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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200581

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200581

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Loiseau, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- méconnaît les stipulations de l'article 5 de l'accord franco-marocain.

Le dossier de la présente instance a été communiqué, en son intégralité, au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas présenté d'observation.

Une ordonnance en date du 22 février 2023 a fixé la clôture d'instruction au 27 mars 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- et les observations de Me Loiseau, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme A fait valoir qu'elle vit en France depuis plus de six ans accompagnée de son fils qui est né en France ; qu'elle est toujours mariée au père de ce dernier, qui détient une carte de séjour permanent, bien qu'une procédure de divorce ait été initiée ; que son époux a toujours refusé d'entamer les démarches afin de faire régulariser sa situation ; que désormais il l'a abandonnée avec son fils en les laissant dans une grande précarité ; qu'elle n'a plus de contact avec sa famille au Maroc ; qu'elle a un frère de nationalité française et deux sœurs de nationalité italienne qui résident tous en France ; qu'elle est très isolée et n'entretient de liens effectifs qu'avec son frère et ses sœurs ; qu'elle est suivie depuis plusieurs années pour son état psychologique très fragile et dit maintenir ce suivi pour éviter une éventuelle rupture qui pourrait être préjudiciable à son fils. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date d'intervention de la décision implicite en litige, la requérante entretenait une quelconque communauté de vie avec son époux alors qu'elle indique avoir entamé une procédure de divorce. En outre, aucun des éléments du dossier ne tend à conforter les allégations de l'intéressée selon lesquelles elle n'entretiendrait de liens qu'avec son frère et ses sœurs et n'aurait plus de contact avec sa famille résidant au Maroc. Par ailleurs, la circonstance qu'elle vit avec son fils mineur n'est pas, par elle-même, de nature à faire obstacle à la reconstitution hors de France de la cellule familiale qu'elle forme avec lui. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée serait dépourvue d'attache familiale dans son pays d'origine et entretiendrait des liens intenses, anciens ou stables sur le territoire français. Enfin, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la requérante ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à sa pathologie dans le pays dont elle est originaire au regard de son offre de soins et des caractéristiques de son système de santé. Il suit de là que, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le refus de titre de séjour implicitement opposé à Mme A ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette mesure. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Mme A fait valoir que depuis plusieurs années elle est hébergée avec son fils par le 115 dans une petite chambre d'hôtel avec un taux d'humidité très élevé leur occasionnant des problèmes de santé ; qu'il est nécessaire qu'elle obtienne un titre de séjour afin de pouvoir trouver un emploi et assurer les besoins primaires de son enfant ; qu'avec son fils, elle paie les conséquences de leur abandon par son époux qui n'a jamais engagé de procédure de regroupement familial ; que son fils est né en France et n'a jamais quitté la France et qu'il a ses repères à Clermont-Ferrand auprès de sa mère, de son oncle et de ses tantes. Toutefois, aucun des éléments dont Mme A fait état, notamment la scolarisation de son enfant à Clermont-Ferrand alors qu'il n'est pas établi ni même allégué qu'il ne pourrait pas être scolarisé dans le pays dont il est ressortissant, n'est de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale qu'elle forme avec son fils se reconstitue hors de France. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-marocain susvisé : " Quelle que soit la date à laquelle ils ont été admis au titre du regroupement familial sur le territoire de l'un ou de l'autre Etat, le conjoint des personnes titulaires des titres de séjour et des autorisations de travail mentionnés aux articles précédents ainsi que leurs enfants n'ayant pas atteint l'âge de la majorité dans le pays d'accueil sont autorisés à y résider dans les mêmes conditions que lesdites personnes ".

7. Mme A, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été admise au titre du regroupement familial sur le territoire français, ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 5 de l'accord franco-marocain. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requérante aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais d'instance :

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 que le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées sur le fondement desdites dispositions doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200581

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