jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AVK AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 juillet 2021 et le 11 mai 2022, la SARL Concept Loisirs Services, C et M. B A, représentés par Me Gros et Me Fribourg, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 11 mai 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Murol a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Murol la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt pour agir suffisant à l'encontre de la délibération en litige ;
- la délibération contestée a été approuvée au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'annulation d'une permanence que devait assurer le commissaire enquêteur et en raison de l'absence de motivation personnelle de l'avis qu'il a rendu sur le projet de plan local d'urbanisme ;
- elle est illégale dès lors que le zonage des parcelles cadastrées ZV 60, ZV 61 et ZV 62 est incohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables ;
- elle est illégale dès lors que le zonage des parcelles cadastrées ZV 60, ZV 61 et ZV 62 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 septembre 2021 et le 27 juin 2022, la commune de Murol, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Anne-Sophie Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal que la requête est irrecevable en raison de l'absence de qualité pour agir du représentant légal de C, de l'absence d'intérêt pour agir de la SARL Concept Loisirs Services et de l'absence d'intérêt pour agir de M. A pour contester le classement de la parcelle ZV 61 ;
- à titre subsidiaire que les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- les observations de Me Ferrandon, représentant les requérants, et Me Juilles représentant la commune de Murol.
Une note en délibéré, présentée par la SARL Concept Loisirs Services, C et M. B A, a été enregistrée le 10 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 11 mai 2021, le conseil municipal de la commune de Murol a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune qui classe les parcelles cadastrées nos ZV 60, 61 et 62 en zone naturelle. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de cette délibération d'approbation du plan local d'urbanisme.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire ". Aux termes de l'article L. 123-13 du code de l'environnement : " I. Le commissaire enquêteur () conduit l'enquête de manière à permettre au public de disposer d'une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision. () / II. - Pendant l'enquête, le commissaire enquêteur ()peut () : / - recevoir toute information et, s'il estime que des documents sont utiles à la bonne information du public, demander au maître d'ouvrage de communiquer ces documents au public ; / () / - entendre toutes les personnes concernées par le projet, plan ou programme qui en font la demande et convoquer toutes les personnes dont il juge l'audition utile ; / - organiser, sous sa présidence, toute réunion d'information et d'échange avec le public en présence du maître d'ouvrage. () ".
3. Les requérants soutiennent que la délibération d'approbation du plan local d'urbanisme est illégale en raison de ce que le commissaire enquêteur en charge de l'enquête publique à laquelle était soumis le document d'urbanisme n'a pas assuré une permanence qui devait se tenir le 5 février 2021. Toutefois, il résulte des dispositions précitées que l'organisation d'une réunion d'échange avec le public constitue une simple faculté et, par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que trois autres permanences se sont tenues pendant l'enquête publique. Enfin, les requérants ne démontrent pas dans quelle mesure l'annulation de cette seule permanence a privé le public d'une information complète sur le projet de plan local d'urbanisme ou l'a empêché de participer effectivement au processus de décision. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la procédure d'enquête publique est irrégulière en raison de l'annulation de la permanence qui devait se tenir le 5 février 2021.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement dans sa version applicable au présent litige : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage ". L'article R. 123-19 du même code dispose que : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement que, si elles n'imposent pas au commissaire enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique, elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
5. Les requérants soutiennent que le commissaire enquêteur s'est contenté de rappeler le déroulement de l'enquête et de paraphraser les avis des personnes publiques associées et les observations du public. Toutefois, il ressort du rapport d'enquête publique du 14 mars 2021, que si le commissaire enquêteur rappelle le déroulement de la procédure, les avis des personnes publiques associées et les observations du public, il réalise également, au moins sommairement, une analyse des avis et des observations et émet un avis personnel sur le projet soumis à enquête permettant à la commune d'être éclairée quant à l'adoption du plan local d'urbanisme. Il s'ensuit que, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de ce que la procédure est irrégulière en raison de l'absence d'avis personnel et motivé du commissaire enquêteur doit être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : 1° Un rapport de présentation ; 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; 4° Un règlement ; 5° Des annexes () ". Selon les dispositions de l'article L. 151-5 du même code dans sa version applicable au présent litige : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. () ". Aux termes de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
7. D'une part, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
8. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Si, comme le soutiennent les requérants, le projet d'aménagement et de développement durables de la commune comporte des orientations et des objectifs liés au développement de l'économie et du tourisme, il ressort également de ce même document que la commune s'est fixée également des objectifs en termes de préservation des paysages naturels et de protection des personnes et des biens contre les risques naturels. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les parcelles cadastrées nos ZV 60, 61 et 62 sont situées à l'ouest du bourg, à proximité du cours d'eau du Couze Chambon, et que, si les parcelles cadastrées nos ZV 60 et 62 présentent le caractère d'un espace naturel boisé, la parcelle cadastrée n° ZV 61 est, pour partie, aménagée dans le cadre de l'exploitation d'un camping implanté dans les environs. Cette dernière circonstance est toutefois, à elle seule, sans incidence sur la légalité de la délibération en litige dès lors qu'il ressort également des pièces du dossier que la zone est soumise à un risque élevé d'inondation et que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu classer l'ensemble de ces terrains en zone naturelle afin de préserver les zones humides associées au cours d'eau et soustraire ces espaces à l'urbanisation afin de protéger l'environnement naturel et les corridors écologiques. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le zonage des parcelles cadastrées nos ZV 60, 61 et 62 est en contradiction avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont également pas fondés à soutenir que le zonage des mêmes parcelles est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération qu'ils contestent.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Murol, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Murol et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Concept Loisirs Services, C et M. A est rejetée.
Article 2 : La SARL Concept Loisirs Services, C et M. A verseront ensemble à la commune de Murol une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Concept Loisirs Services, première dénommée pour l'ensemble des requérants et à la commune de Murol.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101528
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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