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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200509

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200509

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B, qui contestait le refus de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) de lui accorder la prime "MaPrimeRénov'" pour l'installation d'une pompe à chaleur géothermique. La solution retenue est fondée sur le motif que les travaux avaient débuté avant le dépôt de la demande de prime, en application de l'article 15 de la loi de finances pour 2020 et du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020. Le tribunal a considéré que la décision explicite de rejet du 28 novembre 2022, qui s'est substituée à la décision implicite initiale, était légalement justifiée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2201019 du 7 mars 2022, le président par intérim du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des dispositions combinées des articles R. 351-3 et R. 312-7 du code de justice administrative, a transmis au tribunal administratif de Clermont-Ferrand la requête de M. B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2022 et le 15 août 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) a rejeté son recours préalable formé contre la décision portant rejet de sa demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov' ".

Il soutient que :

- l'installation d'une pompe à chaleur géothermique est éligible à la prime de transition énergétique ;

- sa chaudière est tombée en panne le 31 décembre 2020 et il était dans l'obligation de faire réaliser les travaux au mois de mars car il n'avait plus de chauffage depuis deux mois ;

- il a commencé à remplir le dossier de demande de prime en janvier 2021 ; il n'a reçu la pièce justificative nécessaire au dossier de l'ANAH qu'en juillet 2021 ; son dossier était bloqué et de nombreux renseignements complémentaires étaient demandés, allongeant la durée de la procédure ; la date d'ouverture de son dossier en janvier 2021 doit être retenue ;

- il n'a pas reçu les documents du 24 septembre 2021, du 28 novembre 2022 et du 2 août 2023 versés au dossier par l'ANAH.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 août 2023 et le 11 septembre 2023, la directrice de l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- si la décision du 11 octobre 2021 rejette la demande de prime au motif que les travaux ne sont pas éligibles à l'aide, il est apparu, notamment lors de l'examen du recours administratif préalable obligatoire, qu'un autre motif tenant à la réalisation de travaux antérieurement au dépôt de la demande était de nature à fonder légalement la décision de rejet et qu'il a été notifié au requérant dans une décision explicite de rejet du 28 novembre 2022 ; elle sollicite à ce titre une substitution de motifs ;

- la date du 22 janvier 2021 correspond à la date de création de compte et non à celle du dépôt du dossier de demande de prime ;

- le requérant n'établit pas que sa situation devait conduire à l'application des dispositions dérogatoires dès lors qu'aucun élément ne permet d'étayer les allégations selon lesquelles il se trouvait dans une situation créant un risque manifeste pour sa santé ou sa sécurité.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza ;

- et les conclusions de M. Debrion, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En vue de l'installation d'une pompe à chaleur géothermique, M. B a sollicité auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) le bénéfice de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRenov' ". Par une décision du 11 octobre 2021, la directrice générale de l'ANAH a rejeté sa demande de subvention au motif que les travaux n'étaient pas éligibles à cette prime. M. B a formé, à l'encontre de cette décision, un recours administratif préalable qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la portée des conclusions :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Il en résulte que les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle la directrice de l'ANAH a rejeté son recours préalable contre la décision portant rejet de sa demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov' ", doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 28 novembre 2022 par laquelle la directrice générale de l'ANAH a explicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La directrice générale de l'ANAH soutient en défense que le refus du bénéfice de la prime de transition énergétique était légalement justifié par le fait que les travaux ont débuté avant le dépôt de la demande de prime, sollicitant ainsi la substitution de ce motif à celui retenu par la décision du 11 octobre 2021 confirmée par la décision implicite en litige.

4. Toutefois, comme exposé précédemment, postérieurement à l'introduction de la présente requête, la directrice générale de l'ANAH a, par une décision du 28 novembre 2022, rejeté explicitement le recours administratif préalable formé par le requérant. Cette décision de rejet explicite, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, est motivée par le fait que les travaux ont débuté avant le dépôt de la demande de prime. Par suite, la demande de substitution de motifs présentée par la directrice générale de l'ANAH est sans objet.

5. L'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 prévoit la création d'" une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. () ". L'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime à la transition énergétique dispose, dans sa version applicable au litige, que : " () / II.- Seuls les travaux et prestations commencés après l'accusé de réception par l'Agence nationale de l'habitat de la demande de prime y ouvrent droit. Cet accusé de réception ne vaut pas décision d'attribution de la prime. / Par dérogation au premier alinéa du présent II : / 1° Le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat peut, à titre exceptionnel, accorder une prime lorsque le dossier a été déposé après le commencement des travaux ou prestations, notamment en cas de travaux ou prestations : / - urgents en raison d'un risque manifeste pour la santé ou la sécurité des personnes ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les travaux d'installation d'une pompe à chaleur géothermique ont pris fin le 5 mars 2021 et que la demande de subvention de M. B a été enregistrée le 24 septembre 2021. Dans ces conditions, lesdits travaux ont été réalisés avant l'enregistrement de la demande de subvention.

7. Si l'intéressé fait valoir que la date de création de son compte sur la plateforme informatique de l'ANAH en janvier 2021 doit être retenue dès lors que des dysfonctionnements du site internet de l'ANAH et les retards de l'administration ne lui ont pas permis de déposer sa demande de prise en charge antérieurement à la réalisation des travaux, il ne justifie avoir signalé ce dysfonctionnement auprès de l'assistance en ligne de l'ANAH qu'à la date du 26 juillet 2021, soit postérieurement à la réalisation des travaux. De plus, en se bornant à soutenir qu'il était dans l'obligation de faire réaliser les travaux au mois de mars dès lors que sa chaudière était en panne depuis deux mois et qu'il risquait de passer un second hiver sans chauffage, M. B n'apporte aucune précision sur ce dernier point et plus particulièrement sur le caractère urgent des travaux à réaliser en raison d'un risque manifeste pour sa santé ou sa sécurité. Dans ces conditions, l'ANAH a pu, à bon droit, opposer au requérant le commencement des travaux avant l'accusé de réception de sa demande pour rejeter la demande.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA

L'assesseure la plus ancienne,

dans l'ordre du tableau,

M. JAFFRÉ

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200509

AC

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