jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101758 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 août 2021, le 25 mars 2022 et le 16 juin 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la délibération du 13 février 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Rochefort-Montagne a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'il institue un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AB n° 87, qu'il identifie la parcelle ZP n° 15 à protéger au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme et qu'il identifie les parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 à protéger au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme.
Elle soutient que :
- la création d'un emplacement réservé destiné à un parking sur la parcelle cadastrée AB n° 87 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'un tel emplacement entraînera un coût élevé pour le contribuable, qu'elle a un projet de construction sur ce terrain et que la création d'un tel emplacement réservé n'est pas réaliste en raison des contraintes topographiques et de l'environnement existant ;
- le classement de la parcelle cadastrée ZP n° 15 au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme a été réalisé sans information ni concertation avec les propriétaires ;
- un tel classement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en raison de la circonstance que d'autres bâtiments du village présentent des toitures en lauze, de l'absence d'intérêt du bâtiment, de la difficulté de rénover des toitures en lauzes et de l'absence de possibilité de rénovation moderne du bâtiment ;
- un tel classement entraîne une rupture d'égalité de traitement avec les autres propriétaires qui ne sont pas soumis à une telle contrainte ;
- le classement des parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 à protéger au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme a été décidé après la réalisation d'une étude menée en violation du droit de propriété;
- un tel classement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, notamment, l'ensemble des terrains de la commune n'a pas pu être analysé en une journée et aucune preuve de la présence des plantes n'est apportée ;
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février 2022 et le 13 mai 2022, la commune de Rochefort-Montagne, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Anne-Sophie Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal que la requête est irrecevable en raison de l'absence de production d'un titre de propriété pour les parcelles concernées ;
- à titre subsidiaire que les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A et de Me Juilles, représentant la commune de Rochefort-Montagne.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 13 février 2021, le conseil municipal de la commune de Rochefort-Montagne a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle institue un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AB n° 87, qu'elle identifie la parcelle ZP n° 15 à protéger au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme et qu'elle identifie les parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 à protéger au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne la création de l'emplacement réservé :
2. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; () ".
3. Ces dispositions ont pour objet de permettre aux auteurs d'un document d'urbanisme de réserver certains emplacements à des voies et ouvrages publics, à des installations d'intérêt général ou à des espaces verts, le propriétaire concerné bénéficiant en contrepartie de cette servitude d'un droit de délaissement lui permettant d'exiger de la collectivité publique au bénéfice de laquelle le terrain a été réservé qu'elle procède à son acquisition, faute de quoi les limitations au droit à construire et la réserve ne sont plus opposables.
4. Il ressort des pièces du dossier que le plan local d'urbanisme approuvé par la délibération en litige comporte un emplacement réservé sur la parcelle cadastrée AB n° 87 destiné à la réalisation d'un espace de stationnement. Cet emplacement a été choisi par les auteurs du document d'urbanisme en raison des besoins de stationnement, de sa situation privilégiée à l'entrée du bourg de Rochefort-Montagne et de sa proximité avec la RD 2089, la zone à urbaniser de Pré-Chapel ainsi qu'avec des bâtiments publics et des commerces. La requérante, qui soutient qu'un tel emplacement entraînera un coût élevé pour la commune et que des contraintes topographiques s'opposent à sa création, n'apportent cependant aucune précision à l'appui de ses allégations permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, la circonstance que Mme A a un projet de construction sur cette parcelle est sans incidence sur la légalité de l'emplacement réservé contesté. Enfin, le fait que la création conduise à une artificialisation des sols n'est pas de nature à remettre en cause l'intérêt général qui s'attache à la création de l'emplacement réservé dès lors que celui-ci répond à un besoin identifié par les auteurs du plan local d'urbanisme et que le terrain est situé en zone urbaine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la création de l'emplacement réservé situé sur la parcelle cadastrée AB n° 87 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le classement des parcelles au titre des articles L. 151-19 et L. 151-23 du code de l'urbanisme :
5. Aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. () ". Selon les dispositions de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent ". Ces dispositions permettent au règlement d'un plan local d'urbanisme d'édicter des dispositions visant à protéger, mettre en valeur ou requalifier un élément du paysage dont l'intérêt le justifie. Le règlement peut notamment, à cette fin, instituer un cône de vue ou identifier un secteur en raison de ses caractéristiques particulières. La localisation de ce cône de vue ou de ce secteur, sa délimitation et les prescriptions le cas échéant définies, qui ne sauraient avoir de portée au-delà du territoire couvert par le plan, doivent être proportionnées et ne peuvent excéder ce qui est nécessaire à l'objectif recherché.
6. En premier lieu, Mme A soutient que le classement de la parcelle cadastrée ZP n° 15 au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme a été réalisé sans information, ni concertation avec les propriétaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet de plan local d'urbanisme, qui comportait le classement envisagé, a été soumis à l'enquête publique diligentée dans le cadre de l'élaboration du document d'urbanisme et que, dans le cadre de cette procédure, Mme A a pu être informée de l'incidence du classement envisagé. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune disposition légale ou réglementaire qu'un tel classement doive faire l'objet d'une information directe au propriétaire concerné. Il s'ensuit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que le classement de la parcelle ZP n° 15 au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme est irrégulier en raison de l'absence d'information ou de concertation avec les propriétaires concernés.
7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle ZP n° 15 a été classée au titre de l'article L. 151 19 du code de l'urbanisme en raison de ce qu'elle comporte un bâtiment remarquable du fait de sa toiture en lauzes, de la symétrie de sa composition, de la régularité et la proportion des percements, des chaînages d'angles, des bandeaux et encadrements en pierre et de la présence de lucarnes en toiture. Ainsi, le classement de cette parcelle a été réalisé en vue d'identifier un immeuble bâti à protéger pour un motif architectural. Les circonstances que d'autres bâtiments du village présentent des toitures en lauzes, qu'il est difficile de rénover de telles toitures et que le maintien de ce matériau empêche la mise en œuvre de techniques de couverture plus modernes sont sans incidence sur le classement opéré. Au demeurant, comme le soutient la commune en défense, aucune prescription n'a été associée à l'identification du bâtiment au titre des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que le classement de la parcelle cadastrée ZP n° 15 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En troisième lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les prescriptions d'urbanisme sont différentes. En l'espèce, dès lors que le classement de la parcelle cadastrée ZP n°15 ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. Le moyen doit par suite être écarté.
9. En quatrième lieu, la requérante soutient que le classement des parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme a été décidé après la réalisation d'une étude menée en violation du droit au respect de sa propriété. Cependant, à supposer même que les personnes ayant réalisé l'étude se soient déplacées sur sa propriété, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du classement contesté. Au demeurant, Mme A n'apporte aucun élément permettant d'établir une atteinte à son droit de propriété privée dès lors notamment qu'il ne ressort pas de la méthodologie utilisée pour la réalisation de l'étude ayant conduit au classement qu'un passage au sein de sa propriété soit intervenu.
10. En cinquième et dernier lieu, il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme que les parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 ont fait l'objet d'une protection au titre des dispositions précitées de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme en raison de la présence de ces parcelles au sein d'un " secteur de protection de flore patrimoniale et d'habitat d'intérêt communautaire (campanule rhomboïdale, épervière orangée). La présence de ces plantes a été établie par une étude de juillet 2016 du centre d'études et de recherche appliquée en environnement au moyen de prospections sur sites réalisées en mai et juin 2016, de relevés floristiques et de l'établissement d'une cartographie des espèces végétales. Au terme de cette étude, les parcelles concernées ont été identifiées comme présentant un " aléa fort " de la présence des espèces précitées. Mme A, qui n'apporte aucun élément permettant de contredire les conclusions précises et circonstanciées de l'étude réalisée, et alors que la protection instituée n'est assortit d'aucune prescription, n'est ainsi pas fondée à soutenir que le classement des parcelles cadastrées AB nos 420, 354 et 343 au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération qu'elle conteste.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Rochefort-Montagne et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Mme A versera à la commune de Rochefort-Montagne une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Rochefort-Montagne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101758
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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