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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200036

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200036

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantKHANIFAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200036 le 7 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Khanifar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 16 avril 2020 ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire de lui enjoindre de réexaminer sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que la décision implicite litigieuse n'est pas motivée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2200879 le 21 avril 2022, M. B A, représenté par Me Khanifar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au bénéfice de son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle comporte une date erronée, sa demande de titre de séjour étant datée du 6 novembre 2020 et non du 10 novembre 2020 ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas encore en vigueur et que la demande de titre de séjour aurait dû être examinée sur le fondement de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est fondée sur le fait qu'il ne justifie pas de son insertion dans la société française alors qu'il démontre l'intensité des liens personnels et familiaux qu'il a développés en France et que l'administration n'établit pas qu'il est défavorablement connu des services de justice ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et de l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaffré a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né au Kosovo le 13 juin 1994, est entré en France en 2003 avec ses parents et ses frères et sœurs. Il a fait une demande de titre de séjour le 16 avril 2020, complétée le 6 novembre 2020. Par une décision du 23 février 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2200036 et n° 2200879 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

4. En l'espèce, le préfet du Puy-de-Dôme a expressément rejeté la demande de titre de séjour formée par M. A par une décision du 23 février 2022. Par suite, la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre la décision du 23 février 2022 portant expressément refus de séjour et dont il demande également l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 23 février 2022 portant refus de séjour :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire ".

7. Il ressort des pièces du dossier, que, pour rejeter la demande du titre de séjour présentée par M. A, le préfet du Puy-de-Dôme s'est fondé sur la circonstance que le comportement de M. A constituait une menace à l'ordre public. Le préfet relève que le requérant a été condamné, le 30 mars 2017, à six mois d'emprisonnement avec sursis pour vol avec effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis le 7 février 2014, au paiement d'une amende pour des faits de conduite avec un véhicule sans permis ni assurance commis le 25 août 2016 et pour usage illicite de stupéfiants commis les 27 octobre 2014 et du 1er janvier 2014 au 16 mars 2014. Le préfet du Puy-de-Dôme relève en outre que l'intéressé est défavorablement connu des services judiciaires, sans autre précision, pour des faits de conduite avec un véhicule sans permis ni assurance qui auraient été commis les 15 février 2019, pour des faits d'occupation en réunion d'un espace commun d'immeuble collectif d'habitation qui auraient été commis le 29 mars 2014 et pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D qui auraient été commis le 16 mars 2014. Le requérant conteste la matérialité des infractions qui lui sont reprochés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits en cause aient donné lieu à une condamnation du requérant ni même qu'une procédure judiciaire soit en cours. Le préfet du Puy-de-Dôme ne donne aucune précision sur ces faits ni n'apporte aucun élément relatif à ces faits. Par suite, ces mises en cause ne sauraient ainsi valablement fonder la décision litigieuse en l'absence de toute précision et alors que leur matérialité est contestée. Dans ces conditions, si les faits pour lesquels le requérant a fait l'objet d'amendes et d'une peine d'emprisonnement avec sursis sont indéniablement répréhensibles, ces éléments anciens, ne suffisent pas, en l'absence de toute autre précision à faire obstacle, en application des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait pas légalement lui opposer qu'il constituait une menace pour l'ordre public pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 février 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement implique seulement, qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

10. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Khanifar, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Khanifar de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Puy-de-Dôme du 23 février 2022 refusant de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Khanifar, avocat de M. A, la somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Puy-de- Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 ; 2200879

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