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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101716

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101716

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2021 et le 19 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C B, représentée par la SCP Borie et associés, Me Kiganga, demande au tribunal :

1°) d'ordonner, avant dire-droit, une mesure d'expertise médicale ;

2°) d'annuler la décision du 7 juin 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand a refusé de reconnaître l'origine professionnelle de sa maladie ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement, au profit de son conseil, de la somme de 1 700 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la maladie dont elle est atteinte est imputable au service ;

- le taux d'incapacité permanente de 20 % est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2023, le recteur de l'académie de Clermont-Ferrand, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kikanga, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, technicienne de recherche et de formation, exerce les fonctions d'agent de laboratoire au lycée Jeanne d'Arc de Clermont-Ferrand depuis le 1er septembre 2017. Elle a été placée en congé de longue maladie du 11 décembre 2017 au 10 septembre 2018. Ce congé de longue maladie a été renouvelé à plusieurs reprises jusqu'au 10 septembre 2020. Par un avis du 21 mai 2021, la commission de réforme s'est prononcé défavorablement à sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de sa maladie. Par une décision du 7 juin 2021, le recteur de l'académie de Clermont Ferrand a refusé de reconnaître l'origine professionnelle de sa maladie. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision du 7 juin 2021.

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / () / IV. - Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon les dispositions de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires applicables au présent litige : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l' article R. 461-8 du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

3. Il résulte des dispositions précitées du IV l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 que, dans l'hypothèse où le mécanisme de présomption prévu par le premier alinéa ne peut être retenu, dans le cas prévu par le troisième alinéa, peut être regardée comme imputable au service une maladie lorsqu'il est démontré qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions, et donc, si elle présente un lien direct avec l'exercice de ces fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de cette maladie du service.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des rapports d'expertise psychiatrique réalisés entre mai 2018 et avril 2020, que Mme B est atteinte d'une maladie psychiatrique caractérisée par un syndrome dépressif à composante anxieuse. Cette pathologie, compte tenu de sa nature, ne figure pas au nombre de celles pour lesquelles joue le mécanisme de présomption d'imputabilité prévu par les dispositions précitées du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Si la requérante soutient que les rapports et certificats médicaux produits permettent d'établir l'imputabilité au service de sa maladie psychique, ces documents médicaux ne font cependant que reprendre le témoignage de la requérante qui attribue la cause de sa maladie à ses conditions de travail. La requérante indique, à ce titre, que les fonctions qu'elle occupait entre les mois de septembre et de décembre 2017 n'étaient pas intellectuellement stimulantes et qu'elle entretenait des rapports conflictuels avec sa hiérarchie en raison du fait qu'elle estimait ne pas avoir été correctement traitée à l'occasion de sa demande de mutation géographique. Ces éléments, au demeurant peu circonstanciés, ne sont assortis d'aucune précision suffisante permettant d'établir que les conditions de travail de la requérante présentaient un caractère pathogène de sorte que la maladie dont elle est atteinte présente un lien avec l'exercice des fonctions. Par ailleurs, l'allégation selon laquelle le taux d'incapacité de 20 % est entaché d'erreur d'appréciation n'est assortie d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'expertise médicale, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 7 juin 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Clermont Ferrand a refusé de reconnaître l'origine professionnelle de sa maladie. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais du litige doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la ministre de l'éducation nationale.

Une copie en sera adressée pour information au recteur de l'académie de Clermont-Ferrand.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caroline Bentéjac, présidente,

M. Jean-François Bordes, premier conseiller,

M. Christophe Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. A

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101716

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