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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102957

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102957

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021 sous le n° 2102957, M. et Mme A et B C, représentés par Me Bonnefont, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle le maire de la commune de Ceyrat a rejeté leur demande de régularisation portant sur la mise en place de panneaux solaires photovoltaïques et les a mis en demeure de procéder à leur démontage ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours administratif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ceyrat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le motif tiré de l'impossibilité de raccordement aux réseaux publics est entaché d'une erreur de droit ;

- le motif tiré de ce que la construction est illégalement implantée et de ce que les travaux projetés sont contraires aux dispositions de l'article NL 2 du règlement du plan local d'urbanisme est également entaché d'erreur de droit ;

- l'article L. 111-16 du code de l'urbanisme ne permet pas au maire de rejeter la demande de régularisation pour des motifs architecturaux ou paysagers.

II. Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021 sous le n° 2102958, M. et Mme A et B C, représentés par Me Bonnefont, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel la maire de la commune de Ceyrat s'est opposé à leur déclaration préalable de travaux en vue de la mise en place de panneaux solaires photovoltaïques ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ceyrat de leur délivrer un arrêté de non-opposition à sa déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ceyrat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- le motif tiré de ce que la construction est illégalement implantée et de ce que les travaux projetés sont contraires aux dispositions de l'article NL 2 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- l'article L. 111-16 du code de l'urbanisme ne permet pas au maire de rejeter la demande de régularisation pour des motifs architecturaux ou paysagers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, la commune de Ceyrat, représentée par Me Roux, conclut au rejet des requêtes et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté dès lors que les décisions contestées sont des décisions confirmatives de la décision d'opposition à déclaration préalable adoptée le 7 octobre 2019 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés et que la même décision aurait pu être prise au motif que les travaux envisagés méconnaissent l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de Me Bonnefont, représentant les requérants et de Me Roux, représentant la commune de Ceyrat.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 octobre 2019, M. et Mme A et B C ont déposé une déclaration préalable de travaux relative à l'installation de panneaux photovoltaïques sur leur chalet situé chemin de Montaudoux à Ceyrat. Par arrêté du 7 octobre 1019, le maire de la commune de Ceyrat s'est opposé à cette déclaration préalable de travaux. Le 1er mars 2021, les époux C ont demandé la régularisation des travaux d'installation des panneaux réalisés. Par décision du 29 juin 2021, la maire de la commune a rejeté leur demande et les a mis en demeure de démonter les installations dans un délai d'un mois. Par courrier du 30 août 2021, les requérants ont formé un recours administratif contre cette décision. Par la requête n° 2102957, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler la décision du 29 juin 2021 ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours administratif.

2. Le 29 octobre 2021, M. et Mme C ont adressé à la commune de Ceyrat une nouvelle déclaration préalable portant sur les mêmes installations. Par arrêté du 29 novembre 2021, la maire de la commune de Ceyrat s'est opposée à cette déclaration préalable. Par la requête n° 2102958, M. et Mme C demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

3. Les requêtes n° 2102957 et n° 2102958 présentées par M. et Mme C présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. Une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 7 octobre 2019, le maire de la commune s'est opposé à la déclaration préalable de travaux des requérants portant sur la mise en place de trois panneaux photovoltaïques en façade sud de leur chalet. En l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, l'arrêté du 29 novembre 2021 qui s'oppose à la déclaration préalable portant sur les mêmes travaux présente un caractère confirmatif de l'arrêté du 7 octobre 2019. La circonstance que la seconde déclaration présentée en 2021 visait à régulariser les travaux déjà réalisés ne constitue pas un changement dans les circonstances de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Ceyrat tiré du caractère tardif de la requête présentée à l'encontre de l'arrêté du 29 novembre 2021 doit être accueillie.

6. En revanche, la décision du 29 juin 2021 ne présente pas un caractère confirmatif de l'arrêté du 7 octobre 2019 dès lors qu'elle met en demeure les requérants de procéder au retrait des installations irrégulièrement édifiées dans un délai d'un mois faute de quoi le maire dressera un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme. Ainsi, la fin de non-recevoir présentée à l'encontre de la requête tendant à l'annulation de la décision du 29 juin 2021 doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. L'article L. 480-1 du code de l'urbanisme prévoit : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. / () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. () ". Selon l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées () par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé. () ".

8. Les requérants développent, à l'appui de leurs conclusions contre la décision de mise en demeure, des moyens dirigées contre les motifs de la décision d'opposition à déclaration préalable. Ces moyens ne sont toutefois pas opérants dès lors que la décision de mise en demeure du 29 juin 2021 a été prise en raison de ce que les travaux ont été réalisés en méconnaissance des prescriptions imposées par la décision prise sur déclaration préalable du 7 octobre 2019 devenue définitive, conformément aux dispositions de l'article L. 480-4 du code de l'urbanisme précité.

9. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les motifs de la décision du 29 juin 2021 sont illégaux.

10. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C doivent être rejetées, y compris leurs conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Ceyrat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme C une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Ceyrat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Ceyrat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C et à la commune de Ceyrat.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

S. BADER-KOZA La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2102957 - 2102958

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