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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102851

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102851

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2021, Mme Nadine Bruel demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2021 par laquelle le directeur des ressources humaines par intérim du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac a rejeté sa demande de reconnaissance d'accident de service ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac de reconnaitre l'accident déclaré le 18 février 2021 comme étant imputable au service ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt et de la capacité à agir et que l'acte attaqué est un acte administratif ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme n'a pas été correctement saisie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 47-5 du décret du 14 mars 1986 dès lors que le délai prescrit entre la déclaration d'accident et la décision de l'administration n'a pas été respecté ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 prévoyant une présomption d'imputabilité au service d'un accident dès lors que le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac n'a pas respecté cette présomption ;

- elle est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2023, le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac, représenté par la Selas Seban Auvergne, Me Lantero conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Debrion, rapporteur public,

- et les observations de Me Bardy, représentant le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Nadine Bruel, secrétaire gestionnaire au service économique du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac, a établi le 18 février 2021 une déclaration d'accident de service en se prévalant de lésions provoquées par des faits survenus le jour même. Après que la commission de réforme a rendu le 8 avril 2021 un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 18 février 2021, le directeur des ressources humaines par intérim du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac a, en dernier lieu par une décision du 25 juin 2021, refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident déclaré. Par un courrier du 21 août 2021 reçu le 23 août suivant, Mme A a saisi le directeur du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac d'un recours gracieux contre la décision du 25 juin 2021. En l'absence de réponse du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac une décision implicite de rejet est née. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 25 juin 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ".

3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A aux motifs que ce dernier ne répond pas à la définition d'un accident de service c'est-à-dire un évènement soudain entrainant une atteinte à l'état de santé de la victime et qu'il ressort des déclarations d'accident de service qu'il existe des circonstances particulières détachant l'accident du service.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 18 février 2021, alors que la requérante apportait un parapheur à signer à son supérieur hiérarchique dans son bureau, ce dernier l'a qualifiée de " faux-cul ". Ces propos qui ne sont pas contestés par le supérieur de Mme A et corroborés par ses collègues de travail, témoins de la scène, présentent un caractère humiliant et insultant et excèdent l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'autre part, à la suite de cet évènement, Mme A qui a levé le secret médical a été placée en arrêt de travail dès le 19 février 2021 pour un " état de choc émotionnel ", arrêt prolongé jusqu'au 21 novembre 2021. Si le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac invoque l'absence de lésions de la requérante, il ne verse au débat aucun élément corroborant son allégation. Enfin, en se bornant dans la décision attaquée à faire état de circonstances particulières détachant l'accident du service sans autre précision, l'administration n'apporte pas suffisamment d'éléments de nature à renverser la présomption d'imputabilité au service. A supposer qu'il s'agisse du fait que Mme A se soit, malgré la consigne de son supérieur hiérarchique qui aurait fait comprendre à ses collaboratrices qu'il ne souhaitait pas être dérangé, présentée au bureau de ce dernier en vue de faire signer un parapheur, cette circonstance, à la supposer même établie, n'est pas susceptible de constituer une circonstance particulière au sens de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Dans ces conditions, en refusant de reconnaitre imputable au service l'accident qui est survenu le 18 février 2021, le directeur des ressources humaines par intérim du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac a commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du 25 juin 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme A le 18 février 2021 et de procéder à la régularisation de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac la somme demandée par Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 juin 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme A le 18 février 2021 et de procéder à la régularisation de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme Nadine Bruel et au centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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