lundi 17 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200604 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022 sous le n° 2200604, M. B A, représenté par l'AARPI AD'VOCARE, Me Bourg, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle a prorogé le délai de recours contentieux ;
- la décision préfectorale a été rendue suite à une procédure irrégulière en l'absence de mise à disposition des éléments sur lesquels les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) se sont fondés ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à ce qu'il puisse assister à l'audience devant la juridiction administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision rectifiée du 3 mai 2023.
Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.
II- Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars 2022 et le 15 juin 2022 sous le n° 2200620, M. B A, représenté par l'AARPI AD'VOCARE,Me Bourg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou à tout le moins de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui remettre sans délai un récépissé avec autorisation de travail ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et dans l'attente, de lui remettre sans délai un récépissé avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle a prorogé le délai de recours contentieux ;
- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet ne justifie pas de la régularité de la procédure suivie par le collège de médecins de l'OFII ;
- la décision méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'état de santé de son enfant ne s'est pas amélioré ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'elle ne fait pas état de la présence de ses quatre enfants et ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'elle ne fait pas état de la présence de ses quatre enfants et ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus d'autorisation provisoire de séjour et de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus d'autorisation provisoire de séjour et de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions de M. A tendant à l'annulation d'une interdiction de retour sur le territoire français décidée par le préfet du Puy-de-Dôme le 12 janvier 2022, motif pris de l'inexistence matérielle de cette décision dès lors que l'arrêté attaqué, qui ne comporte pas une telle mesure, se borne, en son article 5, à informer l'intéressé qu'une telle décision sera édictée en cas de maintien en France au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bordes,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais, est entré en France irrégulièrement en décembre 2016, accompagné de son épouse et de leur fils mineur. Sa demande d'asile a été rejetée le 25 octobre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 6 mai 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. M. A a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour du 30 janvier 2020 au 29 juillet 2020. Le 7 septembre 2020, le requérant a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 425-10 du même code. Le 30 mars 2021, M. A a complété sa demande de titre de séjour et a sollicité la délivrance d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1 du même code. Par une décision du 12 janvier 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par les présentes requêtes, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Les requêtes présentées pour M. A sous les n° 2200604 et n° 2200620 concernent la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par le présent jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
3. La décision en litige est signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 24 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, et accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation de signature à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le refus d'autorisation provisoire de séjour :
4. En premier lieu, le refus de titre de séjour vise notamment les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les raisons pour lesquelles la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour est refusée à M. A, en s'appropriant les mentions de l'avis émis le 1er mars 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui indique en particulier que, si l'état de santé de son enfant nécessite une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il peut toutefois voyager sans risques vers son pays d'origine. Par suite, la décision attaquée, qui comprend les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
6. D'une part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier, dont il peut solliciter la communication, du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui n'a pas sollicité la communication de l'avis du collège de médecins de l'OFII, n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie par le préfet est irrégulière en ce que le préfet ne met pas à disposition les éléments sur lesquels s'est fondé le collège de médecins.
7. D'autre part, le recours pour excès de pouvoir a pour objet, non de sommer le défendeur de justifier a priori de la légalité de la décision en litige, mais de soumettre au débat des moyens sur lesquels le juge puisse statuer. Le défendeur n'est, en conséquence, tenu de verser des éléments de procédure au débat que si les moyens invoqués sont appuyés d'arguments ou de commencements de démonstration appelant une réfutation par la production d'éléments propres à l'espèce. Or, M. A ne fait état d'aucun élément sérieux de nature à démontrer que les médecins de l'OFII n'auraient pas régulièrement apprécié sa situation et se borne à affirmer devant le tribunal qu'il appartiendrait au préfet du Puy-de-Dôme de démontrer la régularité de la consultation du collège médical de l'OFII. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme dépourvu de commencement de démonstration.
8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, le collège de médecins de l'OFII a estimé, aux termes de son avis du 1er mars 2021, que si l'état de santé du fils de M. A nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette appréciation, le requérant soutient que l'état de santé de son fils ne s'est pas amélioré, que ses difficultés respiratoires et oto-rhino-laryngologiques nécessitent une prise en charge constante dans un centre hospitalier de niveau III, que la prise en charge d'un enfant atteint de trisomie 21 n'est pas exclusivement médicale mais aussi sociale et éducative, et qu'il n'existe au Bangladesh aucune infrastructure hospitalière en mesure d'offrir les soins nécessaires. Il produit plusieurs certificats médicaux, datés de mars 2021, et un non daté, desquels il ressort que l'état de santé de son fils nécessite une surveillance sur le plan oto-rhino-laryngologique et qu'il est suivi par une kinésithérapeute ainsi qu'une orthophoniste. Toutefois, ces documents ne font pas état de l'état de santé du fils de M. A à la date de la décision, et ne se prononcent pas sur la réalité des conséquences d'une exceptionnelle gravité que le fils du requérant pourrait encourir à défaut de cette prise en charge ou en cas d'interruption du suivi de ce dernier en France. Enfin, M. A ne produit aucun élément permettant d'établir que son enfant ne pourrait bénéficier de soins adaptés dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus d'autorisation provisoire de séjour méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision en litige que contrairement à ce que fait valoir le requérant, le préfet précise que M. A a quatre enfants mineurs. La seule circonstance que la décision attaquée ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne saurait révéler l'absence de prise en compte, par le préfet, de l'intérêt supérieur des enfants de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
10. En premier lieu, la décision en litige vise notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour. En outre, elle expose de manière suffisante, les éléments relatifs à la situation du requérant pris en compte par le préfet du Puy-de-Dôme pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".
12. Si M. A soutient que le préfet du Puy-de-Dôme aurait dû soumettre sa demande à la commission du titre de séjour avant de lui refuser la délivrance du titre sollicité, les pièces qu'il verse au dossier ne suffisent pas à établir qu'il résiderait habituellement en France depuis plus de dix ans. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.
13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. A doit être écarté.
14. En quatrième lieu, M. A soutient qu'il présente des considérations humanitaires et des motifs exceptionnels tirés de sa vie privée et familiale justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il se prévaut à ce titre des raisons l'ayant conduit à quitter son pays d'origine, liées à des menaces dont il aurait fait l'objet du fait de son activisme politique, ainsi que des circonstances qu'il recherche activement un travail en France, qu'il est présent en France avec sa famille depuis six ans, que deux de ses enfants sont nés sur le territoire français, et qu'un de ses enfants a des problèmes de santé. Toutefois, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande d'asile, il ne démontre pas que la situation médicale de son fils serait de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de retour au Bangladesh, et s'il produit des attestations selon lesquelles il serait inscrit à Pôle emploi et au sein de l'association intermédiaire Job Agglo, ces pièces ne suffisent pas à établir une quelconque intégration professionnelle. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifieraient, en l'espèce, l'admission au séjour de M. A. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. En cinquième lieu, M. A n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet ne s'est pas prononcé sur ce fondement. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ne peut, dès lors, qu'être écarté.
16. En dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le requérant ne démontre pas que la situation médicale de son fils serait de nature à entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de retour au Bangladesh. Par ailleurs, alors que son épouse, de même nationalité, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, il n'établit pas que la cellule familiale ne pourrait pas de reconstruire au Bangladesh ni que ses enfants ne pourraient pas y poursuivre leur scolarité. En tout état de cause, la décision portant refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. A de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus d'autorisation provisoire de séjour et refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
20. Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision portant refus de séjour lorsque celle-ci est elle-même motivée et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées. En l'espèce, la décision litigieuse indique qu'elle a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 10 du présent jugement, la décision portant refus de séjour est motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
21. En troisième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas fait de demande de titre de séjour en invoquant son état de santé. Quant à l'état de santé de son enfant, ainsi qu'il a été dit au point 8, le défaut de prise en charge de son état de santé ne devrait pas entrainer de graves conséquences, et peut voyager vers le Bangladesh sans risque.
22. En quatrième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
23. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
24. M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français en 2016, que son épouse et ses enfants sont en France, où ils sont scolarisés, que sa cellule familiale ne peut se reconstruire au Bangladesh où il a fait l'objet de persécutions, que lui et son épouse n'appartiennent pas à la même communauté ni viennent de la même région, et qu'il recherche activement un travail en France. Il résulte toutefois de tout ce précède que la demande d'asile du requérant a été rejetée, qu'il ne justifie pas d'une intégration professionnelle, et qu'il n'y a aucun obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue au Bangladesh, ni à ce que ses enfants y soient scolarisés. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il pouvait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il ne peut se prévaloir d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
25. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
26. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8, 17 et 24 du présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
27. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité des refus d'autorisation provisoire de séjour et de titre de séjour.
28. En second lieu, la décision en litige vise en droit les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et indique en fait que M. A ne démontre pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
29. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas prononcé de décision portant interdiction de retour sur le territoire français concernant M. A. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre une telle décision doivent être regardées comme étant dirigées contre une décision inexistante. Dès lors, de telles conclusions sont irrecevables.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquences les conclusions présentées aux fins d'injonction, et au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2200604 et n° 2200620 présentées par M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Courret, présidente,
M. Bordes, premier conseiller,
M. Panighel, premier conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.
Le rapporteur,
JF. BORDES La présidente,
C. COURRET
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2200604 2200620JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026