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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102072

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102072

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantCOURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 septembre 2021, le 28 juillet 2022 et le 31 janvier 2024, M. A F, Mme E D, M. H G, M. C B et le syndicat des copropriétaires " 27 avenue de la Rep ", représentés par la SCP Courrech et associés, Me Courrech, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 24 juin 2021 par laquelle la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac a approuvé la modification de l'aire de mise en valeur du patrimoine (AVAP), devenue site patrimonial remarquable (SPR), en tant qu'elle supprime le classement en jardin d'agrément de la parcelle cadastrée AE n° 187 à Aurillac ainsi que la décision rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors qu'ils justifient de leur qualité et de leur intérêt pour agir ;

- la délibération contestée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de convocation régulière des conseillers communautaires ;

- elle est irrégulière en raison de l'incomplétude du dossier d'enquête publique ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'insuffisante motivation des conclusions du commissaire enquêteur ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la composition irrégulière de la commission locale du site patrimonial n° 1 de la commune d'Aurillac ;

- elle est irrégulière en raison de l'absence d'avis préalable de l'architecte des bâtiments de France ;

- elle est illégale dès lors que les avis de la commune d'Aurillac et du préfet de région ne sont pas motivés ;

- elle est irrégulière en ce que la modification réalisée porte atteinte à l'économie de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine et ne peut pas faire l'objet d'une procédure de modification ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022, le 12 juillet 2023 et le 23 janvier 2024, la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac, représentée par la SCP Teillot et associés, Me Maisonneuve, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge des requérants le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de l'absence d'intérêt pour agir des requérants ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 ;

- le code de justice administrative.

-

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentéjac,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Goutille, représentant la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac.

Une note en délibéré, présentée pour la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac, a été enregistrée le 26 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 24 juin 2021, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac a approuvé la modification de l'aire de mise en valeur du patrimoine, devenue site patrimonial remarquable d'Aurillac. Le 19 juillet 2021, M. A F, Mme E D, M. H G, M. C B et le syndicat des copropriétaires " 27 avenue de la Rep " ont formé un recours administratif à l'encontre de cette délibération, recours rejeté par décision expresse de la communauté d'agglomération du 29 juillet 2021. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle supprime le classement en jardin d'agrément de la parcelle cadastrée AE n° 187 à Aurillac ainsi que l'annulation de la décision rejetant leur recours administratif.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir des requérants :

2. Il ressort des pièces du dossier que les requérants résident dans le périmètre de l'aire de mise en valeur du patrimoine, devenue site patrimonial remarquable, d'Aurillac, et justifient ainsi, en cette seule qualité, d'un intérêt pour agir à l'encontre de la délibération contestée. Contrairement à ce que soutient la communauté d'agglomération en défense, les requérants n'ont pas à justifier d'une atteinte aux conditions d'occupation de leur bien au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dès lors que ces dispositions sont uniquement applicables à la contestation des autorisations d'urbanisme.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

3. Aux termes du II de l'article 112 de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine : " Les () aires de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine créés avant la publication de la présente loi deviennent de plein droit des sites patrimoniaux remarquables, au sens de l'article L. 631-1 du code du patrimoine, et sont soumis au titre III du livre VI du même code. () ". Selon l'article L. 631-1 du code du patrimoine : " Sont classés au titre des sites patrimoniaux remarquables les villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public. / () / Le classement au titre des sites patrimoniaux remarquables a le caractère de servitude d'utilité publique affectant l'utilisation des sols dans un but de protection, de conservation et de mise en valeur du patrimoine culturel. () ".

4. Aux termes du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine applicable, le classement en jardin d'agrément est retenu pour les jardins qui " accompagnent les maisons et participent à la présence du végétal en zones bâties ". Le règlement indique à ce titre: " Havres de paix ou " taches vertes " dans la ville, les jardins d'agrément participent à la qualité de la vie en secteur à forte densité. Leur protection est globale et l'usage traditionnel d'un jardin d'agrément est maintenu ". L'article 0.14 du règlement prévoit notamment que : " la forme générale des sols doit être maintenue, le profil du terrain ne doit pas être modifié ; () / l'espace doit être maintenu en jardin, () / les constructions neuves sont interdites () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice de présentation de la modification, que le déclassement de la parcelle a été décidé au motif de l'existence d'un " projet de construction de maison individuelle cohérent avec la logique de continuité de construction de l'îlot ". La parcelle en cause est un espace végétalisé, certes dépourvu de caractère remarquable, situé au cœur d'un espace urbanisé et a justifié, en 2008, son classement en jardin d'agrément au sens des dispositions précitées du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine. Les caractéristiques de cet espace n'ont pas été modifiées depuis, de sorte que le conseil communautaire ne pouvait pas légalement déclasser la parcelle concernée. Les circonstances que la parcelle ne soit pas entretenue comme un jardin paysager de valeur ou que des détritus puissent y être abandonnés, ne suffisent pas à lui retirer sa caractéristique de jardin d'agrément au sens du règlement précité, les usages ultérieurs au classement ne pouvant être pris en compte sauf à dénuer de toute portée la protection attachée à l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la délibération contestée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la délibération du 24 juin 2021 par laquelle la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac a approuvé la modification de l'aire de mise en valeur du patrimoine, devenue site patrimonial remarquable, d'Aurillac en tant qu'elle supprime le classement en jardin d'agrément de la parcelle cadastrée AE n° 187 à Aurillac ainsi que la décision rejetant leur recours gracieux.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la communauté d'agglomération demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 24 juin 2021 par laquelle la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac a approuvé la modification de l'aire de mise en valeur du patrimoine (AVAP), devenue site patrimonial remarquable (SPR), en tant qu'elle supprime le classement en jardin d'agrément de la parcelle cadastrée AE n° 187 à Aurillac et la décision de rejet du recours gracieux des requérants sont annulées.

Article 2 : La communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac versera à M. A F, Mme E D, M. H G, M. C B et au syndicat des copropriétaires " 27 avenue de la Rep ", la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F, représentant désigné pour l'ensemble des requérants, et à la communauté d'agglomération du bassin d'Aurillac.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJAC

L'assesseur le plus ancien,

J-F. BORDES La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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