vendredi 26 septembre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200833 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 avril 2022, 1er novembre 2022,15 février 2025 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 24 mars 2025 et non communiqué, M. A C, représenté par Me Amela-Pelloquin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de Vichy a refusé l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021 ;
2°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle la commune de Vichy a rejeté sa demande indemnitaire en date du 31 janvier 2022 liée au manquement délibéré de la commune de Vichy à l'obligation de préserver la santé de son agent et pour discrimination et harcèlement en raison de son état de santé ;
3°) à titre principal, d'enjoindre à la commune de Vichy de prendre un arrêté reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021 et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande d'imputabilité au service concernant ce même accident dans un délai d'un mois à compter du jugement ;
4°) de condamner la commune de Vichy à lui verser les sommes de 2 695,60 euros, de 98,52 euros, de 7 000 euros et de 5 000 euros au titre des préjudices subis du fait du manquement de la commune à son obligation de préserver sa santé ainsi qu'en raison de la discrimination et du harcèlement liés à son état de santé dont il a été victime ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Vichy la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021 :
- la commune n'a pas respecté le délai d'instruction de quatre mois fixé par l'article 37-5 du décret n° 87-602 pour se prononcer sur sa demande d'imputabilité au service ;
- elle n'a pas respecté les dispositions de l'article précité en ne le plaçant pas en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire et en le plaçant en temps partiel thérapeutique à compter du 21 juillet 2021 ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été destinataire de la convocation à la séance de la commission de réforme et n'a pas été informé des droits dont il disposait dans le cadre de cette procédure ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'appréciation dès lors que l'accident s'est produit sur son lieu de travail, pendant son temps de travail habituel, qu'il ne présentait aucun antécédent médical ; que le principe de présomption d'imputabilité d'un accident au service est méconnu.
Sur la responsabilité de la commune pour manquement à l'obligation de préserver la santé de l'agent et pour des faits de harcèlement et discrimination en raison de l'état de santé :
- les tâches qui lui ont été confiées à la suite de l'accident survenu le 28 avril 2021 en méconnaissance des prescriptions médicales ont entretenu puis aggravé ses lésions ;
- il a alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises sur ses douleurs physiques liées aux tâches confiées ainsi que sur la nécessité d'aménager son poste ;
- bien que consciente de ses douleurs physiques, sa hiérarchie a continué à lui confier des tâches incompatibles avec son état de santé ;
- les tâches de désherbage manuel qui lui ont été confiées et la sanction disciplinaire injustifiée liée à l'exécution de ces tâches constituent des actes de discrimination et de harcèlement en raison de son état de santé.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2022 et 28 janvier 2025 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1, enregistré le 5 mars 2025 et non communiqué, la commune de Vichy, représentée par Me Martins Da Silva, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les demandes de réparation au titre des préjudices subis sont irrecevables en ce qu'elles sont liées à la décision du 27 décembre 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021 alors même que le requérant réclamait la réparation de ces mêmes préjudices sur la base d'un autre fondement juridique dans sa demande indemnitaire préalable du 31 janvier 2022 ;
- aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 28 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 14 février 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Aymard,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- les observations de Me Juilles, représentant la commune de Vichy,
- et les observations de Me Amela-Pelloquin, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, adjoint technique territorial employé par la commune de Vichy, occupe depuis le 1er mars 2019 la fonction d'agent de propreté urbaine. Le 28 avril 2021, M. C a ressenti une violente douleur au bas du dos dans le cadre de ses fonctions et a été raccompagné à son domicile par son supérieur hiérarchique. A la suite de cet évènement, il a été placé en arrêt de travail par son médecin traitant pour une lombalgie aigüe avec sciatalgie L5-S1 hyperalgique et, après plusieurs prolongations, a repris son activité en mi-temps thérapeutique le 21 juillet 2021. Il a déclaré, le 3 mai 2021, avoir été victime d'un accident de service le 28 avril 2021. A la suite d'une expertise médicale et de l'avis rendu par la commission départementale de réforme le 25 novembre 2021, le maire de Vichy a, par un arrêté notifié le 22 février 2022, refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident. M. C a saisi la commune par un courrier du 31 janvier 2022 par lequel il demandait notamment le versement d'une somme d'un montant total de 14 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du manquement de la commune à son obligation de préserver sa santé ainsi qu'en raison de la discrimination et du harcèlement liés à son état de santé dont il se dit victime. Par un courrier du 25 mars 2022, la commune a rejeté la demande indemnitaire préalable de M. C. Par la présente requête, M. C demande, d'une part, l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2021 par lequel le maire de Vichy a refusé l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021 et, d'autre part, de condamner la commune de Vichy à lui verser la somme de 14 794,12 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du comportement de la commune de Vichy depuis la survenu de son accident.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. ".
3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. L'état de santé antérieur du fonctionnaire n'est de nature à constituer une circonstance particulière que s'il est la cause exclusive de l'accident.
4. Il ressort des termes du courrier d'accompagnement de la décision attaquée que le maire de la commune de Vichy a rejeté la demande d'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. C aux motifs que " le lien direct et certain avec l'exercice des fonctions de l'agent " n'est pas établi. La commune a précisé ce motif de refus dans ses écritures contentieuses en s'appuyant sur l'avis du médecin-expert qui se réfère, selon elle, à un état antérieur de l'intéressé.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, le 28 avril 2021 à 7 heures 35, alors qu'il chargeait l'attelage d'une " remorque - Karscher " afin de pouvoir procéder au nettoyage de la voirie dont il avait la charge ce jour-là, M. C a ressenti une violente douleur au dos nécessitant qu'il soit raccompagné à son domicile par son supérieur hiérarchique. D'autre part, à la suite de cet événement, M. C a été placé en arrêt de travail par son médecin traitant dès le 29 avril 2021 pour une lombalgie aigüe avec sciatalgie L5-S1 hyperalgique et n'a repris son activité en mi-temps thérapeutique que le 21 juillet 2021. Il ressort du rapport de l'expertise médicale réalisée le 11 octobre 2021 par le Dr B que l'examen de la tomodensitométrie (TDM) rachidienne réalisée le 7 mai 2021, soit une semaine après l'accident du travail, " retrouve des signes de dégénérescence disco-vertébraux de la charnière en L5-S1 ", notamment caractérisée par une " discopathie sévère avec pincement discal sévère et dégénérescence gazeuse de l'espace discal, signant des lésions très anciennes ". L'expert mentionne qu'au vu de ces éléments " et en prenant en considération l'activité de M. C, avec gestes répétitifs impliquant l'antéflexion du tronc au moment du ramassage, il est probable que cette relance douloureuse, qui n'est pas la première, soit due à ce type de gestuelles ", tout en ajoutant que, " cependant, les séquelles actuelles (douleurs mécaniques) sont dues à une dégénérescence disco-vertébrale progressive de la charnière lombo-sacrée " et que " les frais et traitements liés à cette pathologie devront être imputés aux gestes générateurs de cette symptomatologie, à savoir l'activité professionnelle ". Si la commune de Vichy se prévaut des mentions précitées pour refuser l'imputabilité au service de l'accident en considérant qu'il résulte de l'état antérieur de M. C, de telles mentions démontrent que l'état antérieur du fonctionnaire n'est pas la cause exclusive de l'accident et n'est dès lors pas de nature à constituer une circonstance particulière détachant l'accident du service. Dans ces conditions, en refusant de reconnaitre imputable au service l'accident qui est survenu le 28 avril 2021, le maire de la commune de Vichy a commis une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que la décision attaquée du 27 décembre 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Vichy de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par M. C le 28 avril 2021 et de procéder à la régularisation de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune en raison d'un manquement à l'obligation de préservation de la santé :
8. Aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII ". Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ". Aux termes de l'article 24 du même décret : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents () ".
9. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 précité du décret du 10 juin 1985, les propositions d'aménagements de poste de travail, qui peuvent consister notamment en une adaptation des horaires, ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.
10. M. C soutient que les lésions dont il souffre, identifiées à la suite de l'accident survenu le 28 avril 2021, ont été entretenues puis aggravées en raison des tâches inadaptées à son état de santé qui lui ont été confiées lors de sa reprise d'activité le 21 juillet 2021 et dans les mois qui ont suivis. Il fait valoir que la commune avait connaissance de son état de santé depuis son premier arrêt de travail en date du 29 avril 2021, qu'il a lui-même multiplié les alertes auprès de sa hiérarchie sur l'inadaptation des tâches qui lui ont été confiées durant les premières semaines de sa reprise et que plusieurs certificats médicaux fixant des restrictions n'ont pas été pris en compte par la commune, y compris après les préconisations émises le 9 août 2021 par le médecin de prévention. Il soutient qu'un tel comportement a entrainé des arrêts de travail réguliers faisant ressortir une aggravation de son état de santé avec l'apparition de plusieurs hernies discales et que, malgré ses demandes réitérées, la commune refuse de l'affecter sur un poste administratif.
11. Il résulte de l'instruction que la commune a tenu compte des restrictions médicales successives résultant des certificats médicaux établis les 6, 26 et 31 juillet 2021 dès qu'elle en a eu connaissance. Elle a ensuite affecté temporairement M. C sur un poste aménagé dès le lendemain de l'avis rendu par le médecin de prévention qui contre-indiquait le port de charge supérieure à 5 kg, les flexions répétées ou prolongées du rachis et les stations debout prolongées. D'abord temporairement affecté à compter du 10 août 2021 au centre de vaccination covid 19, M. C a réintégré le service technique, après consultation d'un ergonome, en étant affecté à compter du 1er novembre 2021 au nettoyage de la voirie au moyen d'un engin auto-tracté dénommé " GLUTTON ". Si le requérant soutient qu'il n'est pas établi par la commune qu'un ergonome diplômé s'est effectivement prononcé sur la compatibilité de cet engin à son état de santé, il ne produit aucun élément permettant de considérer que son état de santé ne lui permettait pas d'utiliser cet outil. Par la suite, après un nouvel arrêt de travail de M. C durant la période du 7 février 2022 au 13 mai 2022 et son courrier du 18 mai 2022, une délégation composée d'agents des services ressources humaines s'est assurée sur site de l'adéquation du poste de l'intéressé avec les prescriptions médicales qui ont ensuite été confirmées par le médecin de prévention le 6 juillet 2022. Enfin, anticipant la fin de son mi-temps thérapeutique prévue le 20 juillet 2022 et après une visite médicale préalable, la commune a décidé d'affecter M. C sur une mission d'ambassadeur propreté les après-midis en complément des missions de nettoyage maintenues en matinée. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la commune de Vichy a manqué à son obligation de préservation de la santé de ses agents lui incombant en ne procédant pas à des aménagements de poste adaptés à son état de santé. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'elle aurait commis un manquement à son obligation de préservation de sa santé de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la discrimination en raison de l'état de santé et le harcèlement moral :
12. Aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7. ". Lorsqu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, le juge doit tenir compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. Il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, et au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
13. En outre, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
14. En premier lieu, M. C soutient, pour caractériser la discrimination et le harcèlement dont il estime avoir été victime, que les tâches de désherbage qui lui ont été confiées lors de sa reprise d'activité le 21 juillet 2021 ne constituent pas ses missions habituelles et ne figurent pas sur sa fiche de poste. Il indique qu'en pratique elles sont imposées au sein de la commune en sanction déguisée à la suite d'un arrêt maladie ou d'un comportement jugé sanctionnable. Il ajoute que de telles tâches n'étaient pas compatibles avec son état de santé, ce dont la commune avait connaissance. En réponse, la commune indique qu'elle a anticipé la mise en place d'un temps partiel thérapeutique et s'est conformée aux seules restrictions médicales dont elle avait connaissance lors de la reprise de M. C le 21 juillet 2021, à savoir le dernier certificat de son médecin traitant prescrivant " un travail léger pour raison médicale du 21 juillet au 17 août 2021 ". Elle ajoute que, malgré la proposition de sa hiérarchie du 22 juillet 2021, M. C n'a pas souhaité consulter à nouveau son médecin traitant. Elle précise également que les restrictions médicales ressortant des certificats établis les 26 et 31 juillet 2021 par les Dr. Bertholon et Vallanchon ont été prises en compte dès leur communication aux services communaux et que de nouvelles missions ont été confiées à M. C à la suite de l'avis du médecin de prévention du 9 août 2021. Par suite, il résulte de l'instruction que les missions confiées à M. C lors de sa reprise d'activité et durant les semaines suivantes étaient conformes aux avis médicaux dont la commune avait connaissance et que l'intéressé a été affecté sur un poste aménagé à partir du 10 août 2021, au lendemain du premier avis émis par le médecin de prévention. Par ailleurs, les allégations du requérant selon lesquelles il a fait l'objet d'une sanction déguisée en étant affecté durant quelques jours sur des tâches de désherbage ne sont assorties d'aucun élément susceptible d'en établir la réalité.
15. En second lieu, M. C soutient que la sanction disciplinaire de deux jours d'exclusion temporaire qui lui a été infligée par décision du 21 décembre 2021 en raison de son comportement durant la période où il était affecté aux missions de désherbage était totalement injustifiée en raison notamment de son incapacité physique à accomplir de telles tâches conformément aux attendus de sa hiérarchie. Il ajoute qu'une telle sanction constitue un agissement humiliant et indique qu'il est de nouveau sous la menace d'une sanction disciplinaire alors même qu'il assure consciencieusement les nouvelles missions qui lui ont été confiées. En défense, la commune fait valoir que la sanction disciplinaire infligée à M. C le 21 décembre 2021 faisait suite au comportement inadapté de ce dernier et à son manque d'investissement dans l'accomplissement des missions confiées. Il résulte de l'instruction que la sanction disciplinaire infligée le 21 décembre 2021 ne saurait, à elle seule, révéler l'existence d'une situation de discrimination liée à l'état de santé ou de harcèlement moral qu'invoque le requérant. Enfin, si le requérant soutient être sous la menace d'une nouvelle sanction disciplinaire alors qu'il assure consciencieusement les nouvelles missions qui lui sont confiées, l'échange de courriels de mars 2025 produit à l'instruction démontre que les rappels à l'ordre n'excèdent pas les limites de l'exercice du pouvoir hiérarchique.
16. Dans ces conditions, M. C ne produit aucun élément de fait susceptible de faire présumer une atteinte au principe d'égalité de traitement des personnes et il résulte au contraire des éléments versés par la commune de Vichy que la gestion de M. C reposait sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Il ne produit pas davantage d'éléments de faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.
17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'indemnisation doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du du 27 décembre 2021 par lequel le maire de la commune Vichy a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 28 avril 2021est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Vichy de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par M. C le 28 avril 2021 et de procéder à la régularisation de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune de Vichy présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Vichy.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Aymard, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2025.
Le rapporteur,
J. AYMARD
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
N. BLANC
La République mande et ordonne au préfet de l'Allier en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026