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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102902

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102902

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2021, M. A D, représenté par l'AARPI Themis, Me Ciaudo demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 8 novembre 2021 prise par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure et lui infligeant une sanction disciplinaire de dix jours de confinement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'autorité ayant décidé des poursuites était incompétente ;

- l'autorité ayant procédé à l'enquête était incompétente ;

- la commission de discipline était irrégulièrement composée ;

- la sanction a été prise en violation des droits de la défense ;

- la sanction qui lui a été infligée présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal et le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, a, par une décision du 8 novembre 2021 de la commission de discipline, été sanctionné de dix jours de confinement pour avoir insulté un agent. Le recours administratif formé par M. D contre cette décision a été rejeté par le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes par décision du 10 décembre 2021. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision du 10 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux () ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement devant le directeur interrégional des services pénitentiaires constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait toutefois faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, lieutenante pénitentiaire exerçant les fonctions de cheffe de détention, bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er octobre 2021 prise par le directeur de l'établissement pénitentiaire moulinois, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Allier le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de décider d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues, en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire de la décision d'engagement des poursuites disciplinaires manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le rédacteur du rapport d'enquête est M. B et que ce dernier a la qualité de premier surveillant. En application des dispositions citées au point précédent, qui ne prévoient pas, contrairement à ce que soutient le requérant, que le rapport d'enquête ne peut être établi que par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, M. B était donc bien compétent pour signer le rapport d'enquête ayant conduit, in fine, à la sanction disciplinaire contestée dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Selon l'article R. 57-7-8 de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ". Aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline qui s'est réunie le 8 novembre 2021 pour examiner les faits reprochés à M. D était composée, en plus de sa présidente, des deux membres assesseurs, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le surveillant rédacteur du compte-rendu d'incident, dont les initiales sont K. J., n'a pas participé à la commission de discipline en qualité de second assesseur, les initiales de cette dernière étant J. B. Au surplus, la seule anonymisation de ces personnes dans les pièces produites dans l'instance ne saurait faire naître un doute sur le fait que le rédacteur d'incident était une personne distincte de la seconde assesseure de la commission alors que le requérant, qui connaissait le rédacteur du compte-rendu d'incident puisque c'est l'agent qu'il a insulté, s'est présenté devant la commission de discipline pour faire ses observations et n'a pas constaté qu'il siégeait au sein de cette commission. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

9. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier que Mme C, lieutenant pénitentiaire exerçant les fonctions de cheffe de détention, qui exerçait les fonctions de présidente de la commission de discipline le 8 novembre 2021, bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er octobre 2021 prise par le directeur de l'établissement pénitentiaire moulinois, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Allier le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de présider les commissions de discipline, en application de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale.

10. Enfin, si le requérant fait valoir que la présidence par Mme C de la commission de discipline méconnaît le principe d'impartialité dès lors qu'il a déposé une plainte contre elle, il n'apporte, en tout état de cause, aucune précision relative à cette plainte ni aux faits qu'il reproche à Mme C.

11. Il résulte de ce qui a été dit au points 9 à 11 que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté dans toutes ses branches.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande () ". Aux termes de l'article R. 57-7-16 du même code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique. / () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. D a pris connaissance des faits qui lui étaient reprochés dans la convocation qui lui a été adressée le 27 octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a consulté son dossier disciplinaire le 5 novembre 2021 à 16h05. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de la décision en litige, que le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes aurait modifié la qualification juridique des faits retenus à son encontre avant de prendre cette décision. Enfin, aucune disposition du code de procédure pénale ni aucun principe ne prévoit que le détenu peut se voir délivrer une copie de son dossier disciplinaire afin de préparer sa défense devant la commission de discipline. Au demeurant, l'intéressé n'allègue pas avoir fait la demande de copies de son dossier. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 57-6-9 et R. 57-7-16 du code de procédure pénale et de la violation des droits de la défense doivent être écartés.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : () 5° De formuler des propos outrageants ou des menaces dans les lettres adressées aux autorités administratives et judiciaires ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-40 de ce code : " La personne confinée en cellule bénéficie d'au moins une heure quotidienne de promenade à l'air libre. La sanction de confinement en cellule n'entraîne aucune restriction à son droit de correspondance écrite et de communication téléphonique ni à son droit de recevoir des visites. Elle conserve la possibilité d'assister aux offices religieux. () ". ". Aux termes, enfin, de l'article R. 57-7-40 du code de procédure pénale : " Pour les personnes majeures, la durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré. () ".

15. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu d'incident rédigé dans le cadre de la procédure disciplinaire ayant conduit à l'infliction de la sanction en litige, que le 17 septembre 2021, M. D a proféré des insultes à l'encontre d'un surveillant. L'intéressé, qui reconnaît les faits qui lui sont reprochés, soutient qu'il s'est excusé et qu'il n'était jamais passé devant une commission disciplinaire au sein de ce centre pénitentiaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de nombreuses sanctions depuis le début de son incarcération et qu'il avait déjà fait l'objet d'une procédure disciplinaire en avril 2021. Compte tenu du passif disciplinaire de l'intéressé, des faits reprochés et de leur qualification juridique, qui aurait pu conduire l'administration à confiner le requérant pendant quatorze jours maximum, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la sanction de dix jours de confinement qui a été prononcée à son encontre serait entachée d'une erreur d'appréciation.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête présentée par M. D doivent être rejetées et par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente du tribunal,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

S. BADER-KOZA

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210290

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