vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200834 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3 |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 avril 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'agence nationale de l'habitat (ANAH) sur son recours administratif préalable dirigé contre la décision du 30 décembre 2021 portant retrait partiel de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov' " ;
2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser la prime de transition énergétique.
Elle soutient que :
- elle ne peut revenir sur un engagement pris de longue date ;
- les travaux réalisés sont conformes aux devis présentés à l'appui de sa demande de prime de transition énergétique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, l'agence nationale de l'habitat, représentée par la SELAS Seban et associés, Me Aderno, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable faute d'être suffisamment motivée ;
- le 10 janvier 2022, elle a informé la requérante de ce qu'un montant total de 15 767,75 euros lui a été versé ;
- du montant total de la prime, soit 19 047, 98 euros, ont été déduit 2 000 euros dès lors que l'installation d'un poêle à bûches n'a finalement pas été réalisée ;
- s'agissant de la part réservée à l'isolation des murs, le montant a été réévalué dès lors que Mme A avait déjà perçu 5 214 euros de prime au titre du dispositif des " certificats d'économies d'énergie " ;
- il a été soustrait du montant total de la prime la part réservée à l'isolation de la toiture en pente - plafond dès lors qu'en réalité, c'est le sol des combles qui a été isolé et non le plafond ; l'isolation des sols n'est pas éligible à la prime ; au surplus, les combles de Mme A sont des combles perdus, la technique d'isolation utilisée étant une technique utilisée pour les combles perdus ;
- le motif initialement opposé à l'administration est erroné, si bien qu'elle sollicite une substitution de motif.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;
- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- l'arrêté du 24 mai 2013 relatif aux plafonds de ressources applicables à certains bénéficiaires des subventions de l'Agence nationale de l'habitat ;
- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza,
- et les conclusions de M. Debrion, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. En vue de la réalisation de travaux de rénovation de son logement, Mme A a sollicité auprès de l'agence nationale de l'habitat (ANAH) le bénéfice de la prime de transition énergétique dite " MaPrimeRenov' ". Par une décision du 14 septembre 2020, la directrice générale de l'ANAH a fait droit à sa demande, lui accordant une prime d'un montant de 19 047, 98 euros. Par un courrier du 15 novembre 2021, la même autorité l'a informée de ce qu'elle avait l'intention de procéder au retrait de la prime accordée. Par une décision du 30 décembre 2021, la prime de transition énergétique de Mme A a été ramené à la somme de 15 767,75 euros. Mme A a formé un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision, réceptionné le 7 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'ANAH sur son recours.
2. L'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020, dans sa version applicable au litige, prévoit la création d'" une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. Par dérogation, jusqu'au 31 décembre 2022, elle peut être distribuée sans condition de ressources, selon la nature des travaux et dépenses financés ". Cet article précise notamment que " Les caractéristiques et conditions d'octroi de cette prime ne peuvent être moins favorables pour le bénéficiaire que celles régissant le crédit d'impôt prévu à l'article 200 quater du code général des impôts dans sa rédaction résultant de la présente loi. Elles sont définies par décret ". Et aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 14 janvier 2020, dans sa version applicable au litige : " I.-Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur. (.. .) ".
3. Mme A a procédé à l'isolation du sol de ses combles pour un montant toutes taxes comprises de 5 646,36 euros. En l'espèce, la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme A s'est substituée à la décision initiale du 30 décembre 2021. Le motif initialement retenu par l'ANAH, qui l'a conduite à réduire le montant de l'aide à hauteur 15 767,75 euros, repose sur la circonstance que la nature des travaux réalisés ne correspond pas à la nature des travaux décrite sur le devis. Ce motif est réputé avoir été repris par la décision implicite rejetant le recours administratif préalable obligatoire de Mme A. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'alors que le montant facturé par l'entreprise en charge des travaux est identique à celui figurant sur le devis, les travaux, bien que présentés différemment, sont également les mêmes que ceux visés dans le devis initialement présenté à l'administration. Par suite, l'ANAH ne pouvait légalement se fonder sur ce motif pour prendre la décision attaquée.
4. L'ANAH demande toutefois au tribunal de substituer au motif initial le motif tiré de ce que le montant de la prime finalement accordé à la requérante prend en compte d'une part la circonstance que Mme A n'a pas installé de poêle à buches, d'autre part qu'une partie des travaux concerne l'isolation du sol de ses combles, qui sont des travaux non éligibles, et enfin que Mme A avait, pour ses travaux d'isolation de ses murs, déjà perçu une somme de 5 000 euros d'aides au titre des certificats d'économie d'énergie.
5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. En premier lieu, aux termes l'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 de finances pour 2020, dans sa version applicable au litige, prévoit la création d'" une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. Par dérogation, jusqu'au 31 décembre 2022, elle peut être distribuée sans condition de ressources, selon la nature des travaux et dépenses financés ". Cet article précise notamment que " Les caractéristiques et conditions d'octroi de cette prime ne peuvent être moins favorables pour le bénéficiaire que celles régissant le crédit d'impôt prévu à l'article 200 quater du code général des impôts dans sa rédaction résultant de la présente loi. Elles sont définies par décret ". L'article 2 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime à la transition énergétique expose que : " I. - Les dépenses éligibles à la prime de transition énergétique au titre de travaux et prestations figurent à l'annexe 1 du présent décret et peuvent être réalisées dans un immeuble bâti individuel ou collectif () ". L'annexe I à ce décret, dans sa version applicable au litige, prévoit que " Les dépenses suivantes, lorsqu'elles satisfont les critères techniques fixés par l'arrêté mentionné au VIII de l'article 2 du présent décret, sont éligibles à la prime : (); 11. Isolation des rampants de toiture et plafonds de combles ; () ".
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement ainsi que de la facture produite par la requérante que cette dernière a réalisé des travaux d'isolation du sol de ses combles. Toutefois, et alors qu'en tout état de cause, il ressort de cette même facture que la technique d'isolation retenue est une technique utilisée pour des combles perdus et non des combles aménagés, de tels travaux, concernant le sol des combles, ne sauraient entrer dans la catégorie " Isolation des rampants de toiture et plafonds de combles ". Dans ces conditions, l'ANAH est fondée à déduire le montant de 1 280 euros initialement accordé pour ces travaux.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " () II.-La demande de prime peut porter sur une ou plusieurs dépenses éligibles. Chaque dépense éligible à la prime s'entend du montant toutes taxes comprises, après déduction des aides, ristournes, remises, rabais ou contreparties apportées par toute entreprise participant à la réalisation ou à la facturation des travaux, à l'exception de celles apportées au titre des aides mentionnées au IV, dans la limite d'un plafond défini par arrêté. () IV.-Pour des mêmes travaux et dépenses éligibles, le montant total de la prime, des aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie mentionnés aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie, des aides aux actions de maîtrise de la demande en énergie en outre-mer, mentionnées par la délibération de la Commission de régulation de l'énergie du 17 janvier 2019 portant décision relative aux cadres territoriaux de compensation pour les petites actions de maîtrise de la demande en énergie en Corse, Guadeloupe, Guyane, Martinique, à Mayotte et à La Réunion, et des aides mentionnées à l'article L. 313-3 du code de la construction et de l'habitation, ne peut avoir pour conséquence de laisser à la charge du bénéficiaire : -moins de 10 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 1 du I du présent article ; -moins de 25 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 2 du I du présent article ; -moins de 40 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 3 du I du présent article ; -moins de 60 % de la dépense éligible du projet pour les ménages dont les revenus sont définis au 4 du I du présent article. () ".
9. Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " I. - Le plafond de ressources prévu au a de l'article 1er du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 susvisé est égal à celui mentionné à l'annexe II de l'arrêté du 24 mai 2013 relatif aux plafonds de ressources applicables à certains bénéficiaires des subventions de l'Agence nationale de l'habitat () ". Et aux termes de l'article 3 du même arrêté : " () II.-Le bénéficiaire déclare à l'Agence nationale de l'habitat, lors du dépôt de sa demande de prime et de paiement de la prime, l'ensemble des aides dont il bénéficie au titre des dépenses éligibles faisant l'objet de sa demande et en particulier les aides des collectivités territoriales, les aides perçues au titre des certificats d'économie d'énergie, prévus aux articles L. 221-1 et suivants du code de l'énergie () ".
10. Mme A fait partie des ménages dont les ressources sont " modestes ", pour lesquels une prime peut être accordée, correspondant au maximum à 75 % du montant des travaux éligibles. Il ressort des factures produites par l'ANAH que les travaux d'isolation des murs par l'extérieur, réalisés par Mme A, représentent un montant total de 24 819 euros, si bien que la requérante peut prétendre à 18 614, 25 euros d'aides. Toutefois, alors que Mme A a déjà perçu 5 214 euros d'aides au titre des certificats d'économie d'énergie, le montant restant est de 13 400,25 euros. Par suite, l'ANAH est fondée à réduire le montant initialement accordée à la requérante.
11. En dernier lieu, il est constant que Mme A n'a pas réalisé les travaux d'installation d'un poêle à buches, si bien que l'ANAH est fondée à retirer le montant de ces travaux, d'un montant de 2 000 euros, de la somme initialement accordée à la requérante.
12. Dans ces conditions, l'ANAH aurait pris la même décision si elle avait entendu se fonder initialement sur l'ensemble de ces trois motifs, relevant du même pouvoir d'appréciation, qui peuvent dès lors être substitués au motif fondant le refus de subvention dans la mesure où cette substitution n'a pour effet de priver Mme A d'aucune garantie.
13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation entraine, par voie de conséquence, celui des conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Agence nationale de l'habitat.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Brun, conseiller.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA
L'assesseure la plus ancienne,
dans l'ordre du tableau,
M. JAFFRÉ
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026