondement par le requérant.
D E C I D E :
Article 1er : La " délibération " du 20 mai 2021 est déclarée nulle et de nul effet.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Donjon.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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