jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | FAURE-CROMARIAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Faure-Cromarias, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 novembre 2021 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le bénéfice du regroupement familial au profit de ses trois enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, à titre principal, de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de ses trois filles dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du préfet du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles ;
4°) de mettre à la charge du préfet du Puy-de-Dôme la somme de 2 500 euros à verser à son conseil, ce dernier renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet du Puy-de-Dôme ne fait aucune référence aux textes législatifs applicables en matière de regroupement familial et se contente de citer l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne fait aucune référence à sa situation personnelle et familiale, ni celle de ses enfants et de son mari ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas utilisé son pouvoir discrétionnaire et n'a pas examiné sa situation au regard de l'intérêt de ses enfants ;
-le préfet du Puy-de-Dôme s'est cru en situation de compétence liée ;
- la décision porte une atteinte au droit de la famille de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale en France en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bentéjac a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante russe, est entrée sur le territoire français accompagné de son époux et de ses trois filles mineures au cours de l'année 2007. Un quatrième enfant est né sur le territoire français le 30 janvier 2008. Le 8 juillet 2021, Mme B s'est vue délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " valable jusqu'au 7 juillet 2023. Au cours de l'année 2021, son mari a fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qui a été exécutée, assortie d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Le 4 novembre 2021, Mme B a déposé une demande de regroupement familial " sur place " au profit de ses trois filles. Par une décision du 29 novembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". Aux termes de l'article L. 434-2 de ce code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article R. 434-6 dudit code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2. ".
3. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
4. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, en cas de présence sur le territoire français de membres de la famille bénéficiaire de la demande. Il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme B au bénéfice de ses filles, le préfet du Puy-de-Dôme s'est exclusivement fondé sur la circonstance que ces dernières ne pouvaient en bénéficier dès lors que leur père n'était pas également bénéficiaire du regroupement familial. Mme B soutient, sans être contredite en défense dès lors que le préfet n'a pas produit, que son époux a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour au début de l'année 2021 édictée par le préfet du Puy-de-Dôme qui a été exécutée. Elle fait également valoir que la décision la prive de la possibilité de percevoir des prestations familiales à raison des trois enfants et qu'elle se trouve dans une situation précaire. Il appartenait ainsi au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'était pas en situation de compétence liée, de procéder à un examen d'ensemble de la situation de la requérante et de ses enfants, au regard notamment de son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ainsi, en se bornant à opposer un refus à la demande présentée par la requérante au motif que l'époux de celle-ci ne bénéficie pas également du regroupement familial, le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée et a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Puy-de-Dôme a entaché sa décision d'une erreur de droit doit être accueilli.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé le regroupement familial " sur place " au bénéfice de ses trois filles.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique seulement que le préfet du Puy-de-Dôme réexamine la demande de Mme B. Il y a lieu, par suite, de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Faure-Cromarias sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Puy-de-Dôme du 29 novembre 2021 portant rejet de la demande de regroupement familial présentée par Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Faure-Cromarias en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
C. BENTÉJAC
L'assesseure la plus ancienne,
M. JAFFRÉ
Le greffier,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200700AA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026