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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102556

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102556

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantSCP BORIE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021, Mme C A, représentée par la SCP Borie et associés, Me Kikanga, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Moulins-Yzeure l'a suspendue de ses fonctions sans traitement jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée dès lors qu'elle intervient après son intervention ponctuelle dans les locaux de l'établissement public hospitalier pour laquelle elle a produit un test négatif au Covid-19 ;

- elle est en décharge d'activité de service à temps plein, en dehors de ces locaux.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2021, le centre hospitalier de Moulins-Yzeure, représenté par Me Pouillaude, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mars 2022.

Vu :

- l'ordonnance du juge des référés n° 2102451 du 25 novembre 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- les observations de Me Kiganga, avocat de Mme A ;

- et les observations de Me Roux, avocate du centre hospitalier de Moulins-Yzeure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, aide-soignante au sein du centre Hospitalier de Moulins-Yzeure, est en décharge d'activité à temps plein pour l'exercice de ses mandats syndicaux. Par une décision du 23 septembre 2021, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Moulins-Yzeure a suspendu Mme A de ses fonctions sans traitement jusqu'à la présentation d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi : " () II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. () ". Enfin, selon le II de l'article 16 de cette loi : " La méconnaissance, par l'employeur, de l'obligation de contrôler le respect de l'obligation vaccinale mentionnée au I de l'article 12 de la présente loi est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. () Si une telle violation est verbalisée à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis d'un an d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende. () ".

3. L'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure toutes les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux. Le législateur a ainsi entendu protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19. C'est pourquoi l'obligation de vaccination concerne aussi des personnels, notamment administratifs, qui ne sont pas en contact direct avec les malades dès lors qu'ils entretiennent nécessairement, eu égard à leur lieu de travail, des interactions avec des professionnels de santé en contact avec ces derniers. Il en va ainsi aussi des personnels des établissements hospitaliers qui bénéficient d'une décharge, même totale, d'activité de service pour raison syndicale dès lors qu'ils exercent leur activité syndicale dans les locaux d'un tel établissement.

4. Mme A soutient que la décision en litige est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle bénéficie d'une décharge d'activité de service à temps plein pour l'exercice de ses mandats syndicaux en dehors des locaux du centre hospitalier Moulins-Yzeure. Toutefois, si la requérante produit des attestations rédigées par des représentants syndicaux indiquant qu'elle exerce son activité syndicale dans les locaux de l'union locale force ouvrière à Moulins et de l'union départementale des syndicats force ouvrière de l'Allier à Montluçon, soit en dehors de l'enceinte des établissements hospitaliers du département de l'Allier, elle n'établit pas ne pas être amenée, d'une part, à être en contact avec des professionnels de santé et, d'autre part, à exercer son activité syndicale dans des bâtiments accueillant des malades ou des professionnels de santé accueillant ces derniers pour l'exercice de son activité syndicale. En outre, Mme A reconnaît avoir assisté l'une de ses collègues lors d'un entretien avec la direction des soins au sein du centre hospitalier de Moulins-Yzeure le 21 septembre 2021. Dans ces conditions, eu égard à l'objectif majeur de santé publique poursuivi, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Moulins-Yzeure l'a suspendue de ses fonctions sans traitement jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier de Moulins-Yzeure sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier de Moulins-Yzeure présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier de Moulins-Yzeure.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

G. JURIE

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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