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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200862

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200862

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMERAL-PORTAL-YERMIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 avril 2022, M. B A, représenté par le cabinet Meral - Portal - Yermia, Me Meral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 par lequel le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cantal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et dans l'attente, de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige méconnait l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 17 novembre 2021 ;

- les pièces d'état civil produites au soutien de sa demande de titre de séjour sont complètes et régulières ; la préfecture n'a effectué aucune diligence auprès du consulat de Guinée pour s'assurer de l'authenticité de ces documents ;

- l'arrêté en litige méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa demande de titre de séjour n'a pas été examinée par le préfet du Cantal ;

- il méconnait les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.

Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français en substituant aux dispositions du 1° de l'article L. 611-1 celles du 3° du même article du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Caraës.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, est entré en France irrégulièrement en 2020 et a été confié à l'aide sociale à l'enfance du conseil départemental du Cantal par une ordonnance de placement provisoire du 6 août 2020. Par un arrêté du 14 septembre 2021, annulé par un jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 17 novembre 2021, qui a enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. A, le préfet du Cantal a obligé M. A à quitter le territoire français. Par un nouvel arrêté du 11 février 2022, et après un nouvel examen de la situation de M. A, le préfet du Cantal a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, si M. A fait valoir que l'arrêté litigieux méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 2101995 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 17 novembre 2021, devenu définitif, il est constant que, par ce jugement, le magistrat désigné n'a statué que sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 14 septembre 2021. Par suite, et eu égard à l'absence d'identité d'objet entre les litiges, M. A ne saurait invoquer l'autorité de la chose jugée à l'encontre du refus de délivrance d'un titre de séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification des actes d'état civil étrangers est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". En vertu de l'article 1er du décret susvisé du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état-civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions citées aux deux points précédents qu'en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger et pour écarter la présomption d'authenticité dont bénéficie un tel acte, l'autorité administrative procède aux vérifications utiles ou y fait procéder auprès de l'autorité étrangère compétente. L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe donc à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En revanche, l'administration française n'est pas tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d'un autre État afin d'établir qu'un acte d'état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d'authenticité, en particulier lorsque l'acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l'administration française sur la forme habituelle du document en question, manifestement falsifié.

5. De plus, la légalisation se bornant à attester de la régularité formelle d'un acte, la force probante de celui-ci peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. Par suite, en cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au soutien de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un jugement supplétif d'acte de naissance du 18 septembre 2019 ainsi que la transcription de ce jugement dans les registres de l'état civil en date du 30 septembre 2019. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'analyse documentaire de la police aux frontières du 2 juillet 2021 produit par le préfet du Cantal, tout d'abord, que le jugement supplétif de naissance tenant lieu d'acte de naissance produit par le requérant est affecté de plusieurs irrégularités à savoir l'absence de sur-légalisation, l'absence de formule exécutoire conforme, l'absence de signature du greffier en chef à cheval sur le timbre fiscal, l'absence d'informations concernant le lien de parenté avec les témoins et l'absence de clarté quant au lieu de naissance. Il ressort ensuite de ce même rapport que la transcription du jugement supplétif est aussi affectée de plusieurs irrégularités à savoir l'absence de sur-légalisation, l'absence de détails sur la filiation, un formalisme non conforme de la date de délivrance et l'absence de lieu de naissance. Pour contester cette appréciation, le requérant se borne à contester l'irrégularité et l'incomplétude de ces documents sans apporter de précisions suffisantes pour apprécier le bien-fondé de ces allégations.

7. Par ailleurs, compte tenu des conclusions du rapport du 2 juillet 2021, dont les constatations ne sont pas sérieusement contestées, les documents présentés par M. A ne sont pas revêtus de garanties d'authenticité suffisantes et les éléments de preuve produits par le préfet du Cantal sont suffisants pour établir leur absence d'authenticité au sens de l'article 47 du code civil sans avoir à solliciter les autorités guinéennes d'une demande de vérification sur le fondement de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de fait.

8. En troisième lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait déposé de demande de titre de séjour sur ce fondement. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

10. Il résulte de ce qui précède que le requérant, qui a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour des documents d'état civil dépourvus de valeur probante, n'est pas en mesure de justifier de son identité. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et de dix-huit ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, ni qu'il méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. A est entré en France en 2020. S'il se prévaut de sa " situation familiale particulière ", le requérant, célibataire et sans enfant, et qui ne démontre pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine, n'apporte aucune précision ni aucun élément permettant de démontrer qu'il a ancré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants à l'encontre du refus de titre de séjour. Au demeurant, ils ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier leur bien-fondé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

15. Le préfet du Cantal ne pouvait se fonder sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français en raison de l'autorité de chose jugée attachée au jugement du 17 novembre 2021 devenu définitif du magistrat désigné du tribunal administratif. Toutefois, il résulte des termes mêmes de l'arrêté contesté que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige trouve son fondement légal dans les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors que cette substitution n'a pour effet de priver M. A d'aucune des garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il en résulte que le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu l'autorité de chose jugée ne peut qu'être écarté.

16. Compte tenu de ce qui a été dit au point 10, et en tout état de cause, M. A n'est pas fondé à faire valoir que l'obligation de quitter le territoire français a méconnu l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. A supposer que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soient dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, de tels moyens sont inopérants à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et, en tout état de cause, ils ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier leur bien-fondé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation entraine, par voie de conséquence, le rejet des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Cantal.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La présidente,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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