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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200187

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200187

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a examiné la requête de M. A, conseiller municipal d'opposition de Saint-Saturnin, contestant le refus du maire de publier sa tribune dans le bulletin municipal de janvier 2022. Le tribunal a rejeté comme irrecevables les conclusions indemnitaires de M. A, faute de demande préalable à l'administration, et celles tendant à une injonction principale, le juge de l'excès de pouvoir ne pouvant prononcer une telle mesure. Sur le fond, le tribunal a annulé la décision implicite de rejet du maire, estimant que le refus de publication méconnaissait les dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales, qui garantit un espace d'expression aux élus de l'opposition dans les communes de plus de 1 000 habitants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 janvier 2022, 28 décembre 2022 et 30 décembre 2022, M. C A demande au tribunal :

1°) de condamner le maire de Saint Saturnin à éditer et à faire distribuer l'article qu'il lui avait fait parvenir pour l'édition du bulletin municipal de janvier 2022 ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint Saturnin d'admettre l'utilisation de son adresse courriel personnelle pour toute communication à l'exclusion de tout adresse courriel imposée par la commune ;

3°) de condamner le maire de Saint Saturnin à lui verser la somme de 500 euros de dommages et intérêts sur le fondement de l'article 700 du code de procédure pénale.

Il soutient que :

- le maire de Saint Saturnin a méconnu les dispositions de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales et la liberté d'expression des élus de l'opposition en refusant de publier sa tribune au sein du bulletin municipal ;

- le refus de publier les articles des élus de l'opposition est entaché de détournement de pouvoir ;

- l'imposition de l'usage exclusif d'une adresse courriel créé par la commune est abusive ;

- il a subi un préjudice du fait de la nécessité de publier à ses frais un bulletin d'information.

Un rappel de conclusion a été fait pour la commune, en vain.

Par ordonnance du 3 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions, présentées à titre principal, tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'accepter que le requérant utilise son courriel personnel dans le cadre des échanges transmis en qualité d'élu.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- et les conclusions de M. Debrion, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 14 janvier 2022 notifié le 18 janvier 2022, M. C A, qui se présente comme conseiller municipal d'opposition, a demandé au maire de Saint-Saturnin d'apporter un correctif au bulletin municipal publié en janvier 2022 dans lequel il n'a pu bénéficier d'un espace d'expression en faisant procéder à l'édition de la lettre qu'il avait transmise pour publication et qui n'a pas été publiée et de lui communiquer systématiquement les dates de parution du bulletin afin qu'il puisse transmettre un article dans les délais compatibles avec sa publication. Le silence gardé par l'autorité administrative sur cette demande durant un délai de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. Dans la présente instance, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision. Il demande également que M. B, maire de Saint-Saturnin, soit condamné à lui verser la somme de 500 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis correspondant aux frais d'édition et de distribution de sa tribune. Il demande enfin à ce que soit enjoint au maire de Saint-Saturnin d'admettre qu'il puisse utiliser son adresse courriel personnelle pour toute communication.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires et celles présentées à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. En premier lieu, en dépit de l'invitation à régulariser qui lui a été notifiée le 23 juillet 2024, M. A n'a pas justifié, dans le délai qui lui était imparti, avoir formé une demande indemnitaire préalable s'agissant du préjudice subi du fait de l'absence de publication de sa tribune au sein du bulletin municipal et de ses démarches pour l'éditer et la distribuer à ses frais. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'indemnisation de ses préjudices sont irrecevables et ne peuvent être que rejetées.

4. En second lieu, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de prononcer à l'encontre de l'administration une injonction à titre principal. Par conséquent, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au maire d'accepter qu'il utilise son courriel personnel dans le cadre des échanges transmis en qualité d'élu sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 1 000 habitants et plus, lorsque des informations générales sur les réalisations et sur la gestion du conseil municipal sont diffusées par la commune, un espace est réservé à l'expression des conseillers élus sur une liste autre que celle ayant obtenu le plus de voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal ou ayant déclaré ne pas appartenir à la majorité municipale. / Les modalités d'application du présent article sont définies par le règlement intérieur du conseil municipal. ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales qu'il appartient au conseil municipal de déterminer les conditions de mise en œuvre du droit d'expression des conseillers municipaux d'opposition dans les bulletins d'information générale portant sur les réalisations et la gestion du conseil municipal. Les conseillers municipaux tenant de leur qualité de membres de l'assemblée municipale le droit de s'exprimer sur les affaires de la commune, tout élu doit être regardé comme n'appartenant pas à la majorité municipale, au sens des dispositions précitées, dès lors qu'il exprime publiquement sa volonté, par-delà des désaccords purement conjoncturels ou limités à un sujet particulier, de se situer de façon pérenne dans l'opposition.

7. Il est constant que M. A a été élu sur la liste ayant obtenu la majorité des voix lors du dernier renouvellement du conseil municipal. Si M. A se présente comme n'appartenant plus à la majorité municipale, il n'apporte au soutien de son allégation aucun élément permettant d'établir qu'il l'aurait déclaré publiquement, préalablement à la diffusion du bulletin municipal. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de publier sa tribune, le maire de Saint-Saturnin aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 2121-27-1 du code général des collectivités territoriales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Saint Saturnin.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 , à laquelle siégeaient :

- M. D, président,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

Le président,

M. D Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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