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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101715

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101715

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantOUDOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 août 2021, la commune de Cezens, représentée par Me Odoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet du Cantal a, d'une part, délivré, au nom de l'Etat, un permis de construire à titre précaire, à la société Boralex pour l'implantation d'un mât de mesure du vent sur un terrain situé lieu-dit Les Quatre Routes sur la commune de Cezens et, d'autre part, retiré l'arrêté du 27 octobre 2020 accordant un permis de construire précaire pour le même équipement ;

2°) de mettre à la charge du préfet du Cantal la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle n'est pas tardive, que le maire de la commune a qualité pour agir et que la commune présente un intérêt pour agir suffisant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence d'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers en méconnaissance de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne mentionne pas la nécessité caractérisée de recourir à un permis de construire à titre précaire, les règles d'urbanisme auxquelles le projet déroge et la durée retenue pour le projet ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2021, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence d'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 2 juin 2021, le préfet du Cantal a, d'une part, délivré, au nom de l'Etat, un permis de construire à titre précaire à la société Boralex pour l'implantation d'un mât de mesure du vent d'une hauteur de 88 mètres en vue d'étudier les conditions locales préalables à l'implantation d'éoliennes sur un terrain situé lieu-dit Les Quatre Routes sur la commune de Cezens et, d'autre part, retiré l'arrêté du 27 octobre 2020 accordant un permis de construire précaire pour le même équipement. Par la présente requête, la commune de Cézens demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme : " Une construction n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 421-5 et ne satisfaisant pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire dans les conditions fixées par le présent chapitre. / Dans ce cas, le permis de construire est soumis à l'ensemble des conditions prévues par les chapitres II à IV du titre II du présent livre ". Selon les dispositions de l'article L. 111-5 du même code : " La construction de bâtiments nouveaux mentionnée au 1° de l'article L. 111-4, les projets de méthanisation mentionnés au même article L. 111-4 et les projets de constructions, aménagements, installations et travaux mentionnés aux 2° et 3° du même article ayant pour conséquence une réduction des surfaces situées dans les espaces autres qu'urbanisés et sur lesquelles est exercée une activité agricole ou qui sont à vocation agricole doivent être préalablement soumis pour avis par l'autorité administrative compétente de l'Etat à la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'article L. 111-5 est inapplicable aux permis de construire délivrés à titre précaire dès lors qu'il figure dans le livre Ier du code de l'urbanisme et non dans le livre IV auquel renvoie l'alinéa 2 de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme précité. Au demeurant, le projet d'implantation d'un mât de mesure du vent, qui n'a pas pour conséquence de réduire une surface sur laquelle est exercée une activité agricole ou à vocation agricole, ne répond pas aux critères fixés par l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce quel'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence d'avis de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers en méconnaissance de l'article L. 111-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme : " Une construction n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 421-5 et ne satisfaisant pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire dans les conditions fixées par le présent chapitre. / Dans ce cas, le permis de construire est soumis à l'ensemble des conditions prévues par les chapitres II à IV du titre II du présent livre ". Selon l'article L. 421-5 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, par dérogation aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4, sont dispensés de toute formalité au titre du présent code en raison : / a) De leur très faible importance ; / b) De la faible durée de leur maintien en place ou de leur caractère temporaire compte tenu de l'usage auquel ils sont destinés. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives ou réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ".

5. Il résulte de la combinaison des articles L. 433-1 et L. 424-3 du code de l'urbanisme qu'une autorisation délivrée à titre précaire, pour une construction qui n'est pas dispensée de toute formalité en application du code de l'urbanisme et qui ne satisfait pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 de ce code, est, de par sa nature même, délivrée à titre dérogatoire aux règles d'urbanisme applicables. Une telle décision doit, dès lors, être motivée en application de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme. A ce titre, il incombe à l'autorité compétente, après avoir rappelé que la construction entre dans le champ d'application du permis de construire, d'indiquer précisément dans sa décision, d'une part, les règles mentionnées à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme auxquelles le projet ne satisfait pas et, d'autre part, les motifs qui, en fonction des circonstances ou de la nature du projet, justifient que, à titre exceptionnel, il soit dérogé à ces mêmes règles.

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le permis de construire délivré entend déroger aux dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme relatif à la règle de constructibilité limitée des constructions en continuité de l'urbanisation existante. Contrairement à ce que soutient la commune de Cézens, l'arrêté litigieux ne déroge pas aux dispositions des articles L. 122-7, L. 122-10 et L. 122-11 du code de l'urbanisme. Ces dispositions n'avaient donc pas à être mentionnées par l'autorité administrative compétente. Par ailleurs, l'arrêté en litige indique que l'installation temporaire du mât de mesure de vent, qui présente une hauteur de 88 mètres, à vocation à étudier les conditions locales préalables à l'implantation d'éoliennes et vise ainsi à répondre aux objectifs régionaux et nationaux de transition énergétique. Il comportait donc les motifs qui justifiaient qu'il soit dérogé à l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 2 juin 2021 serait insuffisamment motivé.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

8. La commune soutient que l'ouvrage présente un risque pour la sécurité publique en raison des risques de rupture du mât de mesure et de projection de ses composants, risque accru du fait de la force du vent dans le secteur considéré et de la présence à proximité de deux routes départementales, d'une voie d'accès et d'un chemin piétonnier. Toutefois, en se bornant à alléguer que les risques d'accidents sont très élevés sans apporter d'éléments au soutien de leurs allégations qui permettraient de justifier d'une probabilité importante de réalisation du risque de rupture du mât et de projection de ses composants, la commune n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en délivrant le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'acte attaqué méconnaîtrait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet du Cantal a délivré un permis de construire au nom de l'Etat à la société Boralex pour l'implantation d'un mât de mesure du vent.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet du Cantal, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune de Cézens est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cézens, à la société Boralex et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Cantal.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101715

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