vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2201102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SCP BORIE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mai 2022 et le 31 octobre 2022, M. A B, représenté par la SCP Borie et Associés, Me Kiganga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2022 par lequel le préfet de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de lui délivrer la carte de séjour sollicitée dans un délai d'un mois et dans l'attente de lui délivrer un récépissé de demande de carte de séjour dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles 182 et 193 du code civil guinéen ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a pas redoublé la classe en unité pédagogique pour élèves allophones et qu'il justifie suivre une formation avec sérieux et assiduité ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 octobre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- et les observations de Me Kiganga, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant guinéen se disant né le 7 juillet 2002 à Conakry a déclaré être entré sur le territoire français en état de minorité le 10 août 2018. Il a été placé auprès du service départemental d'aide sociale à l'enfance par un jugement en assistance éducative du 2 novembre 2018. Le 23 octobre 2020, M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-14, L. 313-11 7° et L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mars 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Selon l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. L'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier ".
4. D'une part, l'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. D'autre part, les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes. Il incombe à l'autorité administrative, dans l'exercice de ses prérogatives, de tenir compte de tels jugements tant qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité. Il n'appartient pas au juge administratif, compétemment saisi d'un litige posant des questions relatives à l'état et la capacité des personnes, de se prononcer sur l'opposabilité en France d'un jugement rendu en cette matière par un tribunal étranger. Si elles s'y croient fondées, les parties peuvent saisir le juge judiciaire qui est seul compétent pour se prononcer sur l'effet de plein droit de tels jugements. Mais il appartient toutefois à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de ne pas fonder sa décision sur des éléments issus d'un jugement étranger qui révélerait l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
6. Pour refuser de délivrer à M. B le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Allier a estimé que l'intéressé ne justifiait pas son état civil dès lors que les documents transmis, consistant en un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance délivré le 24 mai 2018 par le tribunal de première instance de Conakri III-Mafanco et mentionnant sa naissance le 7 juillet 2002, établi le sous le numéro 6558, et l'extrait du registre de transcription de ce jugement délivré le 6 juin 2018 par la commune de Matam sous le n°2136 comportaient des omissions ou anomalies substantielles.
7. Il ressort des pièces du dossier que ces deux documents ont été soumis par le préfet de l'Allier à l'examen technique de la direction interdépartementale de la police aux frontières, qui a émis un avis défavorable. Il ressort du rapport établi par ce service le 31 août 2021 que l'extrait du registre de transcription d'état civil ne fournit pas de détails sur la filiation (âge, profession, domicile des parents) en méconnaissance de l'article 160 du code de l'enfant guinéen et de l'article 196 du code civil guinéen et ne précise pas la date de délivrance de l'acte en toutes lettres. Il en résulte également que le jugement supplétif du 24 mai 2018 ne comporte pas de formule exécutoire conforme à l'article 554 et suivants de code de procédure civil guinéen, de signature du greffier en chef à cheval sur le timbre fiscal, ni d'informations concernant les témoins et le lien de parenté avec l'intéressé. Toujours selon ce rapport les deux documents sont imprimés au toner monochrome, qui ne fournit aucune garantie. Ainsi, en se bornant à dire qu'il n'appartient pas aux autorités françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, le requérant ne conteste pas sérieusement les anomalies et irrégularités retenues par les services de la police aux frontières du Puy-de-Dôme dans leur rapport du 31 août 2021. Dans ces conditions, le préfet de l'Allier a légalement pu remettre en cause le caractère probant des documents présentés par le requérant alors même que ce dernier se prévaut en outre d'une carte consulaire qui ne présente pas le caractère d'un document d'état civil et produit une copie d'extrait d'acte de naissance établie le 5 mai 2022 postérieurement à l'arrêté attaqué.
8. Par ailleurs, M. B ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée du moyen tiré de la méconnaissance des articles 182 et 193 du code civil guinéen qui n'a pas vocation à s'appliquer sur le territoire français.
9. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que M. B, qui ne justifie pas de son état civil, ne peut prétendre à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite les moyens tirés de la méconnaissance de cet article et de l'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Allier aurait commise ainsi que de l'erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.
10. En second lieu, si M. B fait état de son insertion scolaire au lycée Paul Constans de Montluçon et indique participer à des activités de bénévolat, il n'était présent en France, à la date de l'arrêté en litige, que depuis trois ans. Il est en outre célibataire, sans charge de famille, et ne fait état d'aucune attache particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, aucune atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale ne saurait être retenue. Par suite, le moyen tiré de méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2022 par laquelle le préfet de l'Allier lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par suite, la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026