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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200792

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200792

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200792
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle le directeur de la maison centrale de Moulins-Yzeure a ordonné son placement à l'isolement ;

2°) d'enjoindre au directeur de la maison centrale de Moulins-Yzeure d'ordonner la levée de son placement à l'isolement dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise en violation des droits de la défense ;

- les faits retenus sont matériellement inexacts ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure depuis le 19 décembre 2019. Par une décision du 17 février 2022, le directeur de la maison centrale de Moulins-Yzeure a ordonné son placement à l'isolement afin de préserver son intégrité physique et assurer la sécurité des personnels et de l'établissement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale : " Lorsqu'une décision d'isolement d'office initial ou de prolongation est envisagée, la personne détenue est informée, par écrit, des motifs invoqués par l'administration, du déroulement de la procédure et du délai dont elle dispose pour préparer ses observations. Le délai dont elle dispose ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat, si elle en fait la demande. Le chef d'établissement peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue et à son avocat les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé, le 14 février 2022 à 14h40, qu'il était envisagé de le placer à l'isolement ainsi que du délai dont il disposait pour préparer ses observations. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a indiqué, à cette occasion, qu'il ne souhaitait pas se faire assister ou représenter par un avocat mais qu'il souhaitait présenter des observations orales. Il ressort en outre des pièces du dossier que les éléments de la procédure lui ont été remis le 15 février 2022 à 11h20 et qu'à ces mêmes date et heure, M. B a été informé que ses observations seraient recueillies lors de l'audience prévue. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B a présenté des observations lors de l'audience à l'issue de laquelle la décision en litige a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ainsi que celui tiré de la violation des droits de la défense doivent être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-62 du code de procédure pénale : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire () ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ".

5. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de mise à l'isolement, le juge administratif ne peut censurer l'appréciation portée par l'administration pénitentiaire quant à la nécessité d'une telle mesure qu'en cas d'erreur manifeste.

6. Pour prendre la décision en litige, le directeur de la maison centrale de Moulins-Yzeure s'est fondé sur le fait que, le 13 février 2022, M. B avait fait l'objet de violences ayant entraîné des blessures de la part d'un de ses codétenus, sur des risques de représailles, sur le fait que le comportement de l'intéressé à l'égard de ses codétenus avait entraîné de nombreuses mesures de séparation et rendait compliqué voire impossible son maintien en détention ordinaire et sur le fait que ce placement apparaissait comme l'unique moyen de préserver son intégrité physique et d'assurer la sécurité des personnels et de l'établissement.

7. D'une part, M. B ne conteste pas sérieusement les faits de violence infligés par un codétenu ainsi que les risques de représailles dont il est susceptible de faire l'objet et ne conteste pas le motif tiré de son comportement en détention, qui a également servi de fondement à la décision en litige et sur lequel le garde des sceaux a apporté des précisions dans son mémoire en défense. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits retenus pour le placer à l'isolement doit être écarté.

8. D'autre part, en se bornant à critiquer son placement à l'isolement au motif qu'il a été victime de violences de la part d'un codétenu alors que ce placement est également justifié, comme il a été dit au point 6, par son comportement en détention et par le fait qu'il constitue l'unique moyen de préserver son intégrité physique et d'assurer la sécurité des personnels et de l'établissement, M. B ne démontre pas que le directeur de la maison centrale de Moulins-Yzeure aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la mesure en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 février 2022 prise à son encontre et portant placement à l'isolement. Par voie de conséquence du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, doivent également être rejetées les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens que présente le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220079

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