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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102372

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102372

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantPHAN GUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 novembre 2021 et le 25 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Phan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Ambert a établi l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi en tant qu'elle mentionne, d'une part, une période de disponibilité du 20 septembre 2021 au 30 septembre 2021 et, d'autre part, que le motif de fin du contrat de travail est tiré d'une rupture anticipée du contrat à l'initiative de l'employée ;

2°) d'annuler la décision du 29 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Ambert a rejeté sa demande de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ;

3°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Ambert de lui délivrer une attestation destinée à Pôle Emploi rectifiée, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

4°) de condamner le centre hospitalier d'Ambert à lui verser les allocations d'aide au retour à l'emploi qu'elle estime lui être dues à compter du 1er octobre 2021 ;

5°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Ambert de procéder au calcul et au versement des allocations d'aide au retour à l'emploi qu'elle estime lui être dues à compter du 1er octobre 2021, dans un délai de 5 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Ambert une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

La requérante soutient que :

- l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi est entachée d'incompétence ;

- elle est irrégulière dès lors qu'elle mentionne qu'elle se trouvait en situation de disponibilité pour la période du 20 septembre 2021 au 30 septembre 2021 ;

- elle est irrégulière dès lors qu'elle mentionne que la fin du contrat de travail est lié à une rupture anticipée du contrat à l'initiative du salarié ;

- la décision du 29 octobre 2021 de rejet de sa demande de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'incompétence négative dès lors que le directeur du centre hospitalier s'est estimé, à tort, être dans une situation de compétence liée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le centre hospitalier d'Ambert conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentéjac,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier d'Ambert comme psychologue en qualité d'agent contractuel depuis le 1er juillet 2014 par contrat à durée déterminée qui a été régulièrement renouvelé. Par un dernier contrat, en date du 29 mars 2021, Mme A a été recrutée pour la période du 1er avril 2021 au 30 septembre 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 20 septembre 2021 jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination à la Covid-19 ou de contre-indication à cette vaccination. Dans ce contexte, le contrat de travail de Mme A n'a pas été renouvelé. Le 4 octobre 2021, le centre hospitalier a établi l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi mentionnant que la requérante se trouvait en situation de disponibilité entre le 20 septembre 2021 et le 30 septembre 2021 et que le motif de la rupture du contrat de travail était une rupture anticipée du contrat à l'initiative de l'employée. Par courrier du 19 octobre 2021, Mme A a présenté au centre hospitalier une demande de versement de l'allocation d'assurance rejetée par décision du 29 octobre 2021. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de l'attestation du 4 octobre 2021 du directeur du centre hospitalier mentionnant la période de disponibilité et le motif de cessation du contrat comme étant à son initiative, l'annulation de la décision de refus de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, la rectification de l'attestation employeur en conséquence et de condamner le centre hospitalier d'Ambert à lui verser l'allocation d'assurance non perçue en réparation du préjudice subi du fait de cette décision.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'attestation destinée à Pôle Emploi a été signée par Mme D E, directrice adjointe du centre hospitalier, qui disposait d'une délégation de signature établie par décision du 13 septembre 2021 du directeur du centre hospitalier. Aux termes de cette délégation, Mme E était compétente pour signer, en matière de ressources humaines, les " réponses aux demandes d'emploi, d'attestations ou de certificats divers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'attestation contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi que le centre hospitalier a considéré que, pour la période du 20 septembre 2021 au 30 septembre 2021, Mme A se trouvait en position de disponibilité alors que, par décision du 15 septembre 2021, elle avait été suspendue de ses fonctions. Toutefois, cette erreur, matérielle, est sans incidence sur la légalité de la décision du 4 octobre 2021 dès lors qu'elle n'ouvrait, en tout état de cause, pas droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'attestation employeur est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne que la requérante était en position de disponibilité entre le 20 septembre 2021 et le 30 septembre 2021 doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". L'article 13 de cette loi prévoit : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics () ". Aux termes du B du I de l'article 14 de cette loi : " A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire () : / () 2° Les agents non titulaires () des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () ". Aux termes du I de son article L. 5422-1, dans sa version applicable au litige : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont () la privation d'emploi est involontaire () ". Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : / () / 2° Les personnels de droit public ou de droit privé dont le contrat est arrivé à son terme et n'est pas renouvelé à l'initiative de l'employeur ; () ". Selon l'article 3 du même décret : " Sont assimilés aux personnels involontairement privés d'emploi : / () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé ayant refusé le renouvellement de leur contrat pour un motif légitime lié à des considérations d'ordre personnel () ". Il résulte de ces dispositions que l'agent qui refuse le renouvellement de son contrat de travail ne peut être regardé comme involontairement privé d'emploi, à moins que ce refus soit fondé sur un motif légitime, qui peut être lié notamment à des considérations d'ordre personnel ou au fait que le contrat a été modifié de façon substantielle et sans justification par l'employeur.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vue proposer, le 16 août 2021, le renouvellement de son contrat de travail. Mme A a ensuite, par décision du 15 septembre 2021, fait l'objet d'une mesure de suspension de ses fonctions, applicable à compter du 20 septembre 2021, en raison de l'absence de production d'un justificatif de vaccination à la covid-19 ou de contre-indication à cette vaccination. Il ressort du courrier électronique du 7 septembre 2021 adressé par Mme A au centre hospitalier qu'elle a informé son employeur ne pas avoir entrepris de schéma vaccinal. Il ressort des pièces du dossier ainsi que des courriers postérieurs adressés les 10 et 23 septembre 2021 par la requérante que celle-ci n'a pas donné suite à la proposition du centre hospitalier. Elle n'a fait état d'aucun motif légitime de non renouvellement de contrat, lié notamment à des considérations d'ordre personnel, alors au surplus qu'elle s'est placée dans une situation dans laquelle son contrat ne pouvait pas être renouvelé, compte tenu des conditions réglementairement posées à l'exercice de ses fonctions. Par suite, elle ne peut être regardée, en l'espèce, comme ayant été involontairement privée d'emploi à l'issue de son contrat à durée déterminée. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que l'attestation employeur destinée à Pôle Emploi est erronée en tant qu'elle mentionne que la rupture du contrat de travail découle de l'initiative du salarié.

Sur le versement de l'ARE :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A ne remplissait pas les conditions légales lui permettant d'obtenir l'allocation d'assurance prévue à l'article L. 5424-1 du code du travail et que, dès lors, le centre hospitalier était en situation de compétence liée pour refuser le versement de l'allocation demandée. Par suite, les moyens dirigés contre la décision de refus de versement du 29 octobre 2021 doivent être écartés comme inopérants.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et d'indemnisation.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Ambert, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier d'Ambert.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente-rapporteure,

Mme Marion Jaffré, première conseillère,

M. Jean-Michel Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La présidente-rapporteure,

C. BENTÉJAC

L'assesseure la plus ancienne,

M. B

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et de la solidarité en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210237

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