vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | RIQUIER |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022 sous le n°2200105, Mme B A, représentée par la Selarl Sui Generis avocats, Me Huprelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Saint-Saturnin a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Saturnin de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Saturnin les frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2023, la commune de Saint-Saturnin, représentée par l'Aarpi Publica Avocats, Me Riquier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
II- Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022 sous le n°2200106 et un mémoire enregistré le 27 septembre 2023, Mme B A, représentée par la Selarl Sui Generis avocats, Me Huprelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commune de Lavigerie a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lavigerie de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lavigerie la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 juillet 2023 et 15 novembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Lavigerie, représentée par la Selarl Aurijuris, Me Lafon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le maire lui a expressément refusé la protection fonctionnelle par un arrêté du 8 novembre 2021 non contesté ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, agent administratif à temps non complet titulaire, exerçait ses fonctions dans les communes de Saint-Saturnin et de Lavigerie. Ayant été citée à comparaître devant le tribunal correctionnel d'Aurillac le 16 novembre 2021 pour des faits commis dans le cadre de ses fonctions, elle a demandé aux maires des communes de Saint-Saturnin et de Lavigerie de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle par des courriers du 30 octobre 2021. Le silence gardé par la commune de Saint-Saturnin sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet dont Mme A demande l'annulation. Par un arrêté du 8 novembre 2021 le maire de la commune de Lavigerie a refusé d'accorder à la requérante le bénéfice de la protection fonctionnelle. Si Mme A demande, dans ses conclusions, l'annulation de la décision implicite de rejet du maire de la commune de Lavigerie, elle doit toutefois être regardée comme demandant l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2021.
2. Les requêtes nOS 2200105 et 2200106, présentées par Mme A concernent la situation d'une même requérante. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : / () / 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () "
4. D'une part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier enregistré sous le n°2200105 que Mme A aurait sollicité dans les conditions prévues par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite du maire de la commune de Saint-Saturnin rejetant sa demande de protection fonctionnelle.
5. D'autre part, la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le maire de la commune de Lavigerie a refusé d'accorder à Mme A le bénéfice de la protection fonctionnelle qui vise les textes sur lesquels elle se fonde et mentionne que la requérante fait l'objet de poursuites pénales pour une faute personnelle du fait d'usage d'un faux, d'altération frauduleuse de la vérité et détournement de fonds publics comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
6. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 dans sa version applicable à la date des décisions attaquées : " III.- Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. ".
8. Il résulte de ces dispositions que pour rejeter la demande d'un fonctionnaire qui sollicite le bénéfice de la protection qu'elles instituent, l'autorité administrative peut, sous le contrôle du juge, exciper du caractère personnel de la ou des fautes qui ont conduit à l'engagement de la procédure pénale, sans attendre l'issue de cette dernière. Elle se prononce au vu des éléments dont elle dispose à la date de sa décision en se fondant, le cas échéant, sur ceux recueillis dans le cadre de la procédure pénale.
9. Par ailleurs, présentent le caractère d'une faute personnelle détachable des fonctions, des faits qui révèlent des préoccupations d'ordre privé, qui procèdent d'un comportement incompatible avec les obligations qui s'imposent dans l'exercice de fonctions publiques ou qui, eu égard à leur nature et aux conditions dans lesquelles ils ont été commis, revêtent une particulière gravité. En revanche ni la qualification retenue par le juge pénal ni le caractère intentionnel des faits retenus contre l'intéressé, ne suffisent par eux-mêmes à regarder une faute comme étant détachable des fonctions et justifiant dès lors que le bénéfice du droit à la protection fonctionnelle soit refusé au fonctionnaire qui en fait la demande.
10. Il ressort des pièces des dossiers et notamment de l'enquête pénale menée par la gendarmerie de Saint-Flour à la suite du signalement effectué par la maire de la commune de Saint-Saturnin le 5 octobre 2020 au procureur de la République, que Mme A a, entre 2014 et 2020, rédigé et signé de fausses délibérations et de faux arrêtés dans les deux communes qui l'employaient en vue de pouvoir bénéficier de primes supplémentaires ainsi que d'un régime indemnitaire au taux maximal. Il ressort également des pièces des dossiers que Mme A a reconnu devant les enquêteurs avoir commis les faits qui lui étaient reprochés et a délibérément agi en dehors de toute instruction de ses employeurs. L'enquête a également révélé que du fait des agissements de la requérante la commune de Saint-Saturnin a subi un préjudice de 51 047,52 euros et la commune de Lavigerie un préjudice de 34 742,95 euros. Ainsi, les faits reprochés à Mme A lui ont permis de bénéficier de primes indues révélant des préoccupations d'ordre privé et procédant d'un comportement incompatible avec les obligations qui s'imposent à tout fonctionnaire dans l'exercice de ses missions. Il en résulte qu'ils présentent le caractère d'une faute personnelle détachable des fonctions de l'intéressée et que les communes de Saint-Saturnin et de Lavigerie étaient fondées à refuser de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Lavigerie, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions de la commune de Saint-Saturnin et de la commune de Lavigerie refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des communes de Saint-Saturnin et de Lavigerie, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A les sommes demandées par les deux communes défenderesses au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions des communes de Saint-Saturnin et de Lavigerie présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de Saint-Saturnin et à la commune de Lavigerie.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2-2200106
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026