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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201084

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201084

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 mai 2022 et le 4 novembre 2022, M. C B, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2022 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Allier, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en tout état de cause, de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Debrion a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, demande l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2022 par lequel la préfète de l'Allier l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. B n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle. Par suite, la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par l'intéressé ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D A, sous-préfète de Vichy, qui bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté de la préfète de l'Allier en date du 30 mars 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats, conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige vise les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les raisons pour lesquelles la préfète de l'Allier a estimé que M. B pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant avant de l'obliger à quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, d'une part, M. B ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

7. D'autre part, et en revanche, si le requérant peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance du droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et qui se définit comme le droit de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait été empêché de présenter à l'autorité administrative, à l'occasion de son placement en retenue administrative par les services de gendarmerie pour vérification de son droit au séjour, tous éléments pertinents relatifs à sa situation avant l'intervention de la mesure d'éloignement en litige. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée n'a pas été prise en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu.

8. En cinquième lieu, si la préfète de l'Allier ne pouvait, sans commettre d'illégalité, se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger M. B à quitter le territoire français dès lors que le requérant avait bénéficié d'un titre de séjour délivré par le préfet du Cantal pour la période du 26 juin 2019 au 24 mars 2020, elle a toutefois pu se fonder légalement sur le 3° de ce même article dès lors que le requérant avait fait l'objet d'un refus de séjour pris par le préfet du Cantal le 1er juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En sixième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions concernent le droit au séjour d'un ressortissant étranger sur le territoire français et non son éloignement de ce territoire.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. M. B est célibataire et sans enfant. Il ne justifie, par les éléments qu'il produit, ni de l'intensité des liens qu'il aurait noués en France depuis qu'il y réside, ni d'une intégration particulière sur le territoire français. Il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, la préfète de l'Allier n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et donc méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, la décision en litige a été signée par Mme D A, sous-préfète de Vichy, qui bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté de la préfète de l'Allier en date du 30 mars 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats, conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

14. En troisième lieu, la décision en litige vise les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les raisons pour lesquelles la préfète de l'Allier a considéré que M. B ne pouvait pas se voir octroyer un délai de départ volontaire.

15. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire dès lors que ces dispositions, en vigueur à la date de la décision en litige, concernent l'obtention du statut de réfugié.

16. En dernier lieu, par l'argumentation qu'il développe, M. B ne conteste pas sérieusement les motifs retenus par la préfète de l'Allier pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire à savoir le fait qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, le fait qu'il a expressément déclaré s'opposer à son départ du territoire et le fait qu'il ne présente pas de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

18. En deuxième lieu, la décision en litige a été signée par Mme D A, sous-préfète de Vichy, qui bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté de la préfète de l'Allier en date du 30 mars 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats, conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

19. En troisième lieu, la décision en litige vise les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit à défaut de satisfaire à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

20. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision en litige sont relatives à l'obtention de la qualité de réfugié, de sorte que leur méconnaissance n'est pas utilement invocable au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Par l'argumentation qu'il développe, le requérant n'établit pas qu'il encourrait personnellement des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée l'obligation de quitter le territoire français.

24. En deuxième lieu, la décision en litige a été signée par Mme D A, sous-préfète de Vichy, qui bénéficiait d'une délégation accordée par arrêté de la préfète de l'Allier en date du 30 mars 2022, régulièrement publié, à l'effet de signer notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, contrats, conventions relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Allier à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

25. En troisième lieu, la décision en litige vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit et mentionne les raisons pour lesquelles la préfète de l'Allier a décidé de prononcer à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les critères qui justifient que cette interdiction ait été prise pour une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

26. En quatrième lieu, les articles R. 511-4 et R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit dont le requérant invoque la méconnaissance n'étaient plus en vigueur à la date de la décision en litige. A supposer qu'ils l'aient été, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de celle-ci dès lors que la notification de la décision est postérieure à son édiction, de sorte que, pour ce motif également, le requérant n'aurait pas pu non plus utilement s'en prévaloir.

27. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 12.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente,

- M. Debrion, premier conseiller,

- M. Panighel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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