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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200794

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200794

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, Mme A B, représentée par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours suivant la notification du jugement, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme, en application des dispositions de l'article L. 911-2 code de justice administrative, de réexaminer sa situation, dans le délai de 30 jours suivant la notification du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

Elle soutient que :

- sa requête est recevable.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors que, d'une part, elle a résidé à Mayotte depuis l'âge de trois ans soit depuis l'année 2002 et non depuis l'année 2015 comme l'affirme le préfet ; d'autre part, elle ne dispose plus d'aucune attache familiale aux Comores et enfin, elle justifie de moyens d'existence suffisants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° et du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle peut prétendre à un titre de séjour de plein droit en vertu des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision contestée est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

Par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2022, Mme B déclare se désister de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Elle soutient qu'en ce qui concerne le refus de titre de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire pour déroger aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle remplissait les conditions de l'article L. 423-21 du même code.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2022.

Par une ordonnance du 8 décembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 23 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- et les observations de Me Gauché, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante comorienne née le 31 mai 1998 et titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable à Mayotte jusqu'au 14 janvier 2020 est entrée sur le territoire métropolitain le 5 août 2019. Elle a, par la suite, bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 15 janvier 2020 au 14 janvier 2022. Le 28 décembre 2021 elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par une décision du 12 janvier 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2022, Mme B déclare se désister purement et simplement de ses conclusions aux fins d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également état des circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde en indiquant que Mme B justifie d'une inscription pour la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle, qu'elle ne justifie pas de moyens d'existence suffisants et en précisant sa situation familiale tant en France que dans son pays d'origine. Le préfet du Puy-de-Dôme fait également mention dans la décision attaquée qu'aucune circonstance particulière ne justifie qu'il fasse usage de son pouvoir discrétionnaire pour déroger aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'un acte administratif ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le préfet du Puy-de-Dôme a mis la requérante en mesure d'en discuter utilement le bien-fondé et a ainsi respecté les exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation qui s'en suivrait doit également être écarté.

4. En deuxième lieu, selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

5. Mme B fait valoir qu'elle a vécu à Mayotte de l'âge de trois jusqu'à son arrivée en métropole le 5 août 2019 et que ses parents et frères et sœurs dont certains sont de nationalité française résident en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée Mme B était présente sur le territoire français métropolitain depuis moins de trois ans et que seul un de ses frères résidait sur le territoire métropolitain, ses parents, un frère et une sœur demeurant quant à eux à Mayotte. Par ailleurs, si Mme B est mère d'un enfant né le 25 décembre 2019 à Clermont-Ferrand, elle est célibataire et rien ne s'oppose à ce qu'elle reconstitue sa cellule familiale avec lui dans le département de Mayotte où elle pourra au demeurant solliciter un titre de séjour. Par ailleurs, si Mme B était inscrite pour l'année 2021/2022 à des cours pour préparer le certificat d'aptitude professionnelle " Accompagnant éducatif petite enfance " option ATSEM, il ressort des pièces du dossier qu'elle effectue cette formation à distance. Dans ces conditions, la décision en litige, qui n'a pas pour effet de séparer la requérante de son enfant, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et en tout état de cause de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a vécu à compter de l'année 2002 jusqu'au 5 août 2019 dans le département de Mayotte et qu'elle ne possède plus d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, en indiquant que l'intéressée est entrée régulièrement en France en 2015 à Mayotte et qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales aux Comores, le préfet du Puy-de-Dôme a commis des erreurs de fait. Il résulte toutefois de l'instruction et notamment de ce qui a été dit au point précédent qu'il aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur le seul motif tiré de l'absence d'atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie privée et familiale de Mme B.

7. En quatrième lieu, l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

8. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 422-1 du code précité, le préfet du Puy-de-Dôme a entendu se fonder sur deux motifs tirés de ce que d'une part la formation suivie par la requérante n'est pas au nombre de celles permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et d'autre part, qu'elle ne justifie pas de moyens d'existence suffisants. Si Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en lui opposant ce second motif, il résulte toutefois de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en ne lui opposant que le premier motif qu'elle ne conteste pas.

9. En dernier lieu, Mme B ne peut utilement invoquer la circonstance qu'elle remplit les conditions posées à l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour soutenir que le préfet du Puy-de-Dôme aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir discrétionnaire pour déroger aux dispositions de l'article L. 422-1 du même code. En tout état de cause, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ni que c'est à tort que le préfet a refusé, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation de Mme B, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 janvier 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de ce refus de titre de séjour doivent être rejetées, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de Mme B de ses conclusions relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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