vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200724 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | MEUNIER LUC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mars 2022, Mme C B épouse A, représentée par Me Meunier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand l'a suspendue de ses fonctions à compter de la notification de la présence décision et jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la covid-19 ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à lui verser la somme de 1 599,15 euros au titre de rappels de salaire sur la période de suspension allant du 4 novembre au 25 novembre 2021 ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de dommages intérêts ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien pour régulariser sa situation, en méconnaissance de l'article 1.2 de la loi du 5 août 2021 ;
- la décision méconnaît l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ; elle n'avait pas à produire de justificatifs de vaccination dès lors qu'elle était en arrêt de travail ; elle ne pouvait être suspendue dès lors qu'elle se trouvait en congé maladie depuis son accident de service du 6 août 2021 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle se trouvait en arrêt de travail et qu'ainsi, elle ne pouvait pas être vecteur de la covid 19 ;
- en raison de l'illégalité de cette décision, elle n'a pas perçu de traitement complète pour le mois de novembre 2021 ;
- cette décision de suspension arbitraire est manifestement liée à son mandat ;
- elle consiste en une sanction et constitue une rupture manifeste d'égalité de traitement entre agents, si bien qu'elle est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier à lui verser 3 000 euros de dommages et intérêts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le décret n° 2021-1645 du 13 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Employée en qualité d'assistante médico-administrative au sein du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, Mme B épouse A conteste la décision du 4 novembre 2021 par laquelle le directeur de cet établissement a prononcé sa suspension de fonctions au motif qu'elle ne justifiait pas de sa vaccination contre la covid-19 ou d'une contre-indication à cette vaccination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, la circonstance alléguée que Mme B épouse A n'a pas été convoquée trois jours après sa suspension en vue de régulariser sa situation est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige qui s'apprécie au jour de son édiction. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au présent litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". Aux termes de l'article 14 de la même loi : " I. () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. () / () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public. () ".
4. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité à droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. () ".
5. Il résulte des dispositions citées aux points précédents que si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
6. D'une part, eu égard aux principes rappelés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'avait pas à produire de justificatifs de vaccination dès lors qu'elle était placée en arrêt maladie.
7. D'autre part, et toutefois, il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle a pris effet à la date de sa notification, soit le 6 novembre 2021, et a pris fin le 25 novembre 2021, date à laquelle la requérante a apporté les justificatifs exigés par les articles 13 et 14 de la loi du 5 août 2021 précitée. Cependant, il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse A a été placée en arrêt de travail pour cause de maladie entre le 6 août 2021 et le 27 août 2021 et que cet arrêt de travail a été prolongé une première fois jusqu'au 27 septembre 2021, puis une seconde fois jusqu'au 25 octobre 2021, une troisième fois jusqu'au 22 novembre 2021, et une dernière fois jusqu'au 24 décembre 2021. Contrairement à ce que soutient l'administration en défense, si le médecin agréé a, le 27 septembre 2021, considéré que l'arrêt de travail de la requérante était justifié au titre de la maladie, il n'a pas indiqué de date de fin de la justification de cet arrêt maladie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué que Mme B épouse A n'avait pas transmis à l'administration ses arrêts maladie. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision du 4 novembre 2021 est entachée d'illégalité. Toutefois, eu égard aux principes rappelés au point précédent, la requérante n'est fondée à demander l'annulation de la décision en litige, qu'en tant qu'elle la suspend de ses fonctions sans traitement à compter de cette date.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. D'une part, Mme B épouse A soutient que du fait de l'illégalité de la décision en litige, elle n'a pas perçu son salaire de manière complète pour le mois de novembre 2021. Il résulte de l'annulation qui a été prononcée au point précédent que la requérante est fondée à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à lui verser la rémunération qui lui était due pour la période de sa suspension, soit du 6 novembre 2021 au 25 novembre 2021. Il convient, pour déterminer le montant des rémunérations nettes dont aurait dû bénéficier la requérante, de renvoyer cette dernière devant l'administration, afin qu'il soit procédé à la liquidation de la somme due.
9. D'autre part, si la requérante demande au tribunal de condamner le CHU de Clermont-Ferrand à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices subis du fait des fautes qu'auraient commises le CHU de Clermont-Ferrand en prenant une mesure arbitraire liée à son mandat syndical, qui constituerait par ailleurs une sanction et qui révèlerait une rupture d'égalité entre agents, elle ne précise toutefois pas la nature des préjudices dont elle entend ainsi demander la réparation et ne permet pas au juge d'exercer son office. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
10. D'une part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, la somme de 1 200 euros à verser à Mme B épouse A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. D'autre part, la présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 novembre 2021, en tant qu'elle suspend sans traitement Mme B épouse A de ses fonctions à compter du 6 novembre 2021, est annulée.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand est condamné à verser à Mme B épouse A le traitement dû pour la période allant du 6 novembre au 25 novembre 2021.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand versera à Mme B épouse A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA
L'assesseur le plus ancien,
dans l'ordre du tableau,
G. JURIE
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026