jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101927 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2021, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est l'a informé de ce que sa candidature au poste de policier adjoint n'avait pas été retenue en raison de son inaptitude médicale et la décision du 28 juillet 2021 par laquelle il a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 17 juin 2021.
Il soutient :
- qu'il souffre d'un asthme en réaction allergique aux poils de chats s'il est en contact avec eux pendant une durée supérieure à 24 heures et dans un endroit clos mais que son asthme ne nécessite aucun traitement de fond ;
- cela fait longtemps qu'il n'a pas eu de crise d'asthme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2023.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction était susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant, en cas d'annulation, à ce qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de réexaminer la situation du requérant et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Les parties n'ont pas présenté d'observations à la suite de cette information.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- l'arrêté du 24 août 2000 fixant les modalités de recrutement et de formation des adjoints de sécurité recrutés au titre du développement d'activités pour l'emploi des jeunes ;
- l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux conditions d'aptitudes physiques particulières pour l'accès aux emplois de certains corps de fonctionnaires ;
- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a postulé à un emploi de policier adjoint de la police nationale lors de la session de recrutement de 2021. Après avoir passé avec succès les épreuves écrites, orales et sportives de ce recrutement, M. B a, le 8 juin 2021, effectué une visite médicale d'aptitude auprès du médecin de la police nationale qui l'a déclaré médicalement apte au recrutement. Le 11 juin 2021, le médecin inspecteur zonal a toutefois déclaré M. B médicalement inapte définitivement au recrutement. Par une décision du 17 juin 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est a informé M. B de ce que sa candidature au poste de policier adjoint n'avait pas été retenue en raison de son inaptitude médicale. Le 19 juin 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 28 juillet 2021 prise après que le comité médical a également estimé M. B inapte médicalement, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions précitées des 17 juin et 28 juillet 2021.
2. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de la sécurité intérieure : " Pour développer des activités répondant à des besoins non satisfaits, l'Etat peut faire appel à des agents âgés de dix-huit à moins de trente ans, recrutés en qualité de contractuels de droit public pour une période de trois ans, () afin d'exercer des missions de policiers adjoints auprès des fonctionnaires des services actifs de la police nationale. () ". Aux termes de l'article R. 411-8 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être recruté en qualité d'adjoint de sécurité : () 5° S'il ne satisfait aux critères d'aptitude physique fixés par un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de la fonction publique ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 24 août 2000 fixant les modalités de recrutement et de formation des policiers adjoints recrutés au titre de l'article L. 411-5 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable à l'espèce : " Outre les conditions de recrutement fixées à l'article R. 411-8 du code de la sécurité intérieure, le candidat à l'emploi de policier adjoint peut être recruté s'il remplit les conditions d'aptitude physique requises par les articles 2, 3 et 4 de l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux conditions d'aptitudes physiques particulières pour l'accès aux emplois de certains corps de fonctionnaires ". L'article 3 de l'arrêté du 2 août 2010 relatif aux conditions d'aptitudes physiques particulières pour l'accès aux emplois de certains corps de fonctionnaires exige notamment d'être médicalement apte à un service actif de jour comme de nuit.
3. Pour prendre les décisions en litige, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est s'est fondé sur le fait que M. B présentait un asthme évolutif nécessitant un traitement de fond, conformément à ce que l'intéressé avait indiqué dans son questionnaire de santé du 5 juin 2021, et qu'une telle pathologie était incompatible avec un service actif de police.
4. Dans ses écritures, le requérant soutient que son asthme ne nécessite aucun traitement de fond, et produit, à l'appui de son allégation, un certificat médical établi le 25 juin 2021 par un médecin généraliste qui indique certes que M. B présente un asthme d'origine allergique aux poils d'animaux mais que son asthme est équilibré, sans consommation de Salbutamol. En défense, le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est produit le document intitulé " certificat médical d'aptitude pour les candidats au recrutement " qui mentionne l'avis du médecin de la police nationale qui a déclaré M. B médicalement apte au recrutement et l'avis du médecin inspecteur zonal qui a déclaré l'intéressé médicalement inapte définitivement au recrutement. En se bornant à produire ce seul document, qui contient deux avis contraires quant à l'aptitude médicale du requérant aux fonctions de policier adjoint, le préfet ne remet pas sérieusement en cause les informations mentionnées dans le certificat médical fourni par M. B à l'appui de sa requête selon lesquelles il présente uniquement une allergie aux poils d'animaux et que son asthme est équilibré sans consommation de Salbutamol. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le requérant est fondé à soutenir que les décisions des 17 juin et 28 juillet 2021 prises à son encontre sont entachées d'illégalité et donc à en demander l'annulation.
5. Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 juin 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est a informé M. B de la non-retenue de sa candidature à un poste de policier adjoint en raison de son inaptitude médicale et la décision du 28 juillet 2021 portant rejet de son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, il est enjoint au préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la zone de défense et de sécurité sud-est.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101927
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