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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200897

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200897

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAD'VOCARE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 avril 2022 et 9 septembre 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Bourg, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision lui refusant la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, révélée par la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 4 novembre 2021 portant délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler la décision du 15 avril 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de voyage ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et un titre de voyage sur le fondement de l'article L. 561-9 dudit code, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de Me Bourg, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision du 4 novembre 2021 portant refus de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans :

- elle est entachée d'un vice de forme en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne comporte pas la signature, l'identité et la qualité de son auteur ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande dès lors qu'il a présenté son récépissé constatant sa qualité de réfugié aux services préfectoraux ;

- elle sont entachées d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son dossier était complet et comprenait son récépissé constatant sa qualité de réfugié ; la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une durée d'un an étant réservée aux bénéficiaires de la protection subsidiaire ;

- elles méconnaissent les règles constitutionnelles et législatives du droit d'asile et l'autorité absolue de la chose jugée de la Cour nationale du droit d'asile ;

Sur la décision du 15 avril 2022 portant refus de délivrance d'un titre de voyage :

- elle est entachée d'un vice de forme en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne comporte pas la signature, l'identité et la qualité de son auteur ;

- elle est entachée d'un vice de forme en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 212-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ou dans la qualification juridique des faits en méconnaissance de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de raison impérieuse de sécurité nationale ou d'ordre public s'opposant à la délivrance du titre de voyage ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité préfectorale n'invoque aucun élément de nature à établir que son comportement est constitutif d'une menace à la sécurité nationale ou à l'ordre public.

L'ensemble de la requête a été communiqué au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces, enregistrées le 30 août 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bentéjac a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant kosovare, indique être entré sur le territoire français en avril 2016. Il a sollicité le bénéfice de la qualité de réfugié qui lui a été accordée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 janvier 2019. Le 13 décembre 2019, M. B a sollicité la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'un titre de voyage auprès des services de la préfecture du Puy-de-Dôme. Par une décision du 4 novembre 2021, le préfet du Puy-de-Dôme a délivré à M. B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an valable jusqu'au 3 novembre 2022. Par une décision du 15 avril 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de voyage. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, révélée par la décision du préfet du Puy-de-Dôme du 4 novembre 2021 portant délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, et celle lui refusant la délivrance d'un titre de voyage.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 4 novembre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui a été reconnu réfugié, bénéficie de plein droit d'une carte de résident.

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 16 janvier 2019, la Cour nationale du droit d'asile a reconnu la qualité de réfugié à M. B. Il n'apparaît pas que le dossier de demande de M. B aurait été incomplet, un récépissé de demande lui ayant été délivré. Dès lors, conformément aux dispositions précitées et, en l'absence de toute défense du préfet, ce dernier était tenu de délivrer à M. B la carte de résident prévue par les dispositions précitées de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision du 4 novembre 2021 en tant qu'elle lui refuse la délivrance de la carte de résident de dix ans prévue à l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entachée d'une erreur de droit.

4. Par suite, cette décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

En ce qui concerne la décision du 15 avril 2022 portant refus de délivrance d'un titre de voyage :

5. Aux termes de l'article L. 561-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application de l'article L. 511-1 et qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre de voyage pour réfugié " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux vis-à-vis desquels ses craintes de persécution ont été reconnues comme fondées en application du même article L. 511-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courriel de l'administration, que le préfet du Puy-de-Dôme a refusé à M. B la délivrance d'un titre de voyage " au regard de l'ordre public " dont l'intéressé fait l'objet. Une telle indication qui ne permet pas de comprendre les motifs qui s'opposent à la délivrance du titre de voyage sollicité par M. B et alors que le préfet ne fait valoir aucune justification s'opposant à cette communication est, par suite, insuffisamment motivée.

7. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cette décision doit également être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique d'une part, qu'il soit enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. B une carte de résident d'une durée de dix ans, d'autre part, qu'il soit enjoint au préfet de réexaminer la demande de délivrance d'un titre de voyage dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 novembre 2021 portant refus implicite de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans et la décision du 15 avril 2022 portant refus de délivrance d'un titre de voyage sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de délivrer à M. B une carte de résident d'une durée de dix ans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de réexaminer la demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de voyage pour réfugié dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera au conseil de M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Bordes, premier conseiller,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La présidente,

C. BENTÉJAC

L'assesseur le plus ancien,

JF. BORDES

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200897

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