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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200923

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200923

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Faure-Cromarias, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Puy-de-Dôme de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, le tout dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2500 euros au titre des frais irrépétibles, ainsi que la somme de 2500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée au regard de l'usage de phrases vagues et générales ; l'autorité préfectorale ne précise pas les raisons exactes pour lesquelles elle ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée de vices de procédure en l'absence d'avis régulier du collège de médecins de l'OFII et d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour ; l'autorité préfectorale ne démontre pas l'existence de l'avis ni sa régularité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son état de santé nécessite un traitement indispensable dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est crue en situation de compétence liée ; elle s'est fondée uniquement sur l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que l'ensemble des membres de sa famille ont fui la Macédoine ; elle s'est intégrée sur le territoire français où elle intervient au sein d'une association en qualité de bénévole ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut pas bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que la mesure d'éloignement a pour conséquence de séparer les membres de la famille ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'atteinte grave au droit de l'ensemble des membres de la famille de mener une vie privée et familiale normale ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle a pour effet la séparation avec le reste de sa famille ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques de traitement inhumain et dégradant qu'elle encourt en cas de retour en Macédoine et dès lors qu'elle ne peut pas bénéficier des soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine.

La procédure a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces le 16 mai 2022.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.

Par une ordonnance du 19 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jaffré a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante macédonienne, est entrée irrégulièrement le 20 janvier 2017 sur le territoire français. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 février 2018 confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 10 octobre 2018. Le 1er décembre 2020, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raison de santé. Par une décision du 2 février 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a statué, le 31 mai 2022, sur la légalité des décisions obligeant Mme A à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, il y a lieu, par le présent jugement, de ne statuer que sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision du 2 février 2022 attaquée a été signée par M. Laurent Lenoble, secrétaire général de la préfecture du Puy-de-Dôme, qui bénéficiait par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme en date du 24 septembre 2021, régulièrement publié le 27 septembre suivant au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer un certain nombre d'actes à l'exception desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle le sens de l'avis rendu le 23 août 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et comporte une appréciation de la situation de la requérante. Elle comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. Pour refuser d'accorder à Mme A le titre de séjour sollicité, le préfet du Puy-de-Dôme s'est appuyé, notamment, sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 23 août 2021 qui indique que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

7. D'une part, il ressort des mentions de l'avis du 23 août 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a été produit au cours de la présente instance, que cet avis a été rendu par une instance collégiale de médecins au vu d'un rapport émis par une médecin qui n'a pas siégé à cette instance.

8. D'autre part, Mme A fait valoir que son état de santé nécessite un traitement indispensable dont le défaut aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Au soutien de ses allégations, elle produit un certificat médical attestant de son suivi au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et un certificat médical établi par un médecin généraliste qui indique que " son état de santé nécessite une prise en charge chirurgicale pour des cicatrices de brulures graves du visage ", que Mme A " est suivie par des chirurgiens spécialisés en chirurgie maxillo-faciale au CHU de Clermont-Ferrand " et que " ce type de soin ne pourrait être réalisé en Macédoine ". Ces documents ne suffisent pas à établir que le défaut de traitement de la requérante aurait des conséquences d'une extrême gravité.

9. Enfin, il ne ressort ni de la lecture de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme se serait estimé lié par l'avis du 23 août 2021 et n'aurait pas procédé à une appréciation de la situation de Mme A.

10. Il résulte des trois points précédents que les moyens tirés de l'irrégularité de procédure, de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas fondés.

11. En quatrième lieu, il résulte des termes mêmes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dont se prévaut la requérante que la commission du titre de séjour ne doit être saisie pour avis par l'autorité administrative que lorsque l'étranger auquel elle envisage de refuser de délivrer la carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 425-9 du même code remplit effectivement les conditions de délivrance de ce titre. Par suite et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le refus de séjour en litige ne pouvait légalement intervenir sans consultation préalable de la commission du titre de séjour.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français en 2017 accompagnée de son époux qui se trouve dans la même situation administrative. Si la requérante fait valoir qu'elle n'a plus d'attaches familiales dans son pays d'origine, elle ne l'établit pas, tandis qu'elle ne démontre pas davantage que sa cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à ses conditions de séjour en France et à l'absence de tout élément de nature à établir l'existence d'une vie privée et familiale en France, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

14. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour présentées par Mme A doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et de celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200923

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