jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, M. C B, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2021 par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, l'a maintenu au répertoire des détenus particulièrement signalés ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise par une autorité incompétente en raison de l'incompétence du signataire et de l'absence de publicité de la délégation de signature à l'égard des détenus ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'irrégularité de la composition de la commission des détenus particulièrement signalés ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle repose sur les dispositions réglementaires de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale qui ont été prises en application de l'article 728 du même code et que cet article a été déclaré contraire à la Constitution par la décision du Conseil constitutionnel n° 2014-393 QPC du 25 avril 2014 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 14 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2023.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2008-689 du 9 juillet 2008 ;
- la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est écroué depuis le 20 juin 2014 et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure entre le 19 mai 2022 et le 21 août 2023. Il est inscrit au répertoire des détenus particulièrement signalés depuis le 18 août 2015. Par une décision du 21 septembre 2021, le garde des Sceaux, ministre de la justice, l'a maintenu au répertoire des détenus particulièrement signalés. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 2 de la loi du 24 novembre 2009 pénitentiaire applicable au litige : " Le service public pénitentiaire participe à l'exécution des décisions pénales. Il contribue à l'insertion ou à la réinsertion des personnes qui lui sont confiées par l'autorité judiciaire, à la prévention de la récidive et à la sécurité publique dans le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et des droits des personnes détenues. Il est organisé de manière à assurer l'individualisation et l'aménagement des peines des personnes condamnées. ". Aux termes de l'article 22 de la même loi : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap et de la personnalité de la personne détenue ". L'article D. 276-1 du code de procédure pénale, dans sa version applicable au litige, prévoit : " en vue de la mise en œuvre des mesures de sécurité adaptées, le ministre de la justice décide de l'inscription et de la radiation des détenus au répertoire des détenus particulièrement signalés dans des conditions déterminées par instruction ministérielle. ". Enfin, la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés, qui a valeur réglementaire, précise que les détenus particulièrement surveillés font l'objet d'une vigilance accrue des personnels pénitentiaires lors des appels, des opérations de fouille et de contrôle des locaux ainsi que dans leurs relations avec l'extérieur notamment et sont affectés en priorité en maison centrale ou quartier maison centrale.
3. En premier lieu, aux termes de l'article 1.1.2.1 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " La décision d'inscription ou de maintien au répertoire des DPS relève de la compétence du ministre de la justice en application de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale. / Le directeur de l'administration pénitentiaire, agissant au nom du ministre, peut déléguer cette compétence au chef du bureau de gestion de la détention et à son adjoint, par arrêté publié au Journal officiel ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise par Mme A D, cheffe du bureau de la prévention des risques au ministère de la justice qui disposait d'une délégation de signature établie par arrêté du 1er septembre 2021, publié au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2021, du directeur de l'administration pénitentiaire en vue de signer, au nom du garde des Sceaux, ministre de la justice, tous actes, arrêtés et décisions relevant de ses attributions. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, eu égard à l'objet d'une délégation de signature qui, quoique constituant un acte réglementaire, n'a pas la même portée à l'égard des tiers qu'un acte modifiant le droit destiné à leur être appliqué, la publication de cet arrêté au Journal officiel de la République française, qui permet de lui donner date certaine, a constitué une mesure de publicité suffisante pour la rendre opposable aux tiers, notamment à l'égard des détenus du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure où était incarcéré M. B à la date de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 1.1.2.2 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " La commission DPS se réunit au sein de tout établissement dans lequel sont écrouées des personnes détenues inscrites au répertoire des DPS ou faisant l'objet de demandes d'inscription. / () / Les membres de cette commission sont : / - le chef d'établissement pénitentiaire ou son représentant, qui préside, / - le procureur de la République, ou son représentant, / - le préfet ou son représentant, en cas de nécessité, / - le directeur inter-régional des services pénitentiaires ou son représentant, / - un représentant de chacun des services de police exerçant leurs activités dans le ressort du tribunal, / - le commandant du groupement de gendarmerie départemental ou son représentant, / - le délégué local du renseignement pénitentiaire, / - le juge d'instruction, s'agissant des personnes prévenues, / - le juge de l'application des peines, s'agissant des personnes condamnées, / - le juge de l'application des peines de Paris en charge des condamnés pour affaires de terrorisme ainsi que le parquet de l'exécution des peines de Paris s'agissant des personnes détenues pour des faits de nature terroriste ".
7. Le requérant, qui se contente de soutenir qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission qui s'est tenue le 11 mars 2021 était régulièrement constituée, n'apporte aucun élément de nature à justifier de l'existence d'une irrégularité dans la composition de la commission concernée. Au demeurant, il ressort de la synthèse des avis recueillis lors de la commission du 11 mars 2021 que celle-ci était composée, conformément aux dispositions précitées, du juge d'application des peines, du procureur de la République, du délégué local du renseignement pénitentiaire, du chef d'établissement ou de son représentant, du représentant du directeur interrégional, du représentant du préfet et du commandement de groupement de gendarmerie ou son représentant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission des détenus particulièrement signalés doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction ministérielle du 15 octobre 2012 prise pour la mise en œuvre des dispositions citées au point 2 du présent jugement que l'inscription d'un détenu au répertoire des détenus particulièrement signalés a pour seul effet d'appeler l'attention des personnels pénitentiaires, et des autorités amenées à le prendre en charge, sur ce détenu, en intensifiant à son égard les mesures particulières de surveillance, de précaution et de contrôle prévues pour l'ensemble des détenus par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Dans ce cadre, seules peuvent être apportées aux droits des détenus les restrictions résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes, dans les conditions rappelées par les articles 22 et suivants de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.
9. Le pouvoir réglementaire est compétent pour édicter le régime applicable aux détenus particulièrement signalés, qui, ainsi qu'il a été dit au point précédent, a pour seul effet de prescrire aux personnels et autorités pénitentiaires de faire preuve d'une vigilance particulière s'agissant de certains individus. Les limites éventuellement portées aux droits des détenus par le régime ainsi défini ne peuvent cependant légalement intervenir que dans le respect des conditions définies par le législateur. Il s'ensuit que le pouvoir réglementaire était compétent pour édicter les dispositions de l'article D. 276-1 du code de procédure pénale sur le fondement desquelles la décision contestée a été prise. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'article D. 276-1 du code de procédure pénale était dépourvu de base légale du fait de la décision n° 2014-393 QPC du 25 avril 2014 du Conseil constitutionnel qui a déclaré contraires à la Constitution les dispositions de l'article 728 du code de procédure pénale dans leur rédaction antérieure à la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 1.1.1 de la circulaire du 15 octobre 2012 relative à l'instruction ministérielle relative au répertoire des détenus particulièrement signalés : " Les critères d'inscription au répertoire des détenus particulièrement signalés sont liés au risque d'évasion et à l'intensité de l'atteinte à l'ordre public que celle-ci pourrait engendrer (). / Les personnes détenues susceptibles d'être inscrites au répertoire des DPS sont celles : / 1) appartenant à la criminalité organisée locale, régionale, nationale ou internationale () ; / 3) susceptibles de mobiliser les moyens logistiques extérieurs d'organisations criminelles nationales, internationales ou des mouvances terroristes ; / 4) dont l'évasion pourrait avoir un impact important sur l'ordre public en raison de leur personnalité et / ou des faits pour lesquels elles sont écrouées ; / 5) susceptibles d'actes de grandes violences () ".
11. Il ressort des termes de la décision contestée que l'inscription du requérant au répertoire des détenus particulièrement signalés a notamment été décidée au regard de son appartenance à la criminalité organisée internationale relative au trafic de cocaïne de très grande ampleur, appartenance établie par les condamnations prononcées le 24 mai 2018 par la chambre criminelle de la Cour de cassation et le 7 juin 2018 par la cour d'assises de la Martinique. La décision est également fondée sur la volonté du requérant de communiquer avec l'extérieur hors du contrôle de l'administration pénitentiaire, comme en témoignent les saisies de téléphones portables intervenues depuis 2016, sur les moyens logistiques et financiers importants qu'il est susceptible de mobiliser dans la perspective d'une tentative d'évasion et sur les risques de troubles graves à l'ordre public qui résulterait de son évasion. Il n'est pas contesté que ces faits sont de nature à justifier l'inscription et le maintien d'un détenu au répertoire des détenus particulièrement signalés et, contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que certains de ces faits soient anciens n'est pas de nature à entacher d'erreur manifeste d'appréciation la décision par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, l'a maintenu au répertoire des détenus particulièrement signalés. Il s'ensuit que le moyen selon lequel la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2021 par laquelle le garde des Sceaux, ministre de la justice, l'a maintenu au répertoire des détenus particulièrement signalés. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200656
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026