jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101544 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 juillet 2021, le 4 novembre 2021 et le 27 janvier 2022, M. D B demande au tribunal d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier a attribué la parcelle ZL10 au compte n° 125 de Mesdames A et la parcelle ZL8 au compte n° 202 de Messieurs B.
Il soutient que :
- le recours est présenté pour l'indivision B, propriétaire de la parcelle ZL10 ;
- l'échange entre les parcelles ZL10 et ZL 8 ne constitue pas un échange de parcelles équivalentes dès lors que les parcelles n'ont pas la même surface labourable, que la parcelle ZL8 est plus éloignée que la ZL10 de son siège d'exploitation, qu'elle est morcelée alors que la parcelle ZL10 est d'un seul tenant, ce qui est un élément très important pour la gestion de son exploitation en agriculture biologique et afin d'assurer son autonomie fourragère ; par ailleurs, les terrains de la parcelle ZL10 sont classées en zone agricole à la différence de ceux de la parcelle ZL8, ce qui l'empêche d'envisager de construire sur ces parcelles ; en outre, une parcelle attribuée dans un des lots qui lui a été attribué est traversée par un chemin empierré ce qui réduit la surface labourable réelle et d'autres parcelles ne peuvent être labourées du fait de l'absence de profondeur des sols ou de leur situation en zone humide ; au total, l'opération lui fait perdre 5,47 hectares de terres labourées, correspondant à un surcoût de 8 533 euros de blé supplémentaire à acheter pour l'année d'implantation sur les terres non labourables ; l'échange des parcelles ZL8 et ZL10 a aggravé sa situation puisque sans cet échange, il ne perdrait que 3,20 hectares représentant un surcoût de 6 146 euros de blé l'année d'implantation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 octobre 2021 et le 3 janvier 2022, le Département du cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute d'accord des indivisaires
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2021, 21 décembre 2021 et 29 janvier 2022 et 1er février 2022, Mmes A concluent au rejet de la requête.
Elles soutiennent que :
- les deux comptes de propriété du requérant, en propre et en indivision bénéficient d'une augmentation en surface et en valeur culturale du fait de l'opération d'aménagement foncière alors que leur compte de propriété perd en surface et en valeur culturale ; par ailleurs, le requérant ne subit aucun éloignement par rapport à son siège d'exploitation ;
- la réalité des terrains a été prise en compte par la commission grâce à une visite sur les lieux à laquelle M. B était présent ;
- l'attribution de la parcelle ZL10 leur permet de regrouper les terres exploitables et permet un aménagement foncier cohérent et équitable.
Par ordonnance du 2 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mars 2022 à 12h.
Un mémoire présenté par Mmes A a été enregistré le 24 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaffré,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Mesdames A.
Considérant ce qui suit :
1. Une opération d'aménagement foncier agricole et forestier a été ordonnée par délibération du conseil général du Cantal en date du 24 mai 2016 et soumise à enquête publique du 15 décembre 2020 au 19 janvier 2021. Un projet parcellaire a été adopté en Commission communale d'aménagement foncier (CCAF) le 9 mars 2021. Mesdames A ont formé une réclamation relative à ce projet en proposant d'échanger la parcelle ZL8 contre la parcelle ZL10 dont M. B était propriétaire en indivision, situées au lieu-dit " Croix Hautes " sur le territoire de la commune de Andelat (Cantal). Cette réclamation a été accueillie par la commission départementale d'aménagement foncier qui a, par décision du 16 juin 2021, fait droit à la demande d'échange de parcelles. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 123-1 du code rural et de la pêche maritime, auquel renvoient les articles L. 123-24 et L. 123-26 du même code : " L'aménagement foncier agricole, forestier et environnemental, applicable aux propriétés rurales non bâties, se fait au moyen d'une nouvelle distribution des parcelles morcelées et dispersées. / Il a principalement pour but, par la constitution d'exploitations rurales d'un seul tenant ou à grandes parcelles bien groupées, d'améliorer l'exploitation agricole des biens qui y sont soumis. Il doit également avoir pour objet l'aménagement rural du périmètre dans lequel il est mis en œuvre et peut permettre, dans ce périmètre, une utilisation des parcelles à vocation naturelle, agricole ou forestière en vue de la préservation de l'environnement. / Sauf accord des propriétaires et exploitants intéressés, le nouveau lotissement ne peut allonger la distance moyenne des terres au centre d'exploitation principale, si ce n'est dans la mesure nécessaire au regroupement parcellaire. ". Aux termes de l'article L. 123-3 du même code : " Doivent être réattribués à leurs propriétaires, sauf accord contraire, et ne subir que les modifications de limites indispensables à l'aménagement : () 4° Les immeubles présentant, à la date de la délibération du conseil départemental ou de l'arrêté de son président fixant le périmètre d'aménagement foncier agricole et forestier, les caractéristiques d'un terrain à bâtir au sens de l'article L. 322-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ; () ". Aux termes de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime : " Chaque propriétaire doit recevoir, par la nouvelle distribution, une superficie globale équivalente, en valeur de productivité réelle, à celle des terrains qu'il a apportés, déduction faite de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs mentionnés à l'article L. 123-8 et compte tenu des servitudes maintenues ou créées. () / Sauf accord exprès des intéressés, l'équivalence en valeur de productivité réelle doit, en outre, être assurée par la commission communale dans chacune des natures de culture qu'elle aura déterminées. Il peut toutefois être dérogé, dans les limites qu'aura fixées la commission départementale pour chaque région agricole du département, à l'obligation d'assurer l'équivalence par nature de culture. / La commission départementale détermine, à cet effet : / 1° Après avis de la chambre d'agriculture, des tolérances exprimées en pourcentage des apports de chaque propriétaire dans les différentes natures de culture et ne pouvant excéder 20 p. 100 de la valeur des apports d'un même propriétaire dans chacune d'elles ; / 2° La surface au-dessous de laquelle les apports d'un propriétaire pourront être compensés par des attributions dans une nature de culture différente ; cette surface ne peut excéder 80 ares. / La dérogation prévue au 2° ci-dessus n'est pas applicable, sans leur accord exprès, aux propriétaires dont les apports ne comprennent qu'une seule nature de culture () ".
3. Ces dispositions ne garantissent aux propriétaires ni une égalité absolue entre la surface qui leur est attribuée et celle de leurs apports, ni une équivalence parcelle par parcelle ou classe par classe entre ces terres. Les commissions d'aménagement foncier sont seulement tenues d'attribuer des lots équivalents en valeur de productivité réelle aux apports de chaque propriétaire après déduction de la surface nécessaire aux ouvrages collectifs. L'aggravation éventuelle des conditions d'exploitation et la règle de l'équivalence entre les apports et les attributions s'apprécient, non parcelle par parcelle, mais pour l'ensemble d'un compte de propriété et selon la valeur de productivité réelle des sols, indépendamment de la valeur vénale, locative ou cadastrale des parcelles.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal de la commission communale d'aménagement foncier d'Andelat du 28 juin 2017 que la commission a déterminé une seule nature de cultures pour l'ensemble des parcelles concernées par l'opération d'aménagement foncier, dénommées " prairie " et a identifié 8 classes de valeur de productivité réelle des fonds déterminant l'attribution de points en fonction du classement des surfaces.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait du compte n° 202 de M. B, qu'après la décision de la commission communale d'aménagement foncier le requérant a reçu l'attribution de 5 îlots de parcelles au lieu des 18 îlots détenus avant aménagement foncier lui permettant le rapprochement moyen des terres de son siège d'exploitation de 429,20 mètres, l'augmentation totale de la surface agricole de 44 ares et 13 centiares valant 1 249 points de plus en productivité réelle que les terres détenues par ce compte d'exploitation agricole avant aménagement. A la suite de la réclamation présentée par Mmes A, le compte n° 202 a reçu l'attribution de la parcelle ZL8 de 3ha31a83ca, valant 2 7671 points. La parcelle ZL10, voisine de la ZL8, d'une contenance de 3ha25a20ca, valant 2 7352 points a été mis au compte n° 125 de Mme A.
6. Si le requérant fait valoir que la parcelle ZL10 est située en zone agricole et que sa situation lui permettait d'envisager de construire sur cette parcelle contrairement à la parcelle ZL8 qui lui a finalement été attribuée, il est constant que la parcelle ZL10 n'a pas les caractéristiques d'un terrain à bâtir au sens de l'article L. 322-3 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. En outre, si le requérant affirme que l'opération d'aménagement foncier lui fait perdre une surface labourable importante engendrant un surcoût correspondant à l'achat de blé pour la première année d'implantation, il ne conteste pas la classification des terres telle que retenue par la commission. Par ailleurs, M. B procède par allégations et n'apporte aucun élément de nature à démontrer ses dires, la seule production de cartes cadastrales ou de photographies issues du site Géoportail ne saurait démontrer la valeur de terres agricoles. Ainsi, le requérant ne conteste pas sérieusement ni la méthodologie de classement des parcelles ni l'appréciation de la modification de ses conditions d'exploitation à la suite de l'opération d'aménagement foncier. Par suite, en l'absence de démonstration de l'aggravation de ses conditions d'exploitation à la suite de l'opération d'aménagement foncier agricole, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 123-4 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir présentées par le département du Cantal, que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme E A, à Mme C A et au département du Cantal.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- Mme Jaffré, première conseillère,
- M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
La rapporteure,
M. JAFFRÉ
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101544
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