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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200638

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200638

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantDMMJB AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mars 2022 et le 29 décembre 2022, M. B A, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Le Crest s'est opposé à la déclaration préalable de travaux en vue de l'installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture d'un bâtiment situé 3 impasse de la belette à Le Crest ;

2°) de condamner la commune de Le Crest à lui verser la somme 5 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de l'arrêté d'opposition à sa déclaration préalable de travaux ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Crest la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a préalablement saisi le préfet de région en vue de contester l'avis négatif émis par l'architecte des Bâtiments de France sur son projet ;

- le mémoire en défense produit par la commune est irrecevable faute d'avoir respecté le délai de production fixé par la juridiction ;

- l'avis de l'architecte des Bâtiments de France est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'avis de l'architecte des Bâtiments de France méconnaît l'article L. 621-30 du code de l'urbanisme dès lors que sa maison d'habitation n'est pas visible depuis un monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci ;

- l'avis est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que d'autres bâtiments situés dans les abords de monuments historiques comportent des toitures photovoltaïques ;

- l'arrêté d'opposition méconnaît le principe d'égalité des citoyens devant la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2022, la commune de Le Crest, représentée par la SELARL DMMJB Avocats, Me Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de l'absence de recours administratif préalable exercé à l'encontre de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France dans les conditions prévues par l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- les observations de M. A et les observations de Me Juilles, représentant la commune de Le Crest.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé une déclaration préalable de travaux à la commune de Le Crest le 1er octobre 2021 en vue de l'installation de panneaux photovoltaïques sur la toiture de son habitation située 3 impasse de la belette à Le Crest. Suite à l'avis négatif émis par l'architecte des Bâtiments de France le 28 octobre 2021, le maire de la commune s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux par arrêté du 19 novembre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la recevabilité du mémoire en défense produit par la commune de Le Crest :

2. Aux termes de l'article R. 611-10 du code de justice administrative : " Sous l'autorité du président de la chambre à laquelle il appartient et avec le concours du greffier de cette chambre, le rapporteur fixe, eu égard aux circonstances de l'affaire, le délai accordé aux parties pour produire leurs mémoires. () ".

3. La circonstance que la commune de Le Crest n'a pas produit son mémoire en défense dans le délai qui lui avait été imparti en application de l'article R. 611-10 du code de justice administrative ne saurait avoir pour effet d'écarter des débats les observations qu'elle a présentées. Par suite, dès lors que ce mémoire a été présenté avant la clôture de l'instruction, le requérant n'est pas fondé à soutenir que celui-ci est irrecevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, si le requérant soutient que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que l'avis comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, () la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () ". Selon l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. () / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci. () ". Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. / Lorsqu'elle porte sur des travaux soumis à formalité au titre du code de l'urbanisme (), l'autorisation prévue au présent article est délivrée dans les conditions et selon les modalités de recours prévues aux articles L. 632-2 et L. 632-2-1 ". Selon l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632 1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, les autorisations d'urbanisme portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de cinq cents mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause.

7. En l'espèce, la maison d'habitation de M. A est située 3 impasse de la belette dans la commune de Le Crest et elle se situe à moins de 500 mètres de l'église Notre Dame de l'Assomption classée au titre des monuments historiques. Il ressort des pièces du dossier que la toiture de la maison d'habitation de M. A est visible, en même temps que le clocher de l'Eglise depuis la voie publique. En conséquence, le projet de M. A est visible, en même temps que l'édifice classé, depuis un lieu normalement accessible au public. Celui-ci n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ou l'arrêté contesté méconnaissent l'article L. 621-30 du code du patrimoine.

8. En troisième lieu, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, dont les termes ont été repris par l'arrêté contesté, indique que le projet d'implantation de panneaux solaires photovoltaïques est de nature à porter atteinte au caractère harmonieux des perspectives de l'église Notre Dame de l'Assomption et qu'il ne s'intègre pas avec les toitures en tuiles romanes rouges du secteur. Pour contester cette appréciation, le requérant soutient que de nombreuses habitations situées dans les abords du monument historique présentent des toitures équipées de panneaux solaires photovoltaïques. Il se prévaut, à l'appui de ses allégations, d'un constat d'huissier établi le 19 décembre 2022. Il ressort toutefois de ce constat d'huissier et des données disponibles sur le site internet " Google Maps ", librement accessibles tant au juge qu'aux parties, que trois habitations identifiées par le requérant sont situées à plus de cinq cent mètres de l'église Notre Dame de l'Assomption, et que, s'agissant de celles qui sont situées à moins de cinq cent mètres de l'église, elles ne sont pas visibles à l'œil nu depuis l'église ou en même temps qu'elle depuis un lieu normalement accessible au public. Dès lors, M. A n'établit pas, par ces allégations, que son projet ne serait pas de nature à porter atteinte au caractère harmonieux des perspectives et s'intègre avec les toitures en tuiles rouges du secteur. La circonstance que le bâtiment dénommé " tour de l'Horloge " soit visible depuis certaines des habitations identifiées par le requérant est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors qu'il n'apparaît pas que ce bâtiment soit classé au titre des monuments historiques, ni que cet édifice ait été pris en compte dans l'appréciation porté par l'architecte des Bâtiments de France sur le projet de M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis de l'architecte des Bâtiments de France est entaché d'erreur d'appréciation doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, si M. A fait valoir que d'autres déclarations préalables n'ont pas fait l'objet d'arrêtés d'opposition dans la même commune alors que les projets en cause comportaient l'installation de panneaux photovoltaïques, il ne ressort pas des pièces du dossier, comme il a été dit au point précédent, que les bâtiments concernés se trouvaient dans la même situation que le sien, le principe d'égalité ne faisant pas obstacle à ce que des situations différentes soient traitées différemment. Il s'ensuit qu'un tel moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il attaque.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme à verser à la commune de Le Crest au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Le Crest au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Le Crest.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

Mme Jaffré, première conseillère,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200638

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