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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200893

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200893

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 3
Avocat requérantBREDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 avril 2022, le tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. A B.

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Bredon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande tendant à l'immatriculation de son van à chevaux ;

2°) d'enjoindre à l'État, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer la carte d'immatriculation de ce véhicule ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'un certificat d'immatriculation aurait dû lui être remis lorsqu'il a transmis les documents nécessaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2022, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brun,

- et les conclusions M. Debrion, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 décembre 2019, M. A B a acquis un van à chevaux en provenance des Pays-Bas. Il a présenté, pour ce véhicule, une demande d'immatriculation auprès de l'Agence nationale des titres sécurisés. Par une décision du 15 avril 2021, le service instructeur du ministère de l'intérieur n'a pas donné suite à cette demande. Par un courrier reçu le 14 juin 2021, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. En l'absence de réponse à ce recours, une décision implicite de rejet est née le 14 août 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Dans ces conditions, la requête formée par M. B doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision du 15 avril 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de faire droit à sa demande d'immatriculation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du document " mes messages " que le service instructeur, par courriels des 4 mars 2021 et 8 avril 2021, avait demandé à M. B de fournir soit le verso de la carte Deel 1 de la carte grise étrangère, soit, si la remorque avait été homologuée en France, une attestation d'identification fournie par le constructeur ou, à défaut de présenter une demande de réception à titre isolé (RTI) auprès de la direction Régionale, de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de son domicile. La décision attaquée du 15 avril 2021 mentionne que la demande est rejetée au motif que l'intéressé n'a pas fourni le document demandé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas eu connaissance du motif de rejet de sa demande. La circonstance que la décision implicite de rejet du recours gracieux ne soit pas motivée est sans incidence sur la légalité de la décision du 15 avril 2021. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut être qu'écarté.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 321-6 du code de la route : " La réception communautaire, dite réception CE, est destinée à constater qu'un véhicule ou un type de véhicule, de système ou d'équipement satisfait aux prescriptions techniques exigées pour sa mise en circulation. / Les règles techniques élaborées en application des actes réglementaires communautaires relatifs à la réception des véhicules, des systèmes ou des équipements sont fixées par arrêté du ministre chargé des transports. / Pour l'application de la présente section, les termes ci-après ont le sens qui leur est donné dans le présent article : / - " réception CE par type " : l'acte par lequel un Etat membre de la CE certifie qu'un type de véhicule, de système, de composant ou d'entité technique satisfait aux dispositions administratives et aux exigences techniques communautaires ; () ". Aux termes de l'article R. 321-9 du même code : " Lorsque le ministre chargé des transports constate que le type de véhicule, de système ou d'équipement satisfait aux exigences requises par la législation communautaire, il délivre une fiche de réception CE. / () / Le constructeur donne à chacun des véhicules conformes à un type ayant fait l'objet d'une réception CE un numéro d'identification. Il remet à l'acheteur du véhicule un certificat de conformité attestant que le véhicule livré est entièrement conforme au type réceptionné. () " Aux termes de l'article R. 322-1 de ce code : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur autre qu'un cyclomobile léger, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. Le propriétaire doit également pouvoir justifier, à la demande du ministre de l'intérieur : / () / 4° Sauf pour les véhicules définis au 6.3 de l'article R. 311-1, soit de la conformité de son véhicule à un type CE réceptionné ou à un type national réceptionné, soit que son véhicule a fait l'objet d'une réception à titre isolé ou d'une réception individuelle au sens des articles R. 321-6 et R. 321-15. (). "

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur. / Les pièces suivantes, détaillées en annexe 1 du présent arrêté, doivent pouvoir être mises à disposition pour l'instruction d'une demande d'immatriculation. / () / 1. E.-Véhicules précédemment immatriculés hors du territoire métropolitain (hors cas particuliers visés à l'article 12) / () / 1. E. 2. Justificatifs techniques de conformité / a) Pour les véhicules conformes à un type communautaire : / Un certificat de conformité à un type CE ou une attestation d'identification à un type communautaire si le certificat d'immatriculation CE n'est pas fourni, ne correspond pas au véhicule importé, ne permet pas de l'identifier, ou ne comporte pas toutes les données obligatoires, au sens de la directive 1999/37/ CE du Conseil du 29 avril 1999 relative aux documents d'immatriculation des véhicules. / Lorsque le certificat de conformité à un type CE est conforme à la directive 74/150/ CE, il est complété par les indications complémentaires au certificat de conformité 74/150/ CE. / Si le certificat de conformité à un type CE ou l'attestation d'identification à un type communautaire ne permettent pas d'immatriculer le véhicule, un procès-verbal de RTI est fourni. ". Selon l'annexe XII de cet arrêté portant sur l'attestation d'identification pour les véhicules importés d'un poids total autorisé en charge inférieur ou égal à 3,5 tonnes et véhicules agricoles ou forestiers conformes à un type national : " () les données nécessaires à l'immatriculation en France sont les suivantes : / () (K) Numéro de la réception par type () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fourni à l'appui de sa demande des justificatifs d'immatriculation non traduits ainsi qu'un certificat de conformité délivré par la société Westfalia qui a construit son véhicule. Toutefois, ces documents ne mentionnent pas, comme le prévoit l'annexe XII de l'arrêté du 9 février 2009 précité, le numéro de réception communautaire par type qui atteste de la conformité de l'homologation du véhicule aux exigences européennes avant sa mise sur le marché. Dès lors, en l'absence de mention de ce numéro ou, à défaut, d'un procès-verbal de réception à titre isolé, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur de droit en refusant d'immatriculer le véhicule de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. C, président,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Brun, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le rapporteur,

J. Brun

Le président,

M. C

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200893

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