jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, M. D B, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 3 janvier 2022 prise par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure lui infligeant une sanction disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'autorité ayant décidé des poursuites était incompétente ;
- l'autorité ayant procédé à l'enquête était incompétente ;
- la commission de discipline était irrégulièrement composée ;
- la sanction a été prise en violation des droits de la défense ;
- les faits reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- la sanction qui lui a été infligée présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, a, par une décision du 3 janvier 2022 prise par la commission de discipline, été sanctionné d'un avertissement pour avoir refusé de répondre aux injonctions d'un surveillant et de se soumettre à une mesure de sécurité. M. B a alors formé, le 14 janvier 2022, auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes, le recours prévu à l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale. Le directeur précité a rejeté ce recours par une décision du 17 février 2022. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision du 17 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux () ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement devant le directeur interrégional des services pénitentiaires constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait toutefois faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme F, lieutenant pénitentiaire exerçant les fonctions de cheffe de détention, bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er octobre 2021 prise par le directeur de l'établissement pénitentiaire moulinois, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Allier le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de décider d'engager des poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues, en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la personne signataire de la décision d'engagement des poursuites disciplinaires manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-14 du code de procédure pénale : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le rédacteur du rapport d'enquête est M. A et que ce dernier a la qualité de premier surveillant. En application des dispositions citées au point précédent, M. A était donc bien compétent pour signer le rapport d'enquête ayant conduit, in fine, à la sanction disciplinaire contestée dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité ayant procédé à l'enquête doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Selon l'article R. 57-7-8 de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ". Aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline qui s'est réunie le 3 janvier 2022 pour examiner les faits reprochés à M. B était composée, en plus de sa présidente, des deux membres assesseurs, conformément à ce que prévoient les dispositions de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale.
9. D'autre part, et, en tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier que Mme E, directrice des services pénitentiaires exerçant les fonctions d'adjointe au chef d'établissement, qui présidait la commission de discipline le 3 janvier 2022, bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er octobre 2021 prise par le directeur de l'établissement pénitentiaire moulinois, et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Allier le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de présider les commissions de discipline, en application de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale.
10. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident a été rédigé par une personne qui n'était pas le premier assesseur siégeant en commission de discipline le 3 janvier 2022.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 10 que le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté dans toutes ses branches.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande () ". Aux termes de l'article R. 57-7-16 du même code : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique. / () III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () ".
13. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B a pris connaissance des faits qui lui étaient reprochés dans la convocation qui lui a été adressée le 28 décembre 2021. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que le requérant a consulté son dossier disciplinaire le 31 décembre 2021 à 13h05. Enfin, aucune disposition du code de procédure pénale ni aucun principe ne prévoient que le détenu peut se voir délivrer une copie de son dossier disciplinaire afin de préparer sa défense devant la commission de discipline, alors et surtout qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant en aurait fait la demande. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 57-6-9 et R. 57-7-16 du code de procédure pénale et de la violation des droits de la défense doivent être écartés.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : 1° L'avertissement ; () ".
15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que les faits à l'origine de la sanction en litige sont tout d'abord un refus de répondre à un surveillant pénitentiaire à l'occasion de sa ronde, faits dont la matérialité a été reconnue par M. B tant lors de la séance de la commission de discipline en date du 3 janvier 2022 que dans sa requête introductive d'instance. Si le requérant soutient que les faits d'obstruction de l'œilleton de sa cellule, qui ont également été retenus pour prendre la sanction en litige, ne sont pas matériellement établis, il se borne à soutenir dans sa requête qu'aucune photographie de l'œilleton soi-disant obstrué n'est jointe au dossier et s'il indique qu'il n'a pas reconnu ces faits lors de la séance de la commission de discipline, il ne ressort pas d'une lecture de la décision prise par cette commission qu'il n'aurait effectivement pas reconnu les faits d'obstruction de l'œilleton. Par suite, l'ensemble des faits ayant donné lieu à l'infliction de la sanction disciplinaire en litige doit être tenu pour établi.
16. D'autre part, le requérant soutient que la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée eu égard à la faible gravité des faits reprochés, aux circonstances dans lesquelles ils sont intervenus et à son comportement général. Toutefois, il n'apparaît pas que l'avertissement prononcé à l'encontre de M. B, compte tenu tant de la nature de la faute commise que de la sanction maximum qu'il encourait à raison de ces faits, à savoir une mise en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours, serait entaché d'une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 février 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure du 3 janvier 2022 lui infligeant un avertissement. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- M. Debrion, premier conseiller,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2200953
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026