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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2101858

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2101858

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2101858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantDUVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 septembre 2021 et 27 mars 2023, M. B A, représenté par Me Duval, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 5 juillet 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-est du 23 mars 2021 et a refusé de renouveler sa carte professionnelle ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dès lors que le retrait d'une carte professionnelle ne peut intervenir qu'en situation d'urgence ou en cas de nécessité tenant à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et présente un caractère totalement disproportionné ;

- il est fondé à demander une indemnisation à hauteur de 10 000 euros dans la mesure où il se trouve dans l'impossibilité d'exercer sa profession et de subvenir au besoin de sa famille.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 septembre 2022 et 12 avril 2023, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est sont irrecevables dès lors que la décision du 5 juillet 2021 s'y est substituée ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, dès lors que le requérant n'a présenté aucune demande préalable indemnitaire ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 9 janvier 2021, M. A a saisi la commission locale d'agrément et de contrôle sud-est afin d'obtenir le renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent de sécurité privée et d'agent cynophile. Par une délibération du 23 mars 2021, ladite commission a rejeté sa demande. Le 2 avril 2021 M. A a alors formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision et par une délibération du 5 juillet 2021, dont il demande l'annulation, la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté le recours préalable et a refusé de renouveler sa carte professionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () / En cas d'urgence, le président de la commission d'agrément et de contrôle territorialement compétente peut retirer la carte professionnelle. En outre, le représentant de l'Etat peut retirer la carte professionnelle en cas de nécessité tenant à l'ordre public. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande de renouvellement d'une carte professionnelle pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente doit apprécier si la personne qui sollicite ce renouvellement remplit toujours les conditions posées par les dispositions précitées en procédant à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

4. En premier lieu, la décision attaquée n'a pas pour objet de retirer sa carte professionnelle à M. A mais à répondre à sa demande de renouvellement de ladite carte. Par suite, l'intéressé ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure en ne justifiant ni d'un cas d'urgence ni d'un cas de nécessité tenant l'ordre public.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire et refuser de renouveler la carte professionnelle de M. A, la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité s'est fondée sur des faits de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par agression d'un chien s'étant produit le 28 octobre 2020. Ces faits qualifiés de " blessures involontaires sans incapacité par la violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité ou de prudence " ont donné lieu à une ordonnance pénale contraventionnelle du 29 mars 2021 le condamnant au paiement d'une amende de cinq cents euros. Il ressort des pièces du dossier que, le 28 octobre 2020 à Saint-Tropez, le chien de type malinois de M. A, qui, selon les témoignages produits et contrairement à ce que soutient le requérant n'était pas tenu en laisse, a couru vers un chiot, l'a attaqué au cou et a mordu le propriétaire de ce dernier laissant des traces de crocs sur son pull-over. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a quitté le lieu de l'attaque et a été suivi par des témoins permettant ainsi l'intervention des forces de l'ordre. Ces faits qui sont établis et non sérieusement contestés par le requérant sont de nature à remettre en cause la capacité du requérant à maitriser son animal dans les situations parfois tendues et conflictuelles auxquelles il est susceptible d'être confronté. Eu égard à leur nature et à leur caractère récent à la date de la décision attaquée, et en dépit de la circonstance qu'ils sont isolés, ces faits doivent être regardés comme de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes, ce qui n'est pas compatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité cynophile. Les circonstances que l'attaque a eu lieu avec un autre chien que celui qui accompagne habituellement M. A dans ses missions d'agent de sécurité privée et que les faits ont eu lieu en dehors de ses heures de travail ne faisaient pas obstacle à leur prise en compte par la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité en vue d'apprécier si l'intéressé satisfaisait aux conditions définies au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Par suite, en estimant que M. A ne remplissait pas les conditions de l'article précité, la commission nationale d'agrément et de contrôle n'a pas entachée sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 5 juillet 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et a refusé de renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée et d'agent cynophile.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

7. La décision contestée n'étant entachée d'aucune illégalité fautive, M. A n'est pas fondé à demander à ce que le conseil national des activités privées de sécurité soit condamné à lui verser une somme en réparation du préjudice subi. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil national des activités privées de sécurité, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A en application de cet article.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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