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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200096

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200096

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a annulé l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le maire de Virlet interdisait le stationnement sur une voie communale. Saisi d’un recours pour excès de pouvoir par des riverains, le tribunal a jugé que la mesure d’interdiction totale n’était ni nécessaire ni proportionnée, en l’absence de risque avéré pour la sécurité. La commune, mise en demeure de produire un mémoire sans réponse, a été réputée avoir acquiescé aux faits exposés par les requérants. Cette décision est fondée sur une inexacte application de l’article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2022, M. B C et M. A C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le maire de Virlet a interdit le stationnement de tous les véhicules sur la voie communale " Les guis ", aux abords des parcelles cadastrées section C n°s 585, 803 et 804.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le stationnement sur cette voie communale ne génère aucun risque pour la sécurité des usagers ni aucune gêne pour la circulation des véhicules d'urgence ;

- l'arrêté litigieux est entaché de détournement de pouvoir car il a en réalité été pris pour protéger les intérêts de l'exploitant du restaurant situé à proximité qui dispose pourtant de plusieurs accès pour les véhicules de lutte contre les incendies ;

- aucun délai d'application n'est mentionné dans l'arrêté alors que son affichage sur place est fragile et temporaire et que le panneau de signalisation est précaire ;

- l'implantation d'un panneau sur place d'un côté de la voie, longeant la parcelle cadastrée C n°585 et portant la mention " sur 20 mètres " ne correspond pas aux prescriptions de l'intérêt litigieux ; par ailleurs, le panneau a été installé sur le bord de la chaussée, créant un risque d'accident pour les véhicules.

Une mise en demeure a été adressée le 3 janvier 2023 à la commune de Virlet.

La clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- et les conclusions de M. Debrion, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2021, le maire de Virlet a interdit le stationnement de tous les véhicules sur la voie communale " Les guis ", aux abords des parcelles cadastrées section C n°s 585, 803 et 804, au lieu-dit Les Guis. M B C et M. A C, domiciliés sur ce tronçon de route, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le maire de Virlet a décidé, afin d'assurer la sécurité des usagers de la route et de réglementer le stationnement sauvage, d'interdire durant toute l'année, le stationnement des deux côtés de la route communale aux abords des parcelles cadastrées section C n°s 585, 803 et 804 situées au lieu-dit " Les guis ". Pour contester le bien-fondé de cette décision, MM. C soutiennent à l'appui de leur requête qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le stationnement sur cette voie communale ne génère aucun risque pour la sécurité des usagers ni aucune gêne pour la circulation des véhicules d'urgence dès lors qu'elle donne accès à un hameau de quatre foyers et à un restaurant ouvert uniquement en fin de semaine, lequel dispose d'un espace de stationnement. De plus, la voie, qui est à double sens, est d'une largeur suffisante pour permettre le croisement de camions et chacune des habitations du hameau est accessible par des voies rurales depuis la CD n°514 permettant ainsi la circulation de véhicules d'intervention d'urgence. Ils font également valoir qu'aucun accident n'a eu lieu sur cette portion de route depuis 45 ans alors que l'interdiction de stationner est de nature à créer un risque pour la sécurité des usagers qui leur rendent visite puisqu'ils se trouvent désormais dans l'obligation de stationner leur véhicule à 100 mètres de leur propriété et de marcher le long de la voie qui est dépourvue de trottoir.

5. Une copie de la requête a été communiquée le 21 juin 2022 à la commune de Virlet qui a été mis en demeure le 3 janvier 2023 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est demeurée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par MM. C ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, la commune de Virlet doit être réputée avoir admis leur exactitude matérielle conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative. Eu égard à la configuration des lieux et à la nature de la voie concernée, la nécessité de la mesure d'interdiction totale de stationnement sur les deux côtés de la section de route considérée ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Par suite, la mesure en cause n'apparaissant ni nécessaire ni proportionnée, le maire de Virlet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales en édictant l'arrêté contesté.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 29 septembre 2021 du maire de Virlet doit être annulé.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le maire de Virlet a interdit le stationnement de tous les véhicules sur la voie communale " Les guis " aux abords des parcelles cadastrées section C n°s 585, 803 et 804 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, et à la commune de Virlet.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 , à laquelle siégeaient :

- M. D, président,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

Le président,

M. D Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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