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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200584

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200584

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAMELA-PELLOQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2022 et le 12 octobre 2022, M. A B et Mme C D, représentés par Me Amela-Pelloquin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le maire de la commune d'Orcet a retiré l'arrêté du 20 octobre 2021 et s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. B en vue de l'édification d'une véranda ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2021 par lequel le maire de la commune d'Orcet s'est opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par M. B en vue de l'édification d'une véranda ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune d'Orcet de délivrer un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable déposée le 6 octobre 2021 dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Orcet la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- Sur l'arrêté du 20 janvier 2022 :

* il est insuffisamment motivé ;

* il est illégal dès lors que les articles UB10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orcet et C3 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles en matière d'inondation du bassin de l'Auzon ne sont pas applicables au projet concerné ;

* il méconnaît l'article ZBF-2 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles en matière d'inondation du bassin de l'Auzon ;

* il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le projet respecte la règle relative à la côte de mise hors d'eau ;

* il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le projet ne porte pas atteinte à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

- Sur l'arrêté du 20 octobre 2021 :

* il est entaché d'un vice de forme tiré de ce que l'acte ne comporte pas les nom et prénom de son auteur ;

* il est illégal dès lors que les articles UB10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Orcet et C3 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles en matière d'inondation du bassin de l'Auzon ne sont pas applicables au projet concerné ;

* il méconnaît l'article ZBF-2 du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles en matière d'inondation du bassin de l'Auzon ;

* il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que le projet respecte la règle relative à la côte de mise hors d'eau.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 11 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune d'Orcet, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de Me Amela-Pelloquin, représentant M. B et Mme D et de Me Juilles, représentant la commune d'Orcet.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 octobre 2021, le maire de la commune d'Orcet s'est opposé à une déclaration préalable de travaux déposée le 6 octobre 2021 par M. B en vue de la construction d'une véranda de 19 m2 pour sa maison d'habitation située au 3 lot le Clos des Troènes à Orcet. Le 9 décembre 2021, M. B et son épouse, Mme D, ont formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté. Suite à ce recours gracieux, et afin de régulariser l'arrêté contesté, le maire de la commune d'Orcet a, par un nouvel arrêté pris le 20 janvier 2022, retiré l'arrêté du 20 octobre 2021 et s'est opposé, à nouveau, à la déclaration préalable de travaux. Par la présente requête, M. B et Mme D demandent l'annulation de ces deux arrêtés d'opposition à déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. () ".

3. Il ressort de l'arrêté contesté que celui-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est entaché d'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.- L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations () / II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction (), notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions () pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités () ". Selon l'article L. 562-4 du code de l'urbanisme : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. () ".

5. Aux termes de l'article C3 du titre I du règlement du plan de prévention des risques naturels prévisibles en matière d'inondation du bassin de l'Auzon : " La cote de mise hors d'eau (CHME) est définie comme la cote du terrain naturel (TN) au point le plus haut sous l'emprise du projet à laquelle est ajoutée une hauteur correspondant à l'aléa pris en compte pour la parcelle concernée. Soit () en zone bleu foncé (secteurs a et b) () CMHE = TN + 1m. / Les planchers habitables ou fonctionnels des constructions éventuellement autorisées devront être implantées à au moins 0,20 m au-dessus de la cote de mise hors d'eau (CHME) ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble des constructions situées en zone bleue foncée doivent respecter une côte de mise hors d'eau d'un mètre par rapport au terrain naturel et que les constructions qui développent une surface de plancher habitable ou fonctionnel doivent être implantées à 20 centimètres au-dessus de cette côte, soit à 1,20 mètres au-dessus du terrain naturel. Il s'ensuit que la véranda, qui doit être regardée comme une construction, nonobstant la circonstance qu'elle ne développerait aucun plancher habitable ou fonctionnel, doit nécessairement être construite à une hauteur d'un mètre au-dessus du terrain naturel. Ainsi, dès lors que la véranda est implantée au niveau du terrain naturel, elle méconnaît nécessairement les prescriptions de l'article C3 du titre I du règlement du plan de prévention des risques précitées. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur d'appréciation ou est illégal au regard des dispositions du plan de prévention des risques naturels ou de celles du plan local d'urbanisme qui renvoient audit plan.

7. En troisième et dernier lieu, les requérants ne peuvent se prévaloir utilement du niveau du terrain naturel à la création du lotissement en 1983, qui aurait été rehaussé, alors que le terrain naturel à prendre en compte est celui existant à la date d'approbation du plan de prévention des risques naturels, soit le 9 mai 2007.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2022. Compte tenu du rejet des conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant au retrait de l'arrêté du 20 octobre 2021 qui avait été retiré par l'arrêté du 20 janvier 2022.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Orcet au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2021 du maire de la commune d'Orcet.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : M. B et Mme D verseront à la commune d'Orcet une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Mme C D et à la commune d'Orcet.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200584

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