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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101704

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101704

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101704
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. A qui demandait l'annulation de la délibération du 13 février 2021 approuvant le plan local d'urbanisme (PLU) de Rochefort-Montagne, en tant qu'elle classait ses parcelles en zone agricole. Le tribunal a jugé que ce classement n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, car il était cohérent avec l'objectif du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) de stopper l'étalement urbain et de protéger les espaces agricoles. La solution s'appuie sur les articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme, qui encadrent la définition et le classement des zones agricoles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 août 2021 et le 24 mars 2022, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 février 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rochefort-Montagne a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées nos ZS 218, ZS 219, ZS 33 et ZA 180 en zone agricole ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rochefort-Montagne la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement des parcelles nos ZS 218, ZS 219, ZS 33 et ZA 180 en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment qu'elles ne présentent pas le caractère de zones agricoles, qu'elles étaient auparavant classées en zone urbaine, que des constructions y sont implantées, qu'elles sont desservies par les voies et réseaux et qu'elles sont situées en continuité de l'urbanisation existante ;

- le classement de ces parcelles est contraire au principe d'égalité de traitement ;

- le classement de ces parcelles est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 février 2022 et le 4 mai 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Rochefort-Montagne, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Anne-Sophie Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal que la requête est irrecevable en raison de l'absence de production de titres de propriété pour les parcelles concernées ;

- à titre subsidiaire que les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de M. A et de Me Juilles, représentant la commune de Rochefort-Montagne.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 février 2021, le conseil municipal de la commune de Rochefort-Montagne a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par courrier du 8 avril 2021, M. A a formé un recours administratif à l'encontre de cette délibération, recours qui a été expressément rejeté par courrier du maire de la commune de Rochefort-Montagne du 21 juin 2021. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la délibération d'approbation du plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées nos ZS 218, ZS 219, ZS 33 et ZA 180 en zone agricole.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Selon les dispositions de l'article R. 151-23 du même code : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci ".

3. D'une part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

4. D'autre part, il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

5. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durables de la commune que les auteurs du plan local d'urbanisme se sont fixés comme orientation générale de réduire l'impact de l'urbanisation sur les espaces agricoles et naturels en stoppant le processus d'étalement de l'urbanisation et en privilégiant la densification des secteurs bâtis. Les auteurs du plan local d'urbanisme se sont également fixés comme objectif de maintenir et conforter l'activité agricole en interdisant notamment l'implantation de constructions isolées dans l'espace agricole, sauf si ces constructions sont strictement nécessaires à l'activité agricole. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les parcelles ZS n° 218 et n° 219 présentent le caractère d'un espace agricole et que la parcelle ZS n° 33 présente un caractère naturel. Ces parcelles, qui sont situées à proximité du hameau d'Ourceyre, s'implantent dans un vaste espace dont la vocation agricole est manifeste. Les circonstances que ces parcelles présentent des constructions, au demeurant de taille réduite au regard de la taille des parcelles, qu'elles étaient auparavant classées en zone urbaine, qu'elles sont desservies par les réseaux ou qu'elles pourraient être perçues comme étant en continuité de l'urbanisation existante au sens de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme sont sans incidence sur la légalité du classement. Ainsi, au regard du parti d'urbanisme de la commune, consistant à ne pas permettre l'étalement de la zone urbaine au sein de ces espaces agricoles, le classement des parcelles cadastrées ZS nos 218, 219 et 33 n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la parcelle ZA n° 180 est située au sud-ouest d'une zone urbaine de taille réduite à vocation industrielle qui accueille un établissement commercial lié à l'agriculture. La parcelle concernée jouxte, au sud, un vaste espace agricole et s'implante au sein d'un environnement qui présente très majoritairement un caractère agricole. Là encore, les circonstances que la parcelle accueille une construction et est desservie par les réseaux sont sans incidence sur le classement de la parcelle qui n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de ce que le classement des parcelles cadastrées nos ZS 218, ZS 219, ZS 33 et ZA 180 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En second lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, comme il a été dit précédemment, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. En admettant que certaines parcelles de faible importance, identifiées par le requérant, ont été classées en zone urbaine, cette circonstance ne traduit pas que ces classements répondraient à des motifs étrangers à ceux poursuivis par la règlementation d'urbanisme. Au surplus, ces classements sont sans incidence sur le classement des parcelles en litige. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le plan local d'urbanisme de la commune de Rochefort-Montagne méconnaît le principe d'égalité des citoyens devant la loi et est entaché de détournement de pouvoir.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération qu'il conteste.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rochefort-Montagne, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Rochefort-Montagne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune de Rochefort-Montagne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Rochefort-Montagne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101704

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