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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102231

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102231

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantSELARL JURIDOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, Mme B A représentée par la SELARL Juridome, Me Roesch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle la directrice adjointe en charge des ressources humaines et des affaires médicales du centre hospitalier de Thiers l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 14 octobre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Thiers à lui verser une somme de 5 000 euros au titre des dommages et intérêts en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Thiers la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir dès lors que la décision la concerne et qu'elle constitue une sanction disciplinaire grave et lourde du fait de la privation de rémunération, entraînant un dommage financier en méconnaissance de son droit à un recours effectif et du principe du contradictoire ;

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le conseil constitutionnel n'a jamais conclu à la constitutionnalité de l'obligation vaccinale ; l'obligation vaccinale porte des atteintes disproportionnées aux libertés fondamentales qui ne sont justifiées ni par la nature de la tâche à accomplir, ni par l'objectif poursuivi ; la loi du 5 août 2021 et son décret du 7 août 2021 entraînent une rupture d'égalité, constituent une discrimination dès lors qu'il est interdit de sanctionner un agent contractuel ou titulaire sur le fondement de son état de santé et créent une rupture d'illégalité en terme d'obligation de reclassement ;

- elle méconnaît le respect du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas été convoquée par sa direction en amont de son édiction ; elle n'a pas été précédée d'une garantie procédurale, notamment celle liée à un procès équitable ;

- l'obligation vaccinale en ce qu'elle découle de la loi du 5 août 2021 est manifestement illégale en ce qu'elle n'est pas proportionnée ni adaptée au but poursuivi de protection de la santé publique ;

- elle méconnaît sa liberté du travail en méconnaissance de l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948, de l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du 16 décembre 1966 et du 5ème alinéa du préambule de la Constitution de 1946 ;

- elle est illégale au regard de la rupture d'égalité entre les agents dès lors que la loi du 5 août 2021 connaît une application disparate, certains territoires ne connaissant pas la même mise en œuvre et les personnels soignants disposant d'un délai supplémentaire pour se soumettre à l'obligation vaccinale.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2021, le centre hospitalier de Thiers conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Roesch, avocat de Mme A.

Le centre hospitalier de Thiers n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Thiers en qualité d'aide-soignante à compter du 1er octobre 2002. Par une décision du 13 octobre 2021, la directrice adjointe en charge des ressources humaines et des affaires médicales du centre hospitalier de Thiers l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 14 octobre 2021, jusqu'à la présentation d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. / () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de cette loi : " () / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. () ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C D, directrice adjointe en charge des ressources humaines et des affaires médicales, aurait reçu délégation du directeur du centre hospitalier de Thiers pour signer les décisions portant suspension sans traitement d'un agent qui n'aurait pas produit un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision en litige a été signée par une autorité incompétente.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le centre hospitalier de Thiers l'a suspendue de ses fonctions sans traitement jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination à compter du 14 octobre 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Alors qu'en tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A aurait adressé une demande indemnitaire préalable au directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, la requérante se borne à invoquer de manière très générale l'existence pour elle d'un préjudice, sans en préciser la nature, de sorte qu'elle ne permet pas au juge d'exercer son office. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Thiers la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 13 octobre 2021 portant suspension de Mme A de ses fonctions sans traitement à compter du 14 octobre 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Thiers.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

G. JURIE

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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