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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200302

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200302

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantJOSSEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 12 avril 2022, M. A B, représenté par Me Josseaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur sur son recours hiérarchique du 7 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît l'article L. 224-2 du code de la route dès lors que le préfet ne pouvait prononcer une suspension du permis de conduire d'une durée supérieure à six mois ;

- la loi n'a jamais prévu de dérogation au délai de six mois ;

- la note dont se prévaut le préfet ne prévoit pas de majoration en cas de récidive d'excès de vitesse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2022, le ministre de l'intérieur informe le tribunal de ce qu'il n'est pas compétent pour produire des observations en défense dans le présent litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le silence gardé sur le recours gracieux dont il a été saisi a fait naître une décision au terme des deux mois à compter de la réception dudit recours ; ce sont donc l'arrêté du 14 septembre 2021 et la décision implicite de rejet du 8 février 2022 qui sont contestés ;

- la décision répond à des exigences de protection et de sécurité routière ;

- la durée de la sanction administrative de suspension d'un permis de conduire peut être majorée de 50 % en cas de récidive, ce qui est le cas en l'espèce, conformément aux dispositions de l'annexe 1 de la note d'information du ministère de l'intérieur du 12 juillet 2017 relative aux mesures administratives provisoires pouvant être prononcées afin d'intensifier la lutte contre l'insécurité routière.

Par ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire le 12 septembre 2021, à la suite d'un dépassement de plus de 40 km/h de la vitesse maximale autorisée. Par un arrêté du 14 septembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de neuf mois. Par une décision du 30 novembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté le recours gracieux présenté par M. B le 18 novembre 2021. Par courrier reçu le 8 décembre 2021, M. B a introduit un recours hiérarchique contre l'arrêté du 14 septembre 2021 auprès du ministre de l'intérieur. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.

2. Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : () 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué () / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, de refus d'obtempérer commis dans les conditions prévues à l'article L. 233-1-1, de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative peut suspendre, dans les soixante-douze heures de la rétention d'un permis de conduire, ledit permis de conduire pour une durée maximale de six mois notamment lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et que le véhicule est intercepté.

3. Pour porter à neuf mois la durée de la suspension du permis de conduire de M. B, le préfet du Puy-de-Dôme s'est appuyé sur la circonstance que M. B était en situation de récidive, ainsi que sur le barème fixé par l'annexe I de la note d'information du 12 juillet 2017 relative aux mesures administratives provisoires pouvant être prononcées afin d'intensifier la lutte contre l'insécurité routière, publiée le 15 août 2017 au bulletin officiel du ministère de l'intérieur. Toutefois, les dispositions précitées du II de l'article L. 224-2 du code de la route précisent que la durée de la suspension ne peut excéder six mois sauf dans les cas limitativement énumérés au nombre desquels ne figure pas l'infraction commise par M. B, à savoir le dépassement de la vitesse autorisée de 40 km/h iu plus de la vitesse maximale autorisée. Dans ces conditions, et alors même que l'infraction a été commise en situation de récidive, le préfet du Puy-de-Dôme ne pouvait légalement prononcer une telle suspension pour une durée de neuf mois. Par suite, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route et est ainsi entaché d'erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 septembre 2021 portant suspension de son permis de conduire pour une durée de neuf mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 septembre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a suspendu la validité du permis de conduire de M. B pour une durée de neuf mois, ensemble la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique du 8 décembre 2021, sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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