jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistré le 4 mars 2022, Mme E C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a refusé de reconnaître un accident de service, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable ;
2°) d'enjoindre au garde des Sceaux, ministre de la justice, de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie à compter du 30 septembre 2020 .
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de rapport de prévention au dossier d'accident de service ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
- la maladie dont elle est atteinte est imputable au service ;
- le taux d'incapacité permanente de 20 % est entaché d'erreur d'appréciation.
Une mise en demeure a été adressée le 23 mars 2023 au garde des Sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 14 octobre 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a refusé de reconnaître l'accident de Mme C, ajointe administrative au service pénitentiaire d'insertion et de probation de l'Allier depuis le 1er septembre 2017, comme imputable au service. Par lettre du 8 décembre 2021, Mme C a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 ainsi que l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme F B, cheffe du département des ressources humaines et des relations sociales de la direction interrégionale des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes sans qu'il soit établi que celle-ci disposait d'une délégation de signature lui permettant d'adopter ladite décision. En conséquence, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être accueilli.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Selon les dispositions de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, la décision attaquée se borne à viser les conclusions du Docteur D et le procès-verbal de la commission de réforme sans que ces pièces n'aient été jointes à la décision et ne comporte aucun motif de fait qui en constitue le fondement. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que la décision est insuffisamment motivée.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident déclaré par Mme C ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. L'exécution du présent jugement implique que la demande de Mme C soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au garde des Sceaux, ministre de la justice, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 14 octobre 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon et la décision de rejet du recours administratif de Mme C sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au garde des Sceaux, ministre de la justice, de réexaminer la situation de Mme C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caroline Bentéjac, présidente,
M. Jean-François Bordes, premier conseiller,
M. Christophe Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le rapporteur,
C. A
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. B
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200495
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