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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102084

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102084

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP TEILLOT MAISONNEUVE GATIGNOL JEAN FAGEOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2021, Mme C A B demande au tribunal :

1°) à titre principal, de déclarer caduque la délibération du 3 novembre 2011 par laquelle le conseil municipal de Sardon a institué la taxe d'aménagement sur le territoire communal et de la décharger de l'obligation de payer la taxe d'aménagement majorée ;

2°) à titre subsidiaire, de déclarer illégal le taux majoré de la taxe d'aménagement de la commune de Sardon et de le ramener au taux de 1% seulement applicable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sardon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à la date du 31 décembre 2014, la délibération du 3 novembre 2011 instituant la taxe d'aménagement était devenue caduque dès lors que cette délibération n'a institué la taxe que pour une période de trois ans se terminant le 31 décembre 2014 ; toutes les délibérations postérieures au 30 novembre 2014 ne peuvent plus produire d'effets de droit ;

- l'avis du maire de la commune de Sardon du 17 janvier 2020 concernant son permis de construire qui fait référence à une taxe de 18% instituée par une délibération du 28 novembre 2013 est illégal dès lors que cette délibération ne porte pas sur l'institution de la taxe mais sur la modification du taux et que la dernière délibération intervenue date du 7 mai 2018 ;

- le taux majoré est illégal dès lors que la commune de Sardon ne justifie pas de la nature des travaux permettant de majorer le taux de la taxe d'aménagement ;

- le principe d'égalité devant les charges publiques et le principe d'accès à certains services publics ont été méconnus dès lors que les promesses de travaux n'ont pas été tenues, que la commune de Sardon se classe parmi les communes au taux le plus élevé alors que le niveau de vie est faible, que les perspectives de développement économique sont incertaines et qu'elle a dû financer intégralement son assainissement autonome et non collectif et dispose pour tout accès à sa propriété d'un chemin agricole ;

- la taxe d'aménagement au taux majoré doit être proportionnée au coût des équipements publics à créer ou à étendre, rendus nécessaires par les nouvelles constructions dans le secteur en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2022, la commune de Sardon, représentée par la SCP Teillot et Associés, Me Marion, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Roy, substituant Me Marion, représentant la commune de Sardon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B a acquis en février 2020 un terrain constitué de deux parcelles cadastrées section YH n° 115 et 116 située rue du Champ Bernard à Sardon. Elle a été assujettie à la taxe d'aménagement au taux majoré de 18% à raison du permis de construire du 12 mars 2020 délivré en vue d'édifier une maison individuelle sur le secteur de taxe majorée " Champ Bernard ". Elle a été destinataire de deux titres de perception émis le 13 avril 2021 d'un montant respectif de 9 951 euros au titre de la première tranche de la taxe d'aménagement dû et de 419 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive. Le 2 juin 2021, Mme B a sollicité la décharge de l'obligation de payer la somme de 19 900 euros correspondant à la taxe d'aménagement. La réclamation de Mme A B a été rejetée le 29 juillet 2021 par le directeur de la direction départementale des territoires du Puy-de-Dôme. Par la présente requête, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal de la décharger de l'obligation de paiement de la taxe d'aménagement correspondant à la première fraction de cette taxe dont le paiement lui a été réclamé par un titre de perception du 13 avril 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge de la taxe d'aménagement :

2. Aux termes de l'article L. 331-2 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " La part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement est instituée : 1° De plein droit dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un plan d'occupation des sols, sauf renonciation expresse décidée par délibération dans les conditions prévues au neuvième alinéa ; 2° Par délibération du conseil municipal dans les autres communes ; (). Les délibérations par lesquelles le conseil municipal () institue la taxe, renonce à la percevoir ou la supprime sont valables pour une durée minimale de trois ans à compter de leur entrée en vigueur ".

3. Aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable, : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumise à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement (). Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article à la date d'exigibilité de celle-ci (). Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire () ". Aux termes de l'article L. 331-14 du même code : " Par délibération adoptée avant le 30 novembre, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale bénéficiaires de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement fixent les taux applicables à compter du 1er janvier de l'année suivante. Les communes ou établissements publics de coopération intercommunale peuvent fixer des taux différents dans une fourchette comprise entre 1 % et 5 %, selon les aménagements à réaliser, par secteurs de leur territoire définis par un document graphique figurant, à titre d'information, dans une annexe au plan local d'urbanisme ou au plan d'occupation des sols. A défaut de plan local d'urbanisme ou de plan d'occupation des sols, la délibération déterminant les taux et les secteurs ainsi que le plan font l'objet d'un affichage en mairie, conformément aux dispositions des articles L. 2121-24 et L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales. La délibération est valable pour une période d'un an. Elle est reconduite de plein droit pour l'année suivante si une nouvelle délibération n'a pas été adoptée dans le délai prévu au premier alinéa. En l'absence de toute délibération fixant le taux de la taxe, ce dernier est fixé à 1 % dans les communes ou les établissements publics de coopération intercommunale où la taxe est instituée de plein droit. ". Aux termes de l'article L. 331-15 du code précité : " Le taux de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement peut être augmenté jusqu'à 20 % dans certains secteurs par une délibération motivée, si la réalisation de travaux substantiels de voirie ou de réseaux ou la création d'équipements publics généraux est rendue nécessaire en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans ces secteurs. () ".

4. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 331-2 du code de l'urbanisme que la durée minimale de trois ans prévue pour la validité des décisions par lesquelles la taxe est instaurée, si elle fait obstacle à ce que la collectivité concernée revienne, avant le terme de cette durée minimale, sur la décision qu'elle a initialement prise, ne rend, en revanche, pas cette décision caduque une fois ce terme expiré. En l'absence de nouvelle délibération à l'issue de cette durée de trois ans, et tant que le conseil municipal n'a pas expressément décidé la suppression de la taxe, la délibération instaurant la part communale de la taxe d'aménagement doit être regardée comme tacitement reconduite d'année en année.

5. D'autre part, la légalité d'une délibération de l'organe délibérant d'une commune, prise en application de l'article L. 331-15 du code de l'urbanisme, d'appliquer dans certains secteurs d'une commune un taux majoré pour le calcul de la taxe d'aménagement est subordonnée à la condition que ce taux soit proportionné au coût des travaux de voirie ou de création d'équipements publics rendus nécessaires en raison de l'importance des constructions nouvelles édifiées dans les secteurs en cause, et ne peut se déduire de la seule absence de tout élément permettant de considérer que les équipements et aménagements prévus excèderaient les besoins du secteur.

6. Il résulte de l'instruction que, par deux délibérations du 3 novembre 2011, le conseil municipal de la commune de Sardon a, d'une part, instauré la taxe d'aménagement à compter du 1er mars 2012 et, d'autre part, fixé son taux à 3 % sur l'ensemble du territoire communal pour une durée de trois ans, soit jusqu'au 31 décembre 2014. Ultérieurement, par une délibération 28 novembre 2013, le conseil municipal a décidé d'instituer sur deux secteurs, dont " Champ Bernard - Rue du Champ Bernard " où se situe le terrain d'assiette du projet immobilier de la requérante, un taux de taxe d'aménagement de 18% et, par une délibération du 7 mai 2018, le conseil municipal de la commune de Sardon a décidé de conserver sur l'ensemble du territoire une taxe d'aménagement au taux de 5% à " l'exclusion de deux zones concernées par la taxe d'aménagement à 18% ", à savoir notamment " Champ Bernard - rue du Champ Bernard ".

7. Si Mme A B soutient que le titre de perception en litige serait privé de base légale dès lors que la délibération du 3 novembre 2011 instituant la taxe d'aménagement serait devenue caduque depuis le 31 décembre 2014, il résulte de ce qui a été énoncé au point 4 du jugement que la délibération instaurant la part communale de la taxe d'aménagement doit être regardée comme tacitement reconduite d'année en année. Par suite, la délibération du 3 novembre 2011 n'était pas devenue caduque à l'expiration du délai de trois ans.

8. Il résulte des termes de la délibération du 28 novembre 2013 et des documents fournis devant le tribunal par la commune de Sardon que l'institution d'un taux majoré de 18% pour le calcul de la taxe d'aménagement dans le secteur de Champ Bernard est justifiée par la création de 10 lots comportant en moyenne 150 m² de surface plancher nécessitant l'aménagement de la zone constructible par des travaux de voirie consistant en la réalisation d'une chaussée de cinq mètres de largeur et de trottoirs de part et d'autre de largeur minimale d'un mètre quarante, d'extension du réseau d'assainissement collectif et de réseaux divers (réseaux d'adduction en eau potable, d'électricité, de télécommunications et d'éclairage public) pour un coût total estimé par un cabinet de géomètres-experts à 200 066,88 euros. Il s'ensuit que la délibération du 28 novembre 2013 justifie de manière précise la nature et le chiffrage des travaux à réaliser. Par ailleurs, le taux de 18% a été appliqué pour le financement du coût des équipements publics à réaliser pour répondre au besoin des futurs habitants des dix constructions projetées d'environ 150 mètres carrés chacune. Dans ces conditions, le taux majoré de 18% tel que fixé par la délibération n'a pas eu pour effet de mettre à la charge des aménageurs ou des constructeurs un montant de taxe qui ne serait pas proportionné au coût des équipements publics à réaliser dans le secteur en cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. Les futurs habitants du secteur du Champ Bernard, dont l'ouverture à l'urbanisation est à l'origine des travaux devant être financés, se situent dans une situation différente de celle des autres habitants de la commune de Sardon et d'autres communes comparables. En outre, une commune peut légalement décider de modifier le taux appliqué à la taxe d'aménagement en fonction de l'évolution des besoins du secteur concerné comme c'est le cas en l'espèce. Si Mme A B fait valoir qu'elle ne bénéficie pas des aménagements prévus, cette circonstance est sans incidence sur le caractère proportionné du taux majoré de la part communale de la taxe d'aménagement. Dans ces conditions, les moyens tirés de la rupture d'égalité devant les charges publiques et, en tout état de cause, de la méconnaissance du principe d'égalité d'accès au service public ne peuvent qu'être écartés.

10. Mme A B ne peut utilement invoquer l'illégalité de l'avis du maire de la commune de Sardon du 17 janvier 2020 émis dans le cadre de l'instruction de l'autorisation d'urbanisme sollicitée.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que Mme A B n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 13 avril 2021. Par voie de conséquence, sa requête, en toute ses conclusions y compris celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de la commune de Sardon présentées en application des mêmes dispositions à l'encontre de Mme A B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Sardon tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B et à la commune de Sardon.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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