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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200018

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200018

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 janvier 2022 et le 10 janvier 2022, M. B C, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 décembre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction de déclassement d'emploi prononcée par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure le 24 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au directeur du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure de le reclasser dans cet emploi dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure tiré de l'incompétence de l'autorité ayant décidé les poursuites ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;

- elle est illégale en raison de ce que les faits reprochés n'ont pas été portés à sa connaissance avant la réunion de la commission de discipline et de ce qu'il n'a pas été en mesure de consulter son dossier disciplinaire préalablement à la tenue de la commission de discipline ;

- elle est illégale en raison de ce que la commission de discipline a refusé de procéder au visionnage des images vidéo de l'incident ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que les faits reprochés n'ont pas été commis au cours ou à l'occasion de l'activité considérée comme l'exigent les dispositions de l'article R. 57-7-34 du code de procédure pénale ;

- elle repose sur des faits matériellement inexacts ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le garde des Sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure. Par une décision du 24 décembre 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction de déclassement d'emploi prononcée par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure le 24 novembre 2021. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale, applicable au litige : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de poursuivre la procédure a été prise par Mme E, cheffe de détention, qui disposait d'une délégation de signature du chef d'établissement établie par décision du 1er octobre 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant décidé les poursuites doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale, applicable au litige : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête a été établi par un membre du personnel de commandement, le capitaine A D. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, applicable au litige : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Selon les dispositions de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / (1) Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. () ". Par ailleurs, aux termes des dispositions des articles R. 57-7-14 et R. 57-7-15 du même code, les auteurs du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête ne peuvent siéger en commission de discipline.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision de la commission de discipline a été prise par Mme E, cheffe de détention en maison centrale, qui disposait d'une délégation, établie par décision du 1er octobre 2021, lui permettant de présider la commission de discipline. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la commission était composée de deux assesseurs et que les auteurs du compte-rendu d'incident et du rapport d'enquête n'ont pas siégé au sein de la commission de discipline. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / () / III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le dossier disciplinaire de M. C lui a été transmis le 23 novembre 2021, la veille de la commission de discipline, qu'il a ainsi été informé des faits reprochés et mis à même de préparer sa défense. Par suite, le moyen tiré de ce que les faits reprochés n'ont pas été portés à sa connaissance avant la réunion de la commission de discipline et de ce qu'il n'a pas été en mesure de consulter son dossier disciplinaire préalablement à la tenue de la commission de discipline doit être écarté.

10. En cinquième lieu, le requérant soutient que la décision est illégale en raison de ce que la commission de discipline a refusé de procéder au visionnage des images vidéo de l'incident. Toutefois, M. C n'assortit ses allégations d'aucune précision juridique permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen qu'il entend soulever. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'altercation physique reprochée à M. C à l'origine de la sanction disciplinaire a été constatée par un agent de surveillance présent physiquement au moment des faits et le requérant a reconnu avoir " secoué " un codétenu. La procédure n'a ainsi pas été engagée à partir des enregistrements de vidéoprotection. En conséquence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de la commission de discipline de visionner les images de l'incident, à supposer qu'elles existent, a eu pour incidence d'entacher d'irrégularité la décision en litige.

11. En sixième lieu, l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale dans sa version applicable au présent litige dispose : " () Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue ; () ". L'article R. 57-7-3 dudit code dispose : " Constitue une faute disciplinaire du troisième degré le fait, pour une personne détenue : () 2° D'entraver ou tenter d'entraver les activités de travail, de formation, culturelles, cultuelles ou de loisirs ; () ". L'article R. 57-7-34 du code de procédure pénale dans sa version applicable au présent litige prévoit : " Lorsque la personne détenue est majeure, les sanctions disciplinaires suivantes peuvent également être prononcées : / 1° La suspension de la décision de classement dans un emploi ou une formation pour une durée maximum de huit jours ; / 2° Le déclassement d'un emploi ou d'une formation ; () ".

12. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que les faits reprochés n'ont pas été commis au cours ou à l'occasion de l'exercice de son activité est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision est entachée d'erreur de droit à cet égard doit être écarté.

13. En septième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de déclasser M. C de son emploi a été prise en raison d'une altercation physique survenue avec un codétenu le 21 novembre 2021 et en raison de la circonstance que M. C et ce codétenu travaillaient au sein du même atelier. Les faits ont été observés par un agent de surveillance présent sur les lieux et reconnus par l'intéressé. Des ecchymoses ont été constatées sur le codétenu concerné. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les faits sont matériellement inexacts doit être écarté. Au regard de la nature, de la gravité des faits en cause et du risque de réitération, la sanction de déclassement de l'emploi occupé par M. C n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 24 décembre 2021 portant déclassement de son emploi. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par le requérant à fin d'injonction et celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au garde des Sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200018

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