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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101425

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101425

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantPERRAUDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 juillet 2021 et 21 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Perraudin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 5 mai 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-est du 13 janvier 2021 et lui a refusé la délivrance d'une autorisation préalable ;

2°) d'enjoindre à la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation par celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier 2022 et 3 février 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

A l'issue de l'audience qui s'est tenue le 12 mai 2023 une note en délibéré a été produite pour M. B le même jour et communiquée au conseil national des activités privées de sécurité.

La clôture de l'instruction a été prononcée avec un effet immédiat le 6 novembre 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 1er décembre 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction tendant à la délivrance de l'autorisation sollicitée.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Perraudin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 10 novembre 2020, M. A B a saisi la commission locale d'agrément et de contrôle sud-est afin d'obtenir une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité. Par une délibération du 13 janvier 2021, ladite commission a rejeté sa demande. Le 23 février 2021, M. B a alors formé un recours administratif préalable obligatoire et par une délibération du 5 mai 2021, dont il demande l'annulation, la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté le recours préalable et a refusé de lui délivrer une autorisation préalable à l'accès à une formation professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. " et aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. Si M. B a été mis en cause en juillet 2013 pour des faits de violences volontaires avec usage ou menace d'une arme avec une incapacité temporaire de travail de moins de huit jours, il ressort des pièces du dossier que ces faits se déroulés au cours d'une dispute conjugale lors de laquelle les deux protagonistes ont présenté des blessures à la cuisse provoquées par un couteau et à la suite de laquelle aucun d'eux n'a porté plainte. La procédure a fait l'objet d'un classement sans suite dès lors que l'enquête n'a pu clairement établir les faits ou les circonstances de fait. Par ailleurs, M. B soutient sans être contredit par le conseil national des activités privées de sécurité que postérieurement à ces faits, il a été titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité entre 2014 et 2019. Ainsi, eu égard au caractère ancien et isolé des faits et aux circonstances dans lesquelles ils ont été commis, la commission nationale d'agrément et de contrôle a commis une erreur d'appréciation en refusant à M. B la délivrance d'une autorisation préalable d'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité privée.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la délibération du 5 mai 2021 doit être annulée.

Sur l'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, la présente décision implique nécessairement que M. B se voit délivrer l'autorisation préalable permettant l'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle d'agent de sécurité privée. Il y a lieu, par suite, de faire application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, de délivrer à M. B cette autorisation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité le paiement au conseil du requérant d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour Me Perraudin de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E:

Article 1er : La délibération du 5 mai 2021 de la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité est annulée.

Article 2 : Sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, il est enjoint au conseil national des activités privées de sécurité de délivrer à M. B l'autorisation d'accès à la formation professionnelle d'agent de sécurité privée dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à Me Perraudin une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour l'intéressée de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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