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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101586

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101586

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDELAHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 juillet 2021 et le 13 octobre 2022, M. E C, représenté par la SCP Teillot et Associés, Me Maisonneuve, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 26 octobre 2020 par laquelle le préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes a autorisé M. D à exploiter 4,4946 ha sur la commune de Bromont-Lamothe, ainsi que la décision implicite du 22 juin 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ; en effet, faute de notification régulière, le délai de recours contentieux n'a pas commencé à courir ; par ailleurs, il n'est pas démontré que les formalités d'affichage aient été régulièrement effectuées ;

- la décision litigieuse n'est pas motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; en effet, il n'a pas été répondu à la demande de communication des motifs de la décision effectuée le 22 avril 2021 ;

- la décision litigieuse est entachée d'illégalité du fait de l'absence de prise en compte de l'existence du preneur en place ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ; en effet, la demande d'autorisation aurait dû être refusée dès lors qu'elle porte atteinte à la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; par ailleurs, le preneur en place relève du rang 1 et est ainsi prioritaire par rapport à M. D.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 23 septembre 2022, le préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022 et le 28 octobre 2022, MM. B et A D, représentés par Me Delahaye, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est tardive, l'autorisation d'exploiter litigieuse ayant acquis un caractère définitif du fait de sa publicité au recueil des actes administratifs de la préfecture de région le 26 novembre 2020 et de l'affichage en mairie de l'avis favorable d'exploiter le 6 novembre 2020 ; par ailleurs, le recours gracieux du requérant n'est pas formé contre la décision du 26 octobre 2020 mais contre une correspondance du 17 novembre 2020 ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Goutille, représentant M. C et de Me Morio, représentant MM. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C exploite, au sein du GAEC de la Brousse, des parcelles situées sur la commune de Bromont-Lamothe dont M. D est devenu propriétaire. Le 26 juin 2020, M. A D a déposé une demande en vue d'exploiter un ensemble de parcelles sur une surface de 4,4946 ha situées sur la commune de Bromont-Lamothe. Il en a été accusé réception par le préfet du Puy-de-Dôme par un courrier du 6 août 2020. En l'absence de décision expresse de l'administration, une décision implicite d'autorisation est née le 26 octobre 2020. M. C a formé un recours contre cette décision le 16 avril 2021, reçu le 22 avril 2021. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet sur ce recours le 22 juin 2021. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision autorisant implicitement M. D à exploiter un ensemble de parcelles sur une surface de 4,4946 ha situées sur la commune de Bromont-Lamothe, ainsi que l'annulation de la décision portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la légalité de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée (). ". Aux termes du dernier alinéa du III de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet de région notifie sa décision aux demandeurs, aux propriétaires et aux preneurs en place par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. Cette décision fait l'objet d'un affichage à la mairie de la commune sur le territoire de laquelle sont situés les biens. Elle est publiée au recueil des actes administratifs. / A défaut de notification d'une décision dans le délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier ou, en cas de prorogation de ce délai, dans les six mois à compter de cette date, l'autorisation est réputée accordée. En cas d'autorisation tacite, une copie de l'accusé de réception mentionné à l'article R. 331-4 est affichée et publiée dans les mêmes conditions que l'autorisation expresse ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la demande d'autorisation d'exploiter des parcelles déposée par M. D le 26 juin 2020, une décision implicite d'autorisation est née, quatre mois plus tard soit le 26 octobre 2020 au bénéfice de M. D en application des dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime. Il ressort d'un certificat établi par le maire de Bromont-Lamothe le 21 juin 2021, dont la régularité n'est pas utilement contestée par le requérant, que la demande de M. A D a été affichée en mairie de Bromont-Lamothe le 6 août 2020. Il ressort des pièces du dossier que la décision implicite d'autorisation a fait l'objet d'une publication au recueil des actes de la préfecture le 26 novembre 2020 et d'un affichage en mairie de Bromont-Lamothe à compter du 6 novembre 2020 au 26 mars 2021. Ainsi, et alors même que cette autorisation tacite n'aurait pas été notifiée à M. C avec la mention des voies et délais de recours, le délai du recours contentieux de deux mois a commencé à courir à compter de la plus tardive de ces deux dates, soit le 26 novembre 2021 et a expiré le 27 janvier 2021. Le recours gracieux formé par M. C le 22 avril 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux n'a dans ces conditions pas eu pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que la requête de M. C, enregistrée le 26 juillet 2021, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours de deux mois à compter de l'accomplissement de la dernière formalité de publicité, est tardive.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête de M. C sont irrecevables comme tardives et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par MM. D au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de MM. D présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à MM B et A D.

Copie en sera adressée au préfet de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 , à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101586

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