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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102797

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102797

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2021, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande d'admission au séjour du 26 octobre 2020, reçue le 29 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme ; en effet, l'administration n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 313-14-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard de son intégration professionnelle et au regard de considérations humanitaires du fait du conflit armé sévissant en Arménie ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; en effet, il est le père d'un enfant qui vit aux côtés de sa mère résidant régulièrement sur le territoire français.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- et les observations de Me Bourg, représentant M. B, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité le 26 octobre 2020, reçue le 29 octobre 2020, une demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme. Le silence gardé sur cette demande pendant un délai de quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". En vertu de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Enfin, aux termes des articles L. 112-3 et L. 112-6 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception " et " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B a été reçue le 29 octobre 2020 par la préfecture du Puy-de-Dôme. Si devant le tribunal, le préfet soutient que l'intéressé n'a pas déposé de demande de titre de séjour, il ressort des pièces produites par le requérant, notamment de la preuve de distribution établie par les services de la poste que son courrier de demande de titre de séjour a bien été réceptionné par les services de la préfecture. En l'absence de réponse dans un délai de quatre mois à cette demande de titre de séjour, une décision implicite de rejet est née. Par une lettre du 8 juin 2021, reçue le 10 juin 2021 par les services de la préfecture du Puy-de-Dôme, M. B a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande. Il soutient également sans être contredit qu'il n'a pas reçu de réponse à cette demande. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision expresse aurait confirmé ce refus implicite, M. B est fondé à soutenir que faute de motivation, la décision implicite de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de forme.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M B notifiée le 29 octobre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

6. Eu égard aux motifs sur lesquels il se fonde, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. L'Etat étant partie perdante à l'instance, il convient de mettre à sa charge une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. B du 26 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente du tribunal,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102797

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