jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200958 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 avril 2022, les 14 et 30 juillet 2022 et le 28 juillet 2023, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le laboratoire de physique de Clermont-Ferrand a refusé de lui communiquer les rapports originaux relatifs aux mesures de la radioactivité naturelle du site archéologique de Glozel effectués par le laboratoire de recherche en archéologie et en histoire de l'art de l'université d'Oxford permettant d'affiner les datations par thermoluminescence des pièces archéologiques en terre cuite découvertes à Glozel, ensemble la décision du 6 avril 2022, par laquelle le président de l'Université Clermont Auvergne a confirmé son refus.
Il soutient que :
- ces documents existent et sont achevés car ayant fait l'objet d'un résumé en 1994 impliquant le laboratoire de physique de Clermont-Ferrand et l'Université de Clermont-Ferrand, et publié en 1995 ; le laboratoire de physique de Clermont-Ferrand a eu en mains l'ensemble complet des rapports ;
- ces documents entrent dans le cadre d'une mission de service public dès lors que l'intervention du laboratoire d'Oxford ne relevait pas d'une initiative personnelle mais s'inscrivait dans le cadre de travaux de recherche engagés par l'État à Glozel ;
- ces documents existent dès lors que le CNRS les conserve en vue d'une publication prochaine ;
- l'édition de ces rapports originaux suffit à lever définitivement la réserve émise par la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) quant à l'éventuel droit de propriété ; le fait que ces documents ont fait l'objet d'une publication suffit à attester qu'ils sont communicables au public ;
- l'ouvrage publié n'est en rien un document administratif ; l'UCA réalise une confusion entre les documents originaux et l'édition de l'ouvrage ; cet ouvrage, intitulé " Résultats des recherches effectuées entre 1983 et 1990 à la demande du ministère de la Culture ", démontre que les travaux du laboratoire d'Oxford relèvent pleinement des recherches entreprises pas l'État à Glozel ;
- les démarches entreprises pour obtenir la communication des documents concernés relèvent de l'objet de sa recherche.
Par des mémoires en défense enregistrés le 17 juin 2022, le 26 juillet 2022 et le 17 juillet 2023, l'Université Clermont Auvergne conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu dès lors que les documents demandés ont fait l'objet d'une publication ou au rejet des conclusions de la requête.
Elle fait valoir que :
- les travaux effectués par les chercheurs d'Oxford après 1983 et dont la communication est sollicitée par M. B n'ont pas le statut de documents administratifs ;
- l'État n'a jamais eu l'entière maîtrise de l'intégralité des travaux sur le site de Glozel, M. B ne distinguant pas les études effectuées antérieurement à 1983 justifiant le lancement d'une mission de service public et celles postérieures à 1983 étrangères à toute mission initiée par le ministère et réalisées de manière indépendante par les chercheurs d'Oxford, ces dernières étant incluses dans le résumé de 1995 ;
- aucune délégation n'a été formalisée entre l'UCA et le laboratoire d'Oxford dans le cadre des recherches effectuées à Glozel, le laboratoire de physique corpusculaire de Clermont-Ferrand ne s'étant jamais ingéré dans les travaux du laboratoire d'Oxford qui n'ont été ni commandés ni financés par l'État français ; ni le laboratoire de physique corpusculaire ni l'UCA ne disposent d'un droit de propriété sur les rapports des travaux concernés, le laboratoire d'Oxford ayant agi dans le cadre d'une initiative qui lui est propre ;
- la communication des documents sollicités par M. B entrainerait l'engagement de sa responsabilité en méconnaissance des garanties posés par l'article L. 111-1 du code de la propriété intellectuelle dès lors que les études postérieures à 1983 ont été réalisées par les chercheurs du laboratoire d'Oxford, ces derniers disposant de tous les droits sur leurs rapports ;
- les relations scientifiques et amicales qui ont fondé cette coopération n'ont jamais engagé l'administration dont relevaient les chercheurs concernés et leur constatation ne saurait caractériser et prouver l'exercice commun d'une mission de service public ;
- la demande de M. B est devenue sans objet dès lors que les documents dont il demande la communication ont fait l'objet d'une publication.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;
- et les observations de M. A, représentant l'Université Clermont Auvergne, qui s'en remet à ses écritures.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a demandé, le 6 novembre 2021, au laboratoire de physique de Clermont-Ferrand, rattaché à l'Université Clermont Auvergne (UCA) et au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), de lui communiquer les rapports relatifs aux mesures de la radioactivité naturelle du site archéologique de Glozel permettant d'affiner les datations par thermoluminescence des pièces archéologiques en terre cuite découvertes à Glozel réalisés par le laboratoire d'Oxford. En l'absence de réponse à sa demande, M. B a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) le 17 décembre 2021. Par une décision rendue le 10 mars 2022, la CADA a émis un avis favorable à la communication sous une triple réserve, que ces documents existent, qu'ils soient détenus par l'UCA et qu'un droit de propriété n'y fasse pas obstacle. Le 1er avril 2022, M. B a exercé un recours administratif auprès du laboratoire de physique de Clermont-Ferrand. Par une décision du 6 avril 2022, le président de l'UCA a confirmé son refus. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions et décisions. ". Aux termes de l'article L. 311-4 de ce code : " Les documents administratifs sont communiqués ou publiés sous réserve des droits de propriété littéraire et artistique ".
3. M. B demande à l'Université Clermont Auvergne de lui communiquer les rapports originaux relatifs aux mesures de la radioactivité naturelle du site archéologique de Glozel et permettant d'affiner les datations par thermoluminescence des pièces archéologiques en terre cuite découvertes sur ce site, issus des travaux du laboratoire de recherche en archéologie et en histoire de l'art de l'université d'Oxford réalisées de 1983 à 1990. Il ressort des pièces du dossier que si des études dosimétriques et des travaux méthodologiques pour affiner les datations par thermoluminescence des objets céramiques ont été réalisés sous l'égide du ministère de la culture entre 1983 et 1990 et que l'équipe de datation par thermoluminescence du laboratoire de Physique corpusculaire de l'université de Clermont-Ferrand a été chargée de cette mission, mettant en relation plusieurs équipes françaises, danoises et britanniques, il ne ressort en revanche pas des pièces versées au dossier que les mesures effectuées par les chercheurs britanniques auraient été réalisées sous cette même délégation et présenteraient ainsi le caractère de documents administratifs communicables sur le fondement des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. A cet égard, la seule circonstance que le résumé publié en 1995 fasse mention, en annexe, dans le " sommaire provisoire de la publication sur Glozel à paraître " des travaux réalisés par les chercheurs du laboratoire d'Oxford ne saurait démontrer que lesdites études et mesures ont été conduites au cours de la même période et ce, sous l'autorité des administrations françaises.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense, que la demande de M. B ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'Université Clermont Auvergne et au centre national de la recherche scientifique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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